I. LES ALBIGEOIS
Deux chanoines, Etienne (nommé chez les uns Héribert)et Lisoïus, habitants de cette ville, furent attirés à des croyances nouvelles par une femme venue d'Italie. La secte naissante fut dénoncée, et les chanoines livrés au feu. Gela se passait sous le roi Robert. Ces hérétiques niaient le Sauveur de chair; ils rejetaient l'Eucharistie; ils condamnaient aussi l'invocation des saints.
Bientôt des symptômes du même genre se firent sentir en d'autres lieux. Je ne retiens ici que la France. A Toulouse et dans le Périgord, des commencements d'hérésie parurent. Dans tout ce qu'on en pouvait saisir on reconnut le manichéisme. Je rappelle que cette hérésie, glorieusement combattue par saint Augustin, consistait dans un mélange des dogmes chrétiens et de plusieurs croyances des Persans, sectateurs de Zoroastre. Ces hérétiques admettaient deux principes, Tun du mal, l'autre du bien, entre lesquels l'égalité régnait. On ne peut assigner de façon certaine la route que cette hérésie suivit vers POccident. Pierre de Bruis et son disciple Henri furent ceux qui la propagèrent dans l'Albigeois. En peu de temps un prosélytisme opiniâtre leur donna de nombreux disciples. Cette secte prit de son premier auteur le nom de Pétrobusiens ; on les nommait aussi Patarins ou Cathares, ce dernier signifiant la pureté qu'ils s'attribuaient à l'exclusion des autres hommes. Ils se tenaient aussi pour purificateurs, et se nommaient pour cela Catharistes,
Leur pratique consistait dans une grande ostentation de pauvreté et dans la prétention de renouveler le pur esprit de l'Évangile au sein de l'Eglise. Ne pas jurer leur était un devoir rigoureux et ils n'admettaient pas qu'on eût le droit de punir.
Ces singularités de morale, effet de la vanité de réforme dont sont possédées toutes les sectes, allaient avec des idées extravagantes sur la discipline. Le péché des prê-
très avait selon eux Teffet de rendre les sacrements nuls entre leurs mains; au contraire, ils étaient valides administrés par un laïc, pourvu qu'il fût en état de grâce. Enfin le grand fond de cette secte était la réprobation de la chair, regardée chez elle comme l'œuvre du diable, représentant le mauvais principe. Cette réprobation avait d'étranges effets. Elle condamnait premièrement les Cathares à l'abstinence absolue des viandes ; de plus, elle leur interdisait le mariage, coaime source de procréation de chair.
Il est vrai que cette seule procréation rendait le mariage condamnable. Aussi de honteux écarts de mœurs, qui n'avaient pas cette conséquence, étaient-ils tolérés chez eux.
Cet amalgame de prescriptions futiles, de parade orgueilleuse et de relâchement secret, qui compose la ligure de tous les hérétiques, régnait au plus haut degré chez ceux-là. 11 faut en voir la description dans V Histoire des Variatiojis de Bossuet. Le tableau qu'il donne peut servir à nous garder des séductions qu'exerce dans tous les temps l'appel au fanatisme de la canaille chez les charlatans de dévotion.
Voici comme Enervin, cité dans cette histoire, fait parler les Albigeois s'adressant au peuple catholique :
Vous autres, disaient ces hérétiques, vous joignez maison à maison et champ à champ. Les plus parfaits dentre vous, comme les moines et les chanoines réguliers, s'ils ne possèdent point de biens propres, les ont du moins en commun. Nous, qui sommes les pauvres de Jésus-Christ, sans rej>os, sans domicile certain, nous errons de ville en ville, comme des brebis au milieu des loups, et nous souffrons persécution comme les apôtres et les martyrs *.
1, Histoire des VaLviations, liv. XI. chap. 5?>.