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II. LES SUITES : LE XVII* SIÈCLE ET LE XVIIl

ne sont pas autre chose que des métaphores, des allégories réalisées, mais, en étant autre chose, ils sont cela ; et c'est ce qui de tout temps, et chez les modernes même, a marqué leur place en poésie. Quelqu'un dira : Est-il vrai ? sans la mythologie des Grecs, pas de poésie ? Je réponds : Grec ou non, il faut au poète une réserve, un magasin de métaphores. Les Grecs nous la fournissent. Si cela vous offense, inventez-en une autre ; mais souvenez-vous que les Grecs y ont mis quelques siècles, et qu'ils ont rencontré pour cela des facilités qui nous manquent.

Voilà ce que Boileau exprime parfaitement dans un passage de son Art poétique qu'on ne saurait trop relire et méditer :

Chaque vertu devient une divinité :

Minerve est la prudence, et Vénus la beauté.

Ce n'est plus la vapeur qui produit le tonnerre,

C'est Jupiter armé pour effrayer la terre.

Un orage terrible aux yeux des matelots,

C'est Neptune en courroux qui commande les flots.

Echo n'est plus un son qui dans l'air retentisse,

C'est une nymphe en pleurs qui se plaint de Narcisse.

Ainsi, dans cet amas de nobles fictions.

Le poète s'égaie en mille inventions,

Orne, élève, agrandit, embellit toutes choses

Et trouve sous sa main des fleurs toujours écloses,

Qu'Enée et ses vaisseaux, par le vent écartés,

Soient aux bords phrygiens d'un orage emportés.

Ce n'est qu'une aventure ordinaire et commune,

Qu'un coup peu surprenant des traits de la fortune ;

Mais que Junon, constante en son aversion.

Poursuive sur les flots les restes d'ilion ;

Qu'Eole, en sa faveur, les chassant d'Italie,

Ouvre aux vents mutinés les prisons d'Éolie ;

Que Neptune en courroux, s'élevant sur la mer,

D'un mot calme les flots, mette la paix dans l'air.

Délivre ses vaisseaux, des Syrtes les arrache, Voilà ce qui surprend, frappe, saisit, attache. Sans tous ces ornements, le vers tombe en langueur, La poésie est morte ou rampe sans vigueur.

On a beaucoup critiqué ce passage. Les maîtres ont enseigné dans les classes que Boileau n'avait pas compris la nature de la mythologie antique. Il ne sera donc pas inutile de requérir ici une fois de plus l'autorité du livre de M. Bréal et de montrer à quelles conclusions la critique, désabusée d'un siècle d'impertinences, est justement en train de revenir.

« On a remarqué, dit cet auteur, justement, que les dieux sortis de l'imagination populaire seraient bien étonnés de voir l'existence oisive qu'on mène sur l'Olympe homérique Les dieux populaires ont à gagner leur vie, ils vont à la chasse et à la pêche, ils travaillent à la terre ou dans les mines... » L'Olympe homérique est tout le contraire, partant, visiblement, l'effet de l'invention des lettrés et des poètes. M. Bréal cite au contraire Saturne, Cérès (des dieux latins) comme issus de la fantaisie du peuple. Il continue :

« A côté des divinités anciennes, mises en quelque sorte au repos, il s'en trouve chez Homère de nouvelles, produit de la réflexion, dont le nombre peut s'accroître à toute heure, sous l'impulsion de la pensée du moment. Telles sont la Justice, 0i;j.'ç, les Prières, A-Tai, les Grâces, Xaplxsç, la Discorde, Epiç. » Boileau a donc toutes les raisons de continuer :

C'est donc bien vainement que nos auteurs déçus, Bannissant de leurs vers ces ornements reçus, Pensent faire agir Dieu, ses saints et ses prophètes

Comme des dieux éclos du cerveau des poêles

De la foi d'un chrétien les mystères terribles D'ornements égayés ne sont pas susceptibles.

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