II. LES SUITES : LE XVII* SIÈCLE ET LE XVIIl
et une bibliothèque ? Nos architectes s'y mettent Tesprit à la torture et enfantent des monstres. C'est que cette remarque du goût est d'emploi trop restreint pour être utilisée à titre de principe.
Revenant là-dessus aux édifices gothiques, on n'a pas manqué d'assurer que leur style était seul convenable quand il s'agit de bâtir des églises, parce que seul il exprime le sentiment religieux ; de sorte que tout ce qui se bâtit en ce genre sous Louis XIV et depuis la Renaissance mérite d'être condamné.
C'est munis d^un pareil principe que les gens instruits qui vont en Italie en reviennent aujourd'hui avec la condamnation en règle de tous les monuments religieux de Rome et d'ailleurs, à commencer par Saint- Pierre au Vatican. Mais il y a deux choses à remarquer là-dessus. C'est, d'une part, que cette idée est toute récente, que les architectes gothiques eux-mêmes ne l'ont pas eue, n'ont pas soupçonné que les formes qu'ils employaient eussent un caractère intrinsèquement religieux. La preuve, c'est qu^'ils ont bâti dans le même style leurs hôtels de ville, leurs Poids publics et leurs hôtels particuliers. La seconde remarque, c'est que personne n'a pu dire en quoi les sentiments religieux trouvaient dans cette architecture une convenance exceptionnelle. Car on ne peut regarder comme une explication sérieuse à cet égard, que les flèches des cathédrales portent la prière dans le ciel, ni, comme dit quelque part Nisard, que les colonnettes s^y dégagent des piliers comme le dogme catholique de l'hérésie.
La majesté des cathédrales convient éminemment à leur usage ; elles sont en fait les édifices les plus grandioses que la France possède en ce genre ; mais ni cette convenance n'est exclusive de convenances pareilles venant d'un autre style, ni cette prépondérance de fait
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ne doit être confondue avec une nécessité de raison, G^est parler sans réflexion que de dire que Sainte-Marie- Majeure, Saint-Pierre au Vatican, le Val-de-Grâce ouïes Invalides manquent de la dignité requise pour une église.
Tels sont les divers aspects du préjugé qui s'acharne depuis un siècle au discrédit de notre art classique. Son seul effet n'est pas de couper la France en deux ; avec le mépris de quelques-uns de nos plus beaux édifices, il en a causé l'abandon et plusieurs fois la destruction. Le dôme des Invalides saccagé pour le tombeau de Napoléon ; l'hôtel de la Bibliothèque privé d'une décoration dont l'amateur étranger recueillait avec empressement les débris ; Tadmirable château de Maisons, chef-d'œuvre unique de François Mansart, sur le point d être démoli il y a douze ans, sans que le gros du public instruit soupçonnât l'importance de cette ruine : voilà de dignes effets du même aveuglement qui fait décrier la merveille de la colonnade du Louvre ; voilà les résultats de Terreur dont la Renaissance est la victime.
J'y ajouterai le discrédit où tomba Versailles. L'honneur à présent lui est revenu. Pendant plus d'un demisiècle, cet ouvrage magnifique de nos rois, unique au monde, lieu de choix, vrai séjour de la fierté nationale, où le Français prend de la grandeur de sa patrie une idée incomparable, a servi de point de mire à ce que la récrimination révolutionnaire a pu fournir de critiques plus pédantes et de plus plates épigrammes. Qui dira ce qu'une erreur pareille ôte de force à l'amour éclairé du pays, ce que le retour à de justes admirations sera capable de nous rendre à cet égard ?