Annales, 1. xi, ch
pouvait se louer comme d'une chose évidente et connue de la fidélité de la Gaule au nom romain.
Aucune guerre, dit l'empereur, n*a duré si peu que la guerre des Gaules, aucune n'a été suivie d'une paix aussi exactement gardée, aussi fidèle. Déjà mêlés à nous par les mœurs, par les arts, par les alliances, les Gaulois nous apportent leur or et leurs ressources, loin d'en vouloir profiter seuls.
Quelques historiens ont fait état de Finsurrection de Trêves et de Langres survenue l'an 69 de l'ère. Elle eut des causes particulières. Un Germain, Civilis, en avait pris la tête, et Velléda, la Velléda de Chateaubriand, qui y servit de prophétesse (chose à retenir), était Germaine. Au cours de cette insurrection, prit place le fameux congrès de Reims, formé de leur propre mouvement par les députés des villes gauloises. On demanda s'il convenait de se séparer de Rome. Chacun répondit librement. Tous ou presque tous décidèrent de demeurer partie de l'Empire. De tels faits font mieux entendre la vérité que tous les commentaires.
J'ajoute que la Bretagne ne fit pas dans cette histoire plus de résistance que le reste du pays. Elle oublia la langue gauloise. Ce qu'elle oiîre aujourd hui de celtique est TeiTet d'invasions postérieures.
Parler de la suite des siècles est presque superflu. Cependant, comment ne pas citer ici les vers célèbres du poète Rutilius Numatianus, poète gaulois, à la louange de la grandeur romaine ?
Exaucli, regiiia lui pulcherrinia mundi\ Inler sidereos Homa recepta polos, Exaudi^ genilrix hominum genitrixque Dcorum.
La romanisation fut telle, qu*elle inspira jusqu'à la résistance opposée par la Gaule à l'invasion germaine
du v" siècle. Les Gaulois, devenus Romains, se défendaient contre les Barbares, avec autant de fidélité que nulle autre province de TEmpire.
Ces faits contredisent beaucoup d'idées modernes. L'antagonisme des races, dont nous parlons sans cesse, et sur lequel quelques-uns ont rebâti toute Thistoire, n'y paraît pas. « L'idée de race, dit Fustel de Coulanges \ n'occupe aucune place dans les esprits de ce temps, et nous pouvons même affirmer qu'elle en est absente. »
Toutes nos idées modernes sont tournées à déshonorer la manière dont la Gaule vaincue entra dans l'obéissance de Rome. En considération de ce qu'ils s'imaginent être l'honneur national, de nombreux Français d'aujourd'hui voudraient pouvoir contester ces faits. Les revendications allemandes en faveur d'Arminius ont influencé nos esprits. Elles sont parvenues à nous faire rougir du beau titre par où nous entrons dans l'histoire, celui de province romaine, synonyme de grandeur politique, d'ordre et de culture supérieure. Il n'est pas de nation sans une ébauche de cela ; la nôtre à ses débuts en reçoit la plénitude : voilà le vrai titre de noblesse dont il convient de nous parer.
Voilà, dis-je, l'éloge solide, l'éloge durable du sang gaulois. Ce sang reçut aussitôt cette culture. L'éducation s'en fît en un moment. Fustel le remarque en quelques phrases décisives. « La Gaule, dit-il, avait été belliqueuse, aussi longtemps que l'absence d'institutions fixes l'avait condamnée à la guerre perpétuelle. Elle aima la paix dès qu'elle eut un gouvernement stable. » Il loue chez ces Gaulois, dont on revendique les droits à se défendre de l'influence romaine, « l'imitation louable du mieux » ^ En une formule qui mérite de rester comme