I. LES ALBIGEOIS
La croisade des Albigeois dura de 1208 à 1229. Elle fut terminée par le traité de Meaux. Elle eut pour cause rhérésie que propageaient dans le midi de la France les comtes de Toulouse, dont la puissance était une des premières du temps. Le pape Innocent III commença de la combattre au moyen de la prédication. Il excommunia Raymond VI. A cette attaque, soutenue jusque-là des armes spirituelles seulement, l'hérésie, dont on plaint le sort chez nous, répondit tout de suite par la violence. Le légat fut assassiné. 11 s'appelait Pierre de Castelnau (les écrivains du Nord écrivent Ghâteauneuf) ; ce fut làdessus que la croisade commença.
Elle fut conduite par Simon de Montfort, un des plus grands capitaines de guerre qu^on ait vus, surnommé le Macchabée de son siècle. Ayant réduit le comte de Toulouse à prendre le parti de la croisade, ce comte et lui menèrent la guerre de concert contre les vassaux du comté. Béziers fut prise et mise à sac. Mais le comte se retourna et osa livrer contre les croisés la fameuse bataille de Muret. Il la perdit et Toulouse fut conquise. Le concile de Latran, convoqué pour régler Thérésie, fut réuni en 1215.
De nouveaux retours signalèrent la campagne. Toulouse reprise fut rassiégée ; Simon de Montfort fut tué devant ses murs ; enfin le roi de France intervint. On convint qu'Alphonse de Poitiers, frère de saint Louis et gendre de Raymond VII, tiendrait le fief à la place de ce dernier. Ce traité, négocié par Blanche de Gastille, assura le midi de la France à la couronne.
Un pasteur. Napoléon Peyrat, a composé en huit volumes une histoire fanatique de ces événements. On jugera du ton par ceci, dont la citation importe à mon dessein :
Les Albigeois, écrit Napoléon Peyrat, sont les derniers Aquitains. Leur histoire renferme une épopée et un martyrologe patriotique et religieux. L'épopée, c'est la guerre romane, la triple défense du ciel, du sol et de la cité : du territoire contre la croisade, de Tindépendance nationale contre la monarchie capétienne, de la liberté religieuse et de l'affranchissement de l'esprit humain contre la théocratie romaine.
Guerre autrement auguste et sainte que celle qui remuait alors l'Occident ; car, tandis que l'Europe se précipitait sur l'Asie pour la délivrance de Jérusalem et du tombeau du Christ, l'Aquitaine combattait pour le céleste Amour, le Verbe éternel, la Cité de Dieu... Le Catharisme expirant vit tomber des nuées du ciel la grande théocratie romaine, chassée de Rome, exilée d'Italie, captive dans Avignon par un ministre albigeois dans une cité albigeoise. Ses regards, en s'éteignant, purent entrevoir dans les ombres de l'avenir, à la lueur des bûchers de Huss et de Savonarole, les fêtes colossales et vengeresses de Luther et des réformateurs du xvi* siècle.
J'ai déjà noté chez ces aut^eurs le ton de déclamation grossière.
Je laisse la question nationale, qui, dans l'esprit de celui-ci, n'est qu'un prétexte. Je raisonne en supposant qu'on ne voit point de griefs contre le fait d'une France réalisée telle que nous la possédons. Laissons ceux à qui il peut plaire de se mettre en dehors de ce point de vue. Ils pourront aussi bien regarder comme funeste l'intervention de Jeanne d'Arc qui sépara la France de l'Angleterre, que regretter la réunion de l'Aquitaine et du Languedoc à la monarchie capétienne. L'un comme l'autre ne se peut pas faire qu'en reniant la communauté nationale. En conséquence, toute question de race ou de langue soulevée à propos de la guerre des AJbigeois ne saurait trouver sa place ici.
Reste à l'examiner comme question religieuse, sans omettre pourtant de remarquer que le triomphe de l'Eglise dans la circonstance ne se trouve pas séparé de l'intérêt