‹ Les prejugés ennemis de l'histoire de FranceChapitre 98 sur 162 · II. LES PROTESTANTS · texte numérisé non relu

II. LES PROTESTANTS

se servir de la puissance du g-laive contre leurs sujets ennemis de l'Eglise et de la saine doctrine, puisque en ce point les protestants sont d'accord avec nous. Luther et Calvin ont fait des livres exprès pour établir sur ce point le devoir du magistrat. Calvin en vint à la pratique contre Servet et contre Valentin Gentil. Mélanchthon en approuva la conduite par une lettre qu'il écrivit sur le sujet.

La discipline de nos réformés permet aussi le recours au bras séculier en certains cas, et on trouve parmi les articles de la discipline de l'Église de Genève, que les ministres doivent déférer au magistrat les incorrigibles qui méprisent les peines spirituelles, et en particulier ceux qui enseignent de nouveaux dogmes sans distinction ^

On trouvera dans l'ouvrage de Bossuet ses autorites au chapitre 56 de son X^ livre. Au nombre de ces autorités est le ministre Jurieu, son contemporain et adversaire, ce qui prouve que sous Louis XIV les protestants tenaient encore pour ce principe.

L'histoire de la Réforme prouve qu'il est juste. Elle vérifie avec éclat la nécessité de retenir et de gouverner les consciences en offrant le tableau à jamais exécrable des désordres causés par une révolte menée contre ce gouvernement. Dans rhistoire de l'Inquisition, la suppression des sectes ôte l'occasion de faire cette vérification. C'est le faible avantage d'un grand mal, que la réussite partielle de la Réforme ait laissé au contraire à cet égard une source d'instructions toujours prête.

Le préjugé étouffe ces instructions, il est vrai. Il a gagné là dedans de renverser les rôles. Dans le procès de l'Eglise contre la Réforme, nous assistons à ce scandale de voir, par un effet de l'adresse et des pratiques de l'adversaire, l'Eglise paraître en accusée. C'est sa ligure devant l'opinion ; c'est la posture où on la réduit, malgré le témoignage qu'ajoutent en faveur de son droit

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