‹ Les prejugés ennemis de l'histoire de FranceChapitre 87 sur 162 · I. LES ALBIGEOIS · texte numérisé non relu

I. LES ALBIGEOIS

L^'Inquisition repose sur les principes contraires. Les hommes de ce temps-là n'avaient point lu Rousseau, ils ignoraient la Déclaration des Droits de l'homme. Ils n'avaient de science que celle des anciens, jointe à celle qui s^'acquiert dans le monde. Ils croyaient le délit de pensée punissable ; ils évitaient, en le punissant, d'avoir à en punir les effets certains.

L'idée que nous nous faisons aujourd'hui de ces effets est une autre source d'erreur, quand il s'agit des hérésies.

Accoutumés que nous sommes à voir vivre paisiblement ceux qui les professent aujourd'hui, à voir, dis-je, l'hérésie non seulement affecter une forme de vie honnête, mais se rendre la source, chez ceux qui la pratiquent, de plusieurs des fruits excellents qu'assure la soumission aux disciplines morales maintenues par quelque Eglise, nous avons peine à croire que le salut social ait exigé qu'on les persécutât. Aussi le cas de ces descendants diffère-t-il extrêmement de celui de leurs ancêtres. Quelques germes d'anarchie que contiennent leurs doctrines, quelques détestables réveils même qu'on puisse en craindre dans l'atmosphère de nos troubles civils, il n'en est pas moins vrai que la longue habitude et les adaptations qui s'ensuivent ont pour effet de rendre leur présence supportable au sein des pays mêmes dont ils renient l'histoire . Oui, même au sein de la France, qui de tous ceux d'Europe leur est le plus hostile et le plus étranger, rien n'empêche que les protestants ne vécussent paisiblement, avec profit pour la nation, sous un régime dont la stabilité ôterait aux partis l'envie de se produire. Mais il n'en est pas de même à l'origine.

Alors le fanatisme des sectes étale toute sa verdeur et sa férocité, l'espoir de se rendre les maîtresses les conduit à tous les excès ; la rage contre ce qui les rejette comme nouveautés fait d'elles des ennemies publi-

ques ; l'ivresse des liens qu'elles brisent engendre en un moment des corruptions pires que toutes celles dont leur révolte s'autorise. La hiérarchie, les mœurs, l'ordre public sont à la fois en butte à leurs violences. Toutes les répressions alors se rendent légitimes, quand elles émanent de ceux qui ont charge d'y pourvoir conformément à leur fonction.

En un siècle comme celui dont nous faisons l'histoire, au sein d'une société jouissant de l'unité doctrinale absolue, les dissidences religieuses ne se distinguaient pas de la rébellion civile. A ce sujet Ms"* Douais dit fort bien : « Les hérétiques du treizième siècle, dont l'Inquisition connaîtra, sont des gens qui se sentent les coudes; qui, groupés et formant une sorte d'association internationale, sont armés pour la lutte religieuse sans doute, mais sociale aussi, car pour personne en ce temps-là religion ne se sépare de la politique ^ » Positivement l'hérétique en ce temps-là rompt autant qu'il est en lui ce qu'on appelle le pacte social. 11 cherche des conditions d'existence morale que la société ne saurait assurer, et dont elle-même a tout à craindre. Le même auteur, parlant du but que l'Inquisition se propose en ramenant l'hérétique à l'unité de foi, appelle excellemment ce but : « mettre la vie de cet homme en harmonie avec la vie sociale elle-même ». Et il ajoute ce mot chargé de sens : « car ce n'est pas seulement d'une loi qu'il s'agit ».

Depuis la fin de l'arianisme, aucune secte ne s'était élevée en Occident. Gela ne remontait pas moins qu'au sixième siècle. Le premier signe des troubles nouveaux fut ressenti en 1017, lors de l'affaire dont les auteurs ont parlé sous le nom des fanatiques cf Orléans.

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