‹ Les prejugés ennemis de l'histoire de FranceChapitre 91 sur 162 · I. LES ALBIGEOIS · texte numérisé non relu

I. LES ALBIGEOIS

Ce qu'on a lu plus haut fait comprendre pourquoi les rois y ajoutèrent la guerre. Gardons de nous en étonner. On ne peut contester que les puissances de chair aient charge de ce qu'il y a de plus essentiel au moins dans la morale.

Ce souci n'est commandé aux princes par aucun sentiment de piété individuelle ; il se confond chez eux avec le soin de l'Etat. Ce qu'ils ont joint de dévotion privée dans la répression de Thérésie n'est pas ce qui les justifie, mais leur fonction de chefs d'un ordre public lié à la défense de lEglise. L'emploi de la force entrait dans cette fonction ; ils encouragèrent la croisade ; la répression proprement dite était l'attribution de l'Eglise ; elle décréta 1 Inquisition.

Un des reproches qu'on fait à ce tribunal est de forcer les conversions. On s'imagine que son but propre est de ramener les hommes à la foi ; on le croit dirigé à l'action spirituelle, on le prend pour un complément de prédication chez les Gentils. Une preuve que cette pensée règne chez nos censeurs, c'est qu'ils lui reprochent de manquer ce but en contraignant les volontés. Les conversions ainsi obtenues ne sont pas sincères, disent-ils. En vérité, ce n'est pas de cela qu'il s'agit : il s'agit de l'ordre général, auquel la société a le droit de soumettre l'homme par la contrainte.

Parlant de l'abjuration légale, M»^ Douais avoue que « dans plus d'un cas le condamné ne déclara renoncer à l'hérésie que pour se soustraire à des poursuites ennuyeuses ». Avec une justesse parfaite, l'éminent prélat ajoute :

Ce n'était point de l'hypocrisie^ car la poursuite était légale, ses conséquences ne pouvaient avoir qu'une portée légale : tout le monde l'entendait ainsi. A ce compte, il faudrait dire que toute contrainte engendre l'hypocrisie ou la feinte, et

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dès lors écarter la répression comme immorale, sous le prétexte qu'elle détourne l'homme de la voie dans laquelle il s'était librement engagé*.

La condamnation dont il s'agit et ses sanctions de toute espèce sont, répétons-le, d'ordre public. Peut-être conviendrait-il de reconnaître enfin que cet ordre existe réellement, qu'il existe une cause des peuples, que les chefs responsables ont pour mission de protéger et de défendre. Il est, dis-je, pour l'Eglise une défense du troupeau ; d'autres, dit M^^ Douais, « n'ont voulu voir que le droit du coupable * ».

Apparemment ce droit, de quelque manière qu'on le prenne, ne saurait aller jusqu'à lui assurer la libre séduction des hommes et la propagande d'anarchie. L'Inquisition ne poursuit pas autre chose. Ce qu'un homme pense en son particulier n'est pas ce qu'elle incrimine ; les manifestations de cette pensée, les efforts tentés pour la répandre, voilà ce qu'elle punit et empêche. Que si Ton objecte que ces manifestations, cette propagande doivent être permises si l'on admet la liberté des opinions, d'accord. C'est se moquer en effet que de dire qu'on laisse libre une religion à laquelle on défend de se manifester et de se répandre. Mais aussi la liberté de conscience n'est-elle la matière d'aucun droit. La permission donnée, selon les cas, à quelques sectes de subsister n'engage nullement un principe.

Ainsi, quand je remarque que l'hérétique réclame plus que le droit de penser, ce n'est pas que je prétende que ce droit doive suffire à la liberté, c'est que je veux prévenir une objection ; objection ridicule tirée de la liberté intrinsèque de la pensée et de sa nature impondérable.

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