‹ Les prejugés ennemis de l'histoire de FranceChapitre 7 sur 162 · Même ouv., p · texte numérisé non relu

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gauloises est en caractères étrangers : en italique celle de la cathédrale de Novare, en latin celle de Volney au musée de Beaune^ en grec celle de Vaison au musée d'Avignon. L'unité de langue même n'est pas certaine chez les Gaulois : c'est un fait que de savoir le breton, le gallois et l'irlandais n'est d'aucun secours pour déchiffrer les inscriptions gauloises connues.

Beaucoup d'illusions à cet égard viennent de l'idée que nous nous faisons des bardes et de leurs chants. Volontiers nous voyons en eux la ressemblance des aèdes grecs, auteurs, gardiens et interprètes d'une commune pensée nationale, exprimée dans la poésie. Mais les bardes, que nous imaginons au milieu du prestige d'une exceptionnelle antiquité, ne sont mentionnés qu'à partir du xu® siècle après Jésus-Christ. Abailard et Jean de Sarisbérj sont les contemporains de cette antiquité-là. Entre eux et le monde gaulois, qu'il s'agit de connaître, c'est douze à quinze siècles d'intervalle.

A défaut de la poésie, croirons-nous que la religion a fait le lien d'une nation gauloise ? Les druides remontent à une antiquité à laquelle ne peuvent prétendre les bardes. Les traits dont ils ont été dépeints par la fantaisie des modernes ne leur ont pas valu moins de prestige. Mais ce prestige est en partie de convention.il n'a toute sa réalité que dans le roman, et tout son fondement que dans le défaut d'information des auteurs d'imagination et du public.

Les monuments mégalithiques n'ont aucun rapport avec les druides. Ils sont d'un autre temps que ceux-ci : ils appartiennent à d'autres mœurs ; c'est par abus que plusieurs les ont nommés druidiques. Ainsi ce que la religion des druides en reçoit de lustre est controuvé. Rien n'égale, aux yeux de l'antiquaire instruit, le caractère d'incohérence, presque de mascarade, de certains

tableaux poétiques qui font valoir ce mélange dans le monde et l'imposent à l'admiration. Pour peu qu'on y apporte un esprit informé, peut-on lire sans rire le tableau que Chateaubriand ose nous offrir, au livre ix des Martyrs, d'une réunion druidique et gauloise à laquelle préside Velléda ?

Nous sommes priés de'croire que cette auguste assemblée se formait au cri d'au guillaivieu, et que les membres s^'en faisaient appeler « fidèles enfants de Tentâtes ».

Fidèles enfants de Teutatès (ainsi s'exprime Velléda;, vous qui, au milieu de repclavage de voire patrie, avez conservé la religion et les lois de vos pères, je ne puis vous contempler ici sans verser des larmes. Est-ce là les restes de cette belle nation qui donnait des lois au monde ? Où sont ces i^lats florissants de la Gaule ? Où sont ces druides qui élevaient dans leurs collèges une nombreuse jeunesse ? Proscrits par les tyrans, etc.

Des gens qui reprochent à Racine de manquer de couleur locale ont loué cela. A propos des Elats florissants de la Gaule, Fauteur a cru utile de joindre cette note savante : « On voit parfont, dans les Commentaires de César, les Gaulois tenant des espèces (VÉtats généraux, » A Etats florissants^ on avouera que ce mot : espèces (C Etals compose un commentaire modeste. Pourtant, c*est trop encore, et ce dont parle César ne ressemble ni de près ni de loin à ce que dit Chateaubriand.

Le chant du Barde, dans Marchangy, n'est pas quelque chose de moins ridicule :

Jeunesse guerrière, printemps sacré, toi qui fais tleurir le nom des Celtes sur toute la terre, écoute en silence la voix du barde : c'est la mémoire de la patrie. Que serait le passé sans la lyre ?

La lyre, je pense, de Baour-Lormian. Il traduisit Ossian ; on croit l'entendre. Cependant ne nous moquons pas; mille de nos idées sur le sujet viennent de là et du tapage qu^'entendit en ce genre Tancienne société à son déclin. Chacun en était assourdi. Le goût national réclamait. Mes amis, disait le poète Lebrun,

Mes amis, qu'Apollon nous garde Et des Fingals et des Oscars, Et du sublime ennui d'un barde Qui chante au milieu des brouillards !

Quant aux collèges dont Velléda plaint poétiquement la disparition, où les druides « élevaient une nombreuse jeunesse », il est vrai que César en a parlé, en termes brefs et de peu d^intérêt. On y apprenait le cours des astres et l'immortalité de Tâme.

Hors cette immortalité de l'àme, crue par mille sectes sauvages aussi bien que civilisées, l'historien aperçoit dans la religion des druides un tissu de superstitions grossières. Le gui du chêne j était, aux mains des prêtres, une panacée à guérir tous les maux; des œufs de serpent faisaient un talisman, etc.

De quelque côté qu'on se tourne, on ne trouve donc l'unité nationale nulle part. Dans tout ce qu'on sait de la Gaule à cette époque, il n'est point de lieu où la loger. Au sens de l'ace, sans doute il j avait une nation, mais il n'y avait pas de patrie.

Qui dit patrie dit permanence. Le nom, la qualité de celle-ci ne passent à la postérité qu'avec un héritage, héritage d'institutions ou d'idées, héritage d'une littérature, héritage d'un Etat, C'est une erreur de ne mettre dans cette définition que l'hérédité du sang. A fonder la patrie, l'hérédité du sang n'est pas moins inhabile qu'à fonder la famille. Elle ne saurait, dis-je, suffire en soi; il

en faut l'attestation publique. Il faut qu'un fils soit réputé tel ; il faut que la qualité de Français, de Romain, de Grec, reçoive d'autre chose que de la race une consécration publique. Il est certain que la Gaule n'eut pas de quoi la fournir.

Toujours plein de l'illusion de cet empire celtique, M. d'Arbois de Jubainville compare la nation gauloise aux Latins et aux Grecs, lesquels, du sein d'un petit pays, ont rayonné sur l'univers *. En vérité, cela est bien différent. C'est fausser les choses à plaisir et en matière grave. M. JuUian l'a bien senti, quand il donne en excuse aux discordes des Gaulois les discordes de la Grèce ellemême. La Grèce, en dépit de ces discordes, n'en a pas moins connu une vraie unité nationale :^L Jullian a raison en ce point ; mais cette unité nationale, que la politique tendait à rompre, avait son fort chez elle dans un état d'esprit partout égal et extrêmement avancé, dont l'éloquence, la poésie, la philosophie proclament l'impérissable gloire. Ces liens si développés, si forts, il est difficile de les apercevoir chez les Gaulois. Remarquez qu'à l'égard de la politique elle-même le contre-coup de cette unité morale se fait sentir, par exemple dans la persistance du sentiment qui ligua toute la Grèce contre le Perse au temps des guerres médiques, sentiment auquel on ne peut comparer l'enthousiasme passager des cités gauloises à combattre le Romain sous Vercingétorix.

La civilisation des Gaulois au temps de César, dit M. d'Arbois, égale celle des temps homériques : « il n'y a manqué qu'Homère ». Il ne voit pas que, dans cette comparaison, Homère et ce qu'il représente, Homère et ses pareils sont tout.

Je voudrais réserver toute l'estime qu'inspirent des

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