‹ Les prejugés ennemis de l'histoire de FranceChapitre 85 sur 162 · I. LES ALBIGEOIS · texte numérisé non relu

I. LES ALBIGEOIS

de la France et que Thérésie vaincue a préparé la domination capétienne. En défendant la cause de TEglise, nous aurons donc plus que Tavantage de défendre une cause inséparable de celle de la France dans son ensemble; nous défendrons la France et l'Eglise en même temps, et nous nous réjouirons de voir qu'une plume huguenote n'a pu gronder contre l'Inquisition sans insulter dans la même page Tunité nationale française.

C'est en effet le préjugé courant, que l'établissement de l'Inquisition est contemporain de la croisade des Albi,geois. On y joint cette opinion que saint Dominique, qui fonda, comme on sait, l'ordre des Frères prêcheurs à Toulouse en 1215, en fut le premier inquisiteur. Ni l'un ni Tautre n'est vrai. L'Inquisition ne paraît qu'en 1231, et saint Dominique n'y eut pas de part. Il est vrai que son œuvre de prédication s'exerça chez les hérétiques que Simon de Montfort combattait ; ainsi Taspostolat de ce saint a pour alliée Tépée de la croisade ; mais il va sans pouvoir coercitif d'Eglise et ne tient pas plus en soi de la force que l'action de Bourdaloue chez les protestants n'a participé des dragonnades.

La vérité est que Toulouse devint bientôt un des principaux sièges de ITnquisition. Au commencement du XIV' siècle, ce tribunal y était présidé par le célèbre Bernard Gui. Il est vrai encore que l'Inquisition n*eut pas d'autre objet, dès ses commencements, que la destruction active de l'hérésie. Tels sont les termes dans lesquels l'histoire de l'Inquisition est liée à celle des Albigeois; et c'est assez pour que l'une dépende de l'autre, pour qu'on ne puisse faire l'éloge de la croisade sans l'apologie de l'Inquisition.

Plus d'un s'est essayé dans cette apologie, avec profit pour la connaissance des faits ; mais peu d'auteurs ont instruit le lecteur de ce qu'il cherche dans une pareille

étude. Cela tient à ce que peu d'historiens ont abordé cette étude avec un esprit libre. Le préjugé courant les dominait eux-mêmes ; ils ont manqué des principes fixes qui, dans la presse des faits d'apparence incertaine et quelquefois contraire, et de plus toujours incomplets, permettent de conserver au passé sa figure, obscurcie par les idées modernes. A plusieurs de ces apologistes il a paru que Tlnquisition ne méritait qu'un plaidoyer timide en faveur des intentions des hommes et à la charge des préjugés du temps, une rectification partielle des griefs, la revision de vingt procès de détail. Mais rien n'importe moins que ces revisions-là, puisque d'une part le lecteur reste en doute si toutes lui passent devant les yeux, et que de Tautre ce qu'il souhaite de savoir n'est pas s'il se commit des abus, mais si l'institution était légitime. C'est perdre son temps d'entreprendre de prouver qu'une institution de tyrannie a été pratiquée avec modération ; la chose n'étant ni vraisemblable en soi, ni utile dans ses conclusions. Il n'est pas vraisemblable qu'un tribunal de sang ait pris soin de ménager ses victimes, et les gens raisonnables n'ont garde de moins haïr un régime détestable, parce qu'il a fait moins de mal qu'on n'aurait cru. Inversement, des abus de fait ne sauraient suffire à décrier une institution légitime. Les meilleures des institutions traînent avec elles de grands abus ; ceux qui ignorent cela savent peu de chose. Vingts récits de maux particuliers causés par rin(|uisition n'entament pas l'estime qu'on doit avoir pour elle ; cent anecdotes morales à son sujet n'avancent pas son éloge d'un pas.

Ces réflexions sont indispensables à qui veut apprécier l'intérêt du livre que feu M^'"" Douais, de son vivant évêque de Beauvais, a publié sous ce simple titre : L'Jnquisitioii. On ne saurait voir d'étude mieux conduite de

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