‹ Les prejugés ennemis de l'histoire de FranceChapitre 83 sur 162 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

En même temps que la Renaissance, l'ordre des temps amène la Réforme. C^est une autre matière à ces réflexions. Mais on ne peut l'aborder sans retourner d'abord à des faits plus anciens, dont l'histoire ne se sépare guère de celle du protestantisme ; je veux parler des hérésies du Moyen Age, première semence de la Réforme et comme ses essais avortés. Parmi ces hérésies, aucune n'a troublé le monde autant que celles des Albigeois ; aucune aussi n'a tenu plus de place dans les commentaires des modernes.

Chez les historiens ennemis de notre histoire, cette hérésie fait le sujet des premières réclamations formées au nom de la liberté de conscience ; un autre caractère rend celles-ci remarquables, c'est qu'elles ont pour support les attaques sauvages dirigées contre l'Inquisition. Je n'ai donc pu me dispenser d'y consacrer tout ce chapitre.

Les troubles religieux que présente le Moyen Age imitent à Tavance la Réforme. Les Réformés n'ont pas manqué de tirer parti de cette circonstance pour se composer des ancêtres. Jean Huss, Wiclef, Valdo, Pierre de Bruis, Arnauld de Bresse, ont ce rang dans leurs commentaires. Au yeux des révolutionnaires, la mémoire de ces hérétiques en profite ; la cause de la Révolution, rattachée premièrement à celle de la Réforme, rejoint jusque

dans ces temps lointains le parti de ces premiers rebelles. De ces causes différentes, il était naturel que nos ennemis ne fissent qu'une seule cause, celle de toutes les menées anarchiques contre les pouvoirs légitimes.

Dans l'ordre religieux, ces menées épousent une forme de fanatisme hypocrite qui les distingue éminemment. Ce trait fera le lien des trois chapitres de ce livre qui seront consacrés aux sectes proprement dites. Il n'a pas rebuté les tenants de la libre pensée républicaine, déclarés cependant contre tous les fanatismes. C'est qu'ils n'ont pu se dispenser de recevoir dans leur alliance tout ce qui se déclare en révolte contre le gouvernement moral des hommes. Ce gouvernement a chez eux le nom de tyrannie des consciences ; l'important est de s'unir contre une telle tyrannie. Aussi bien, pour l'anéantir, rien ne saurait valoir la ruine de la société spirituelle. Celle-ci n'exerce le contrôle des consciences que dans l'intérêt des consciences mêmes ; elle ne tire d'aucune raison d État le droit proclamé par elle de régler et de contraindre les individus. Voilà le scandale de la Révolution, qui consent que l'usage de la force réduise, non pas améliore les personnes, et aux yeux de laquelle le bien de l'individu ne sera jamais que la liberté.

Ainsi le renversement de l'Eglise importe d'abord à la Révolution. Dans ce dessein, comment ne verrait-elle pas que la haine des sectes chrétiennes en France la sert plus que ne la contrarie un reste de formes ecclésiastiques qu'elles gardent ? De là vient qu'elle ne leur marchande, ni dans le présent sa protection, ni dans le passé ses avocats.

Ceux-ci, issus de l'armée delà Révolution, manquent aux Albigeois moins qu'à d'autres. Je rappellerai pour commencer l'ordre des faits dont il s'agit.

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