‹ Les premières actrices françaisesChapitre 5 sur 16 · ACTRICES ANGLAISES. — ACTRICES ESPAGNOLES A PARIS · texte numérisé non relu

ACTRICES ANGLAISES. — ACTRICES ESPAGNOLES A PARIS

Si Tallemant avait parlé des troupes étrangères, il aurait dû citer le cas d'une actrice italienne de premier ordre, Isabella Andreini, femme du comédien-auteur Francesco Andreini, et auteur elle-même, qui rendit également célèbres, à la cour de Henri IV et dans tout Paris, son talent et sa vertu.

Cette Isabella mourut à Lyon, en 1604, — à quarantedeux ans, — d'une mort imprévue : elle s'apprêtait à repasser les Alpes. Mais telle était sa renommée que « Messieurs de la ville » entourèrent ses funérailles d'honneurs extraordinaires. Elle seule, du reste, en Europe, parmi les actrices de cette époque, connut vraiment la gloire. « Il faut convenir, dit Armand Baschet, dans son livre sur les Comédiens italiens à la Cour de France, qu'il n'y a pas eu d'expression magnifique dont ses contemporains ne se soient servis pour porter aux étoiles tous ses talents. » Le cardinal Aldobrandini la recevait à sa table comme une princesse ; Le Tasse lui adressa des sonnets ; et un historien français, Pierre Mathieu, qui l'avait admirée, la célébra morte, jusqu'à s'écrier : « Si elle eût vécu en Grèce au temps que la comédie était en vogue, on lui eût donné des statues, et eût (sic) reçu sur le théâtre autant de

couronnes do fleurs comme les mauvais joueurs y recevaient de coups de pierres... » Elle n'avait pourtant joué à Paris que trois ou quatre mois. Elle s'ctai' établie à l'Hôtel de Bourgogne — avec sa troupe, bien entendu, — après avoir diverti et charmé à Fontainebleau le roi et la reine pendant plusieurs semaines.

Une autre actrice italienne, des plus remarquables, l'avait, peut-être, précédée en France de vingt-cinq ans. C'était la « divina Vittoria » — « bella maga d'amore », ainsi la qualifiait un écrivain. Elle faisait partie de la troupe des Gelosi, « la première qui eut des comédiennes accomplies », assure Armand Baschet. Mais Baschet n'ose garantir que cette Vittoria, dite Fioretta, fut du voyage lorsque les Gelosi, sollicités par Henri III, vinrent à Blois, puis à Paris (1577). Le certain est que la troupe, après avoir triomphé devant la Cour à Blois, fit fureur auprès du public parisien. Il y avait à l'Hôtel de Bourbon, où elle s'était installée, — raconte l'Estoile, — « tel concours et affluence de peuple, que les quatre meilleurs prédicateurs de Paris n'en avaient pas trétous ensemble autant quand ils prêchaient. » — Le Parlement, jugeant immoral le répertoire de ces italiens (pire, dans le comique, que celui de nos farceurs au temps de Gros- Guillaume), interdit les représentations ; mais le roi n'abandonna point ses protégés qui « recommencèrent... comme auparavant» par sa «permission et jussion expresse...»

Dès 1548, d'ailleurs, avaient paru en France des comédiennes d'Italie. Elles avaient été appelées — avec des acteurs — par le cardinal de Ferrare, archevêque de Lyon, pour jouer devant Henri II et Catherine de Médicis la très licencieuse « tragi-comédie » de la Calandria, du cardinal Bibbiena. La représentation fut d'un faste inoui. Elle coûta 10.000 écus et remplit d'enthousiasme Henri II qui fit distribuer à la troupe 800 pistoles.

Beaucoup plus tard, sous la régence de Marie de Médi-

cis, Paris connut la Florinda, femme de Giovanni Battista Andreini, dit Lelio, et, comme ses père et mère (on le sait), comédien-auteur. Lelio et Florinda, célèbres l'un et l'autre eu Italie, étaient venus avec l'illustre Arlequino, de son vrai nom Tristano Martinelli, que Marie de Médicis avait mandé et qui arriva en 1613. La troupe, où il y avait aussi une Flavia et une Lidia, joua au Louvre et à l'Hôtel de Bourgogne ; mais je ne saurais dire quel succès obtinrent les trois actrices. Il est probable, cependant, que la Florinda et la Lidia furent satisfaites, puisqu'on les retrouve en France, en 1620, avec Lelio — et une Bernetta, qui, elle, trouvait toujours des excuses « pour manquer à ses rôles». Baschet parle encore d'une Baldina qui jeta un moment le trouble et la désunion dans le ménage Lelio- Florinda, au point que celle-ci, un jour, s'enfuit et, tout en larmes, se réfugia dans une église « où elle se faisait passer pour une possédée », dit Lelio lui-même dans une lettre au duc de Mantoue.

Le malheureux époux, qu'on avait accusé d'aimer la Baldina (et peut-être, mon Dieu, l'avait-il aimée un moment), la traite, dans cette lettre, de « petite diablesse » (questa sgraziatella). Elle entretient dans la troupe, « avec un art extrême, et par des procédés occultes », un véritable «incendie». Impossible de «vivre en de pareils supplices... »

Quoi qu'il en soit, « de 1599 à 1624, il vint à Paris au moins huit troupes italiennes, dont la plupart y firent un long séjour» ; et M. Bigal, à qui j'emprunte ce résumé (1), signale justement dans cette espèce d'invasion, favorisée par Henri IV, Marie de Médicis et Anne d'Autriche, la plus redoutable concurrence contre laquelle eurent à lutter les comédiens français dits « comédiens du Roi » (les Vautray,

(1) Op. cit., p. 149.

Valleran, Laporte, Gaultier-Garguille, etc.,). Mais, d'autre part, n'est-il pas à supposer que l'exemple, en général, heureux des actrices italiennes facilita d'abord l'introduction des actrices françaises sur les scènes parisiennes et finit par les y rendre nécessaires au plaisir du public ?

Il vint aussi à Paris, en 1598, une troupe anglaise, puis une seconde en 1604.

Celle-ci parut au palais de Fontainebleau où se trouvaient Henri IV et le futur Louis XIII, âgé de trois ans. Héroard raconte dans son Journal, sous la date du 18 septembre, cpje le jeune prince, dont il était le médecin, ayant été mené à la représentation d'une « comédie », 1' « écouta avec froideur, gravité et patience, jusqu'à ce qu'il fallut couper la tête à un personnage ». Comprenons bien que la tête fut coupée, comme on sait que l'avait été, en 1549, celle de l'Holopherne de Tournai ; et l'historien de Shakespeare en France sous l'ancien régime, M. Jusserand, suppléant au silence d'Héroard sur les sentiments et l'attitude de l'enfant royal devant cette « catastrophe » réelle, estime, d'après d'autres renseignements, d'Héroard aussi, que le fils de Henri IV et de la reine « ne fut pas effarouché, mais intéressé, et que ce fut sa froideur qui disparut. » (1) Peu nous importe ici, du reste. Ce qui nous intéresse -* et cela nous pouvons le garantir — c'est que, ni dans la troupe de 1604, ni dans la précédente, il ne se trouvait d'actrice. Il n'y eut pas d'actrices en Angleterre avant la Restauration. Deux troupes françaises s'y risquèrent, avec des femmes, en 1629 et en 1633; ce fut, les deux fois, un

scandale. (1) Aucun lettre n'ignore que tous les rôles féminins des pièces de Shakespeare, ou prétendues de Shakespeare, (2) furent créés par des hommes. L'auteur lui-même nous l'apprend dans Hamlet par la bouche du héros disant à un comédien : « Et vous, ma jeune dame, ma princesse ! Par Notre-Dame ! Votre grâce, depuis que je ne vous ai vue, est plus rapprochée du ciel de toute la hauteur d'un sabot vénitien... » Et plus curieuses encore, moins connues à coup sûr, ces paroles de Gléopàtre peignant à sa suivante Iras les outrages qu'elle subirait à Rome si elle s'y laissait envoyer par Octave : « Des comédiens expéditifs nous parodieront... Antoine sera montré ivre, et je verrai quelque garçon criard singer la grande Cléopâtre... »

Témoignages auxquels on en pourrait ajouter d'autres et à propos desquels on me permettra de relever une erreur de Taine, dans son Histoire de la littérature anglaise. N'a-til pas prêté au poète de Macbeth et d'Othello des « aventures de coidisses », des « amours » pour des « cabotines » ?

(i) Y avait-il aussi des femmes dans la troupe française que la Gazette de Renaudot nous montre en Angleterre, de février à mars 1635 ? Je lis dans le numéro du 31 mars que les « plus grands seigneurs de la cour» anglaise «ont témoigné leur libéralité, à l'envi les uns des autres, aux comédiens français qui ont fort contenté leurs Majestés britaniques ». V. l'Appendice.

(2) On sait qu'il y a une «affaire Shakespeare». Elle date môme du milieu du XIXme siècle. Jusqu'à présent, elle a passé par trois phases : la phase Bacon, puis, assez récemment, la phase lord Kutland, enfin, en 1918, la phase William Stanley, comte de Derby. — V. sur ces deux derniers candidats posthumes et involontaires à la paternité de l'œuvre dite de Shakespeare, et qui est peutêtre bien tout de même du comédien Shakespeare, les deux livres de M. Demblon : Lord Rutland est Shakespeare, l'Auteur d'Hamlet et son monde, et les deux volumes de M. Abel Lefranc : Sous le masque de William Shakespeare, William Stanley, Vlm* comte de Derby. — V. en outre, dans la Revue de Paris des 15 mai et 1er juin 1919 une Autobiographie de Shakespeare par Longworth-Chambrun. C'est une réponse à M. Abel Lefranc.

« Shakespeare, affirme-t-il, n'y a pas plus échappé que Molière, et s'en est affligé comme Molière». Rapprochement de pure fantaisie. Taine le fait suivre d'une anecdote qui devrait le justifier et qui, au vrai, ne s'y rapporte même point. Il s'agit bien d'une aventure galante, mais l'héroïne n'est pas une comédienne ; c'est « une femme d'un bourgeois de la Cité ». Eprise de l'admirable acteur Burbage, qui jouait Richard III, elle lui avait donné un rendezvous ; William Shakespeare, l'ayant su, « alla devant, fut bien reçu », et, lorsque son camarade arriva, il lui répondit ou fit répondre que « Guillaume le Conquérant était avant Richard III».

Taine a raison de citer cela comme un « tour de Scapin », assez caractéristique de certaines mœurs théâtrales. Mais quel rapport, encore une fois, entre un imbroglio de cette espèce et les amours de Molière et d'une Madeleine Béjart ou d'une Catherine de Brie ?

Il y eut bien dans la vie de Shakespeare, ou de l'homme qui l'aurait choisi pour prête-nom, un drame d'amour malheureux. C'est celui que nous racontent énigmatiquement les sonnets adressés à une dame brune, dont l'identité est encore aujourd'hui un mystère. Cette femme que le poète adore et maudit, qui est son bon ange et sa détestable sirène, était mariée. « Infidèle au lit de ton époux, s'écrie l'amant trompé, tu as rompu ta foi nouvelle en me vouant ta haine après m'avoir promis ton amour ». Mais pas un vers, pas un mot relatif à la situation sociale de ce « démon femelle ». En tout cas, ce n'était point une comédienne. Il faut, je le répète, descendre jusqu'au règne de Charles II (1660-1685) pour rencontrer des actrices anglaises.

Le premier rôle féminin interprété par une femme fut celui de Desdémone, en 1660 précisément. Un poète obscur, Thomas Jordan, — dit M. Firmin Roz dans une étude sur la

Renommée de Shakespeare en Angleterre (1), — écrivit un prologue pour annoncer cette nouveauté en bafouant l'ancien usage :

Des hommes jouent, qui ont entre quarante et quarante-cinq ans, des filles de quinze ans, avec une charpente si massive et des muscles si durs, que, quand on appelle Desdémone, il entre un géant (2).

L'actrice qui osait rompre avec l'absurde tradition et remplacer le géant se nommait, croit-on, Margaret Hughes. Mais la première qui joua une suite de grands personnages féminins, ce fut la femme du principal acteur de la Restauration, Mrs lîetterton, connue d'abord au théâtre sous le nom de Mrs Saunderson. A partir de 1663, dans Ophélie, dans Juliette, dans la reine Catherine et dans Macbeth, elle fut, paraît-il, « d'un puissant secours à son mari » (3). Celui-ci, pourtant, était si admiré qu'on décida de l'enterrer à Westminster (2 mai 1710). Il n'eut qu'assez longtemps après, dans Garrick, un successeur digne de lui.

Paris reçut encore, sous Henri IV et Louis XIII, la visite de troupes espagnoles.

La première, il est vrai (1604), s'aperçoit seulement à travers une anecdote tragique — bassement tragique — et qui jette un jour lamentable sur la moralité de ces visiteurs. Prenons garde, néanmoins, de les juger tous d'après ce que firent les deux scélérats dont l'Estoile a raconté le crime et le châtiment. Ce crime donne à penser que pour cette troupe Paris fut la Ville de la Misère. Et si l'hypothèse n'est pas fausse, une conséquence en est bien celle-

(1) Shakespeare par sir Sydney Lee. Edition française par M. Firmin Roz. Appendice I.

(2) Sydney Lee suppose que les hommes chargés d'un rôle de femme portaient des masques (p. 39 de l'Edition française).

(3) Firmin Roz, ibidem.

ci : nos comédiens français n'eurent pas, dans ces nomades d'outre-Pyrénées, des concurrents à craindre comme dans les transalpins d'Isabella Andreini.

Mais voici le fait noté par l'Estoile dans son Registre- Journal :

Le 2 août 1604, on « pécha » dans la Seine « une belle jeune femme » d'environ vingt-deux ans, actrice espagnole qu'avaient assassinée « deux Espagnols, aussi comédiens ». Ils l'avaient poignardée, puis lancée dans le fleuve, après lui avoir attaché « une grosse pierre au col, une autre aux jambes », parce qu'elle « s'était découverte » à eux « de quelques bagues et argent qu'elle avait ». Pris, ils furent roués.

L'Estoile ne parle point de leurs infortunés camarades, non plus que du talent ou du manque de talent de la victime.

Et c'est Malherbe qui nous renseigne, neuf ans plus tard, sur une deuxième troupe fraîchement arrivée du pays de Cervantes et de Lope de Vega. (Je n'ajoute pas de Calderon parce qu'à ce moment le futur poète de la Dévotion à la Croix et de la Vie est un songe n'avait que treize ans).

Le 27 octobre 1613, Malherbe écrit à son ami Peiresc :

Je viens tout à cette heure de la comédie des Espagnols qui ont aujourd'hui commencé à jouer à la Porte Saint-Germain, dans le faubourg; ils ont fait de merveilleuses sottises et impertinences et il n'y a eu personne qui n'en soit revenue avec mal de tête... Je suis de ceux qui s'y sont mortellement ennuyés...

Et le 24 novembre :

L'on a renvoyé [de la Cour] quérir les comédiens français; le Roi ne goûte point les Italiens ; les Espagnols ne plaisent à personne :.. ils ne gagnent pas le louage du jeu de paume où ils jouent.

Rien, spécialement, sur les femmes. Je dis les femmes, toutes les troupes espagnoles importantes ayant, à cette époque déjà, plusieurs actrices. On n'en voit qu'une, sans

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doute, dans cette compagnie ambulante des Cortês de la Mort que rencontrent don Quichotte et Sancho. (1) Mais il s'agit là d'une troupe de la fin du seizième siècle ; et Cervantes ne nous présente pas tous les membres de la caravane. « Derrière ceux-là », (ceux qu'il vient de nous peindre) « se trouvaient encore, dit-il, d'autres personnages de différents costumes et aspects ». Parmi ces personnages, dont un seul finit par nous apparaître, « vêtu en fou de cour», libre à nous de supposer qu'il y avait une femme.

Un des premiers écrivains français qui ait étudié le théâtre espagnol, Damas-Hinard, assure que les troupes de Madrid, dès le commencement du dix-septième siècle, plus tôt même, comprenaient deux ou trois amoureuses (damas) et deux soubrettes (criadas) (2). Et si les compagnies errantes étaient souvent composées de gens sans aveu, fussent-elles « royales et titrées », suivant le mot de Cervantes, on les accueillait partout, néanmoins, avec honneur, — c'est encore Cervantes qui nous l'apprend — ; et les actrices, principalement, étaient aimées, fêtées.

Ainsi naissait pour elles l'espèce d'idolâtrie qui fit, un peu plus tard, d'une Calderona la grande amie de Philippe IV, la mère d'un fds du roi (1629). Mais cette Calderona ne joua jamais en France ; et je ne puis que renvoyer pour son histoire si curieusement, si « espagnolement » pathétique, au charmant Voyage de Mme d'Aulnoy.

Une troisième troupe — la troisième que l'on sache — tenta fortune à Parie en 1618. Son échec y égala celui de la seconde. La seule trace de son passage est cette ligne des Mémoires de Bassompierre : « Nous eûmes les comédiens espagnols cet hiver-là ».

(1) Don Quichotte, seconde partie, chap. XI.

(2) Le Moniteur universel, 27 octobre 1853 : Du Théâtre espagnol au siècle d'or.

Pour trouver enfin une compagnie d'Espagne qui ait pu faire en France un long séjour, il faut arriver au règne de Louis XIV. La troupe qui, en 1660, suivit des Pyrénées à Paris le jeune roi et sa jeune épouse Marie-Thérèse, y resta jusqu'en 1673. Non pas, certes, à cause d'un succès persistant. Livrés à eux-mêmes, ces compatriotes de l'exinfante auraient dû assez vite plier bagage. (1) Mais elle les protégeait et le roi les payait pour lui être agréable. Il était, lui, fort loin de se plaire aux ouvrages qui formaient leur répertoire. Ouvrages généralement considérés comme des « monstres dramatiques » par les Français d'alors. Et puis, bien peu de Parisiens entendaient l'espagnol. On ne venait guère que pour le chant et la danse, mêlés heureusement aux représentations de ces pièces incomprises (dans les deux sens du mot)...

Les actrices étaient nombreuses dans cette troupe à ballets et à castagnettes. Assez nombreuses, du moins, — et « spirituelles » d'apparence, sinon belles. (2)

Au premier rang, Francisca Bezon. — Avec trois de ses compagnes, Maria de Anaya, Maria de Valdes, Jeronima de Olmedo, elle danse et chante dans le Ballet des Muses, lors des fêtes données par Louis XIV à Saint-Germain, en 1666-1667 (fêtes pour lesquelles Molière écrivit Mélicerte, la Pastorale comique et le Sicilien). Et la Gazette rapporte que cette « Entrée espagnole » — à laquelle prirent part le Roi, Madame, la Montespan, M"0 de la Vallière, un duc et des marquis, sans compter les cama-

(1) Le Registre de La Grange constate, en juillet 1660, qu'à sa troisième représentation au Petit-Bourbon la troupe « fit un four ».

(2) Je répète ici le gazetier Loret disant le 20 juillet 1660, à propos de la première pièce donnée par les Espagnols :

Leurs femmes ne sont pas fort belles Mais paraissent spirituelles.

Et Loret ne manque pas de bienveillance, est volontiers flatteur.

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rades masculins de Francisca Bezon, — « fut trouvée des mieux concertées et des plus agréables... »

On admirait aussi, dit Edouard Fournier, « la belle et touchante Barbara Ramirez », femme du directeur de la compagnie, Sebastien de Prado. (1) — « Lorsqu'elle chante on est sûr qu'elle ravit tous ceux qui l'entendent, et ce que je puis assurer c'est qu'elle pleure encore mieux », s'écriait, parait-il, l'auteur dramatique Antonio de Solis. — Sebastien de Prado la perdit à peine rentrée en Espagne, et prit l'habit religieux ; il mourut prêtre en 1685.

Quant à Francisca Bezon, elle ne mourut — retirée du théâtre depuis longtemps, et sœur de charité — qu'en 1703.

(1) L'Espagne et ses comédiens en France au XVII™ siècle, par Edouard Fournier (1864). Un meilleur ouvrage, très complet, est celui de Rennert : The spanish stage in the time of lope de Vega (New- York 1909). V. aussi la Comedia espagnole en France de M. Martinenche. — Dans les premières troupes espagnoles ambulantes, les rôles de femmes avaient été tenus par des enfants.

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