II. LES SUITES : LE XVIl* SIÈCLE ET LE XVIll
de la nation lutte avec désavantage contre l'oppression des sectes ^
Donc rien n'est plus fou que de confondre Laharpe et Quintilien avec M. Gaston Paris. L'objet de leur étude, la nature de leur curiosité, les aptitudes de leur jugement, sont différents. Boileau appartient au premier genre. Il y prime dans un degré presque unique d'excellence. Sur la matière proprement littéraire, il pense partout profondément. Le jour où plusieurs préjugés tomberont, ne. doutons pas que Y Art poétique ne voie rajeunir avec éclat sa gloire, et n'apparaisse ce qu'il est, c'est à savoir la synthèse la plus nette, la plus ramassée, la plus puissante qui soit de toute la philosophie de l'art d'écrire en vers. Mais, en ce qui concerne l'histoire, c'est à d'autres qu'il faut s'adresser.
Quand on considère que l'opinion a pu s'établir de nos jours que le xvii* siècle a manqué de curiosité pour nos origines, et que cette opinion règne dans les classes, on ne peut peindre son étonnement. A quel point d'ignorance faut-il que les sphères instruites soient descendues? Quoi ! Du Gange, quoi ! les Bénédictins n'ont pas été à cet égard d'incomparables curieux ! Quoi ! le P. Anselme, dont VHistoire généalogique fait l'étonnement de tous les savants modernes ; quoi ! dom Bouquet, initiateur admirable de la publication des Historiens français, sont à ce point inconnus de ceux qui prétendent savoir ! Et qu'estce que le Glossaire de Du Gange ? et qu'est-ce que VHistoire littéraire de la France ?
Ge goût de nos origines n'éclate pas moins à la Renais-
1. M. Le Bidois a donné dans une thèse de Sorbonne un exemple de ce que peut être, ou plutôt continuer d'être, la critique littéraire, sous ce nom : La Vie dans la. tragédie de Racine. Un professeur de Sorbonne influent, oracle appointé des études, appelle cette thèse « la thèse à ne pas faire ».
sance. On le trouve chez Fauchet, chez Pasquier. Celuici dans ses Recherches sur la France^le premier dans les Origines de la Langue et de la Poésie française^ n'ont pas à cœur un autre objet. Il est plaisant, quand de pareils travaux signalent une époque, d'entendre mettre en doute son goût et ses aptitudes en ce qui regarde les antiquités.
Ceci ne concerne que Thistoire. Du côté de la poésie même, le xvir siècle nous présente tout autre chose que l'oubli des origines. Molière et La Fontaine ont puisé aux restes de notre ancienne littérature. Les farces, les fabliaux, ne leur étaient pas inconnus. Par le xvi- siècle, qu'ils pratiquaient assidûment, nombre de leurs contemporains gardaient quelque contact avec le Moyen Age, en particulier avec le Roman de la Rose, dont le souvenir vivait toujours. On imagine à peine aujourd'hui combien les auteurs du xvi* siècle étaient lus alors. Montaigne fait, comme auteur dangereux, l'objet des reproches d'un sermon de Bossuet. Amyot, que, malgré tout l'étalage de l'érudition d'à présent, personne ne lit plus aujourd'hui, Amvot, dont il n'y a pas seulement aujourd hui une édition dans le commerce, reçoit de Vaugelas, dans sa préface aux Remarques, des honneurs extraordinaires, et Racine était capable de traduire cet auteur en français moderne à livre ouvert, pour le divertissement de Louis XIV. Il est à peine besoin de parler du renom dont jouissait Rabelais.
Tout cela représente précisément le contraire d'un siècle qui n'eût connu que lui et les anciens, tel qu'on se plaît à nous le représenter. Il est certain que le goût faisait un choix et que, du seul point de vue littéraire, on donnait peu d'estime aux plus anciens auteurs.
Je n'ai pas à présenter ici l'apologie de ces exclusions. On ne peut aucunement douter que des raisons de goût