‹ Les prejugés ennemis de l'histoire de FranceChapitre 89 sur 162 · I. LES ALBIGEOIS · texte numérisé non relu

I. LES ALBIGEOIS

Ce genre de propos a de quoi ravir tout ce qui n'aime et ne recherche dans le zèle religieux qu'un moyen de s'élever au-dessus des autres hommes. Il enchante en particuliertous les écrivains protestants. Napoléon Peyrat va là-dessus jusqu'à féliciter les Albigeois de leurs mœurs. Il faut pour ce dernier point un peu plus que deTaudace.

Un autre point qui plus que tout le reste découvre le caractère de secte, c'est le secret qu'on recommandait chez eux. Ne pas se laisser connaître ; agir au sein de l'Église ; y rester pour mieux y répandre leurs principes ; en public et parlant devant plusieurs personnes, ne dire que des choses en apparence permises ; enfin, pour le succès de la cause, s'adresser surtout aux ignorants : tel est le total de leur pratique.

C'est pourquoi, dit admirablement Bossuet, Ecbert les appelait des hommes obscurs, des gens qui ne prêchaient pas, mais qui parlaient à l'oreille, qui se cachaient dans des coins et qui murmuraient plutôt en secret, qu'ils n'expliquaient leur doctrine. C'était un des attraits de la secte : on trouvait je ne sais quelle douceur dans ce secret impénétrable qu'on y observait, et, comme disait le Sag-e, les eaux qu'on buvait furtivement paraissaient plus agréables. Saint Bernard , qui connaissait bien ces hérétiques, y remarque ce caractère particulier, qu'au lieu que les autres hérétiques, poussés par l'esprit d'orgueil, ne cherchaient qu'à se faire connaître, ceux-ci, au contraire, ne travaillaient qu'à se cacher. Les autres voulaient vaincre; ceux-ci, plus malins, ne voulaient que nuire et se coulaient sous l'herbe pour inspirer plus sûrement leur venin par une secrète morsure. C'est que leur erreur découverte était à demi vaincue par sa propre absurdité . C'est pourquoi ils s'attaquaient à des ignorants, à des gens de métier, à des femmelettes, à des paysans, et ne leur recommandaient rien tant que ce secret mystérieux *.

Il faut lire là-dessus tout le livre XI de V Histoire des Variations. Les preuves de ce que l'auteur y avance des

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