LES SUITES : LE XVIl' SIÈCLE ET LE XVIIl
J'ai touché dans ce qui précède l'apologie de Boileau, de son goût et de ses lumières. Je n'y veux ajouter qu'un mot d'admiration pour les Réflexions sur Longin, véritable arsenal de remarques et d'analyses capables de trouver place dans les discussions qu'on regarde quelquefois comme nouvelles, et de les résoudre parfaitement. Puis n'oublions pas que de séparer Boileau de ses contemporains les plus vantés ne se peut, de l'aveu de ses contemporains mêmes. Molière se soumettait chez lui à correction : nous connaissons des vers de ses comédies retouchés de la main même de Boileau, et La Fontaine déclarait Tadmiration la plus vive pour des périphrases dont on se moque :
Et nos voisins, frustrés de ces tributs serviles Que payait à leur art le luxe de nos villes...
Voilà ce qu'admirait La Fontaine, ce qu'il eût voulu avoir fait. Que de pareils témoignages nous rendent circonspects et nous fassent douter quelquefois du sérieux de tant de critiques superbes, répandues par des gens qui se vantaient d'être fous, comme le dernier mot de la raison.
A ce faux goût dans les lettres on joint naturellement le reproche du faux goût dans les arts. L'architecture des derniers siècles se voit décrier de deux manières, par la comparaison de la gothique, triomphante dans nos cathédrales, et par un corps de principes qu'on prend de nos jours pour ceux de la raison et qui ne sont que ceux d'un système.
Je veux parler des fameuses règles de construction rationnelle que tous les gens instruits ont maintenant à la bouche : comme de ne pas employer des colonnes au devant d'un mur parce que le mur suffît à porter l'édifice et rend les colonnes inutiles, de rejeter les colonnes
torses comme contraires à l'idée de la stabilité, de ne disposer pas les colonnes par couples parce qu'un seul point d'appui suffît, etc. Ces lieux communs de la critique moderne ont un tort, c'est d'oublier que Tart étant feinte d'une part et ornement de l'autre, il ne saurait imposer des règles étroitement calquées sur la réalité, ni mépriser ce qui décore.
La Grammaire des Arts du dessin de Charles Blanc a répandu ces idées dans le monde. Lui-même les avait prises de Laugier, jésuite sécularisé, qui publia en 1753 un Essai sur l'Architecture et mérite d'être dit l'inventeur du système. Tout est parti de ce livre-là. Une fausse apparence de logique en a poussé les conclusions dans le monde *.
Viollet le Duc y a joint la loi qui prétend régler l'architecture sur les climats auxquels elle est destinée. Autre fête des esprits systématiques et vains. L'histoire de l'art tout entier la dément, puisque d'une part les barons de la Croisade portaient l'architecture des cathédrales en Chypre, et que de l'autre l'architecture romaine a triomphé partout, depuis Tombouctou jusqu'à Uléaborg, les commodités qu'elle présente rendant son règne définitif.
Joignez la symbolique des architectures, dont Charles Blanc fait tant de mystère, en vertu de laquelle la destination d'un édifice doit se rendre sensible dans sa forme et dans ses façades. Tout n'est pas faux dans ce principe, et c'est manquer de goût que d'orner une église dans le genre d'une maison de campagne I II y a des édifices qui veulent de l'ornement ; d'autres requièrent d'abord la majesté. Mais, je le demande, quelle ditférence s'agira-t-il de srarder entre un hôtel des Monnaies