‹ Les premières civilisationsChapitre 101 sur 189 · FIG. 264. — NIN OU NINIP, L’HERCULE ASSYRIEN · texte numérisé non relu

FIG. 264. — NIN OU NINIP, L’HERCULE ASSYRIEN

Ce dieu, auquel plusieurs temples étaient consacrés, est représenté sous la forme d’un géant étouffant un lion. Les traditions le considéraient comme l'ancêtre des rois assyriens. Sa statue, représentée dans cette planche, est actuellement au Louvre; elle était placée à l’entrée du harem du palais de Sa'rgon, à Khjrsabad (VIIIe siècle avant J.-C.).

fleuve, nous l’avons vu, qui a fait l’Égypte; c’est une route qui a créé les formidables empires de la Chaldée et de l’Assyrie.

Mais ce n’était point un chemin .ordinaire celui qui, tracé à travers le vieux continent, marqua ses étapes par de merveilleuses cités. C’était la grande route du monde antique, la seule qui fît communiquer l’Extrême-Orient avec l’Égypte et avec l’Europe; la seule qui amenât les peuples de l’Orient sur les rives de la Méditerranée, d’où, par la marine puissante des Phéniciens, ils se mettaient en rapport avec tous les pays connus. De longues caravanes traversaient toute cette région, venues de Sidon ou de Tyr, tandis que les bateaux apportant de l’Éthiopie les matières précieuses remontaient le cours du Tigre et de l’Euphrate.

Sur les deux rives de ces fleuves, comme sur la longue ligne de leur parcours à travers le désert, l’affluence des marchands amena la création de villes nombreuses servant d’entrepôts.

Ce mouvement, cette activité, donna une vie prodigieuse aux plaines aujourd’hui solitaires de l’Asie antérieure. Le travail, en faisant affluer de toutes parts dans les villes les trésors du monde entier, apporta la richesse, fit naître les industries, développa les grands centres urbains. Et, comme l’agriculture pouvait seule nourrir les nombreuses populations, on mit en œuvre, au moyen de travaux d’irrigation considérables, ce sol de la Clialdée auquel il ne manquait qu’un peu d’eau pour être merveilleusement fécond.

Qu’importaient les efforts, qu’importaient l’or et l’argent prodigués, à ces peuples chez qui passaient et repassaient, non sans se multiplier entre leurs mains ingénieuses, toutes les richesses de la terre?

La situation de la Mésopotamie en faisait comme le cœur où refluait et venait palpiter toute la sève vitale du monde ancien. Géométriquement, elle en occupait le point central. Tous les peuples tournaient les yeux vers elle, et la retrouvaient aussi, en remontant dans leur passé, à la hase de leurs traditions. Tous ont voulu voir en elle le berceau du genre humain.

Tour soutenir ce rôle, ses deux fleuves lui étaient indispensables; mais, comme ils n’eussent pas été suffisants, il fallut que la main des hommes suppléât à la nature par ces immenses travaux hydrauliques, dont les restes nous étonnent.

LA CIVILISATION CHALDÉO-ASS YRIEN NE

Lorsque la civilisation chaldéo-assyrienne s’écroula, les peuples qui la continuèrent — les Perses, les Grecs, et plus tard les Arabes — profitèrent des longs travaux de leurs prédécesseurs, et l’Asie antérieure resta longtemps florissante et fertile malgré les révolutions et les invasions ; mais le centre de la civilisation se déplaçait de plus en plus. Et tout à coup, en même temps qu’un nouveau continent fut découvert, Yasco de Gama, doublant le cap des Tempêtes, ouvrit une route inconnue entre l’Orient et l’Occident. La lente, difficile et dangereuse voie de terre fut bientôt presque entièrement abandonnée. Les transports firent le tour de l’Afrique ou passèrent par le Caire et la mer Rouge. De rares caravanes se risquèrent seules sur les anciens chemins foulés jadis par les Thoutmès, les Cambyse et les Alexandre victorieux. Le pays se dépeupla lentement. Les sables montèrent silencieusement à l’assaut des capitales devenues solitaires; et le désert, dompté durant de longs siècles, étendit son lourd manteau sur le front des orgueilleuses cités.

Pour la Chaldée, comme pour toutes les autres contrées du globe, il est impossible de savoir exactement d’où venaient ses premiers habitants et à quelle race ils appartenaient.

Si haut que les découvertes modernes nous fassent remonter dans l’histoire, il arrive toujours un moment où nous plongeons dans une nuit épaisse, au seuil de laquelle il faut nous arrêter, puisque nous ne possédons ni guide ni flambleau qui puissent nous y guider.

L’écriture des anciens Assyriens, cette écriture cunéiforme, déchiffrée comme l’ont été les hiéroglyphes égyptiens, nous montre qu’il y avait en Mésopotamie deux langues, et par conséquent deux races distinctes : Y assyrien de Ninive et le suméro-accadien de la Chaldée.

On n’a plus de doute sur l’origine des Assyriens de Ninive : c’étaient des Sémites. Il est plus difficile de savoir à quelle race

appartenaient les Ghaldéens, divisés • dans l’antiquité en deux rameaux : le peuple de Sumer et celui d’Accad.

Ayant reconnu dans le suméro-accadien une langue agglutinante présentant quelque analogie avec les dialectes ouralo-altaïques, on a voulu voir dans les Ghaldéens un peuple d’origine touranienne. Cette opinion est très contestée aujourd’hui, et voici pourquoi :

D’abord, autant que l’on peut, par les descriptions et les basreliefs, se représenter les Ghaldéens, on ne constate en eux aucune ressemblance notable avec les Touraniens ; ils ne paraissent avoir eu ni le teint cuivré, ni les pommettes saillantes, ni les yeux obliques. Ils étaient très foncés de peau, presque noirs peut-être, mais sans présenter aucun rapport avec le type nègre. Grands, bien faits, les cheveux lisses, le nez droit, ils rappelleraient plutôt le type éthiopien, dont une autre théorie scientifique que nous ne défendrons pas, voudrait les rapprocher.

En second lieu, si leur langue offre de l’analogie avec les dialectes touraniens, elle en offre plutôt par ce qui lui manque que par ce qu’elle renferme : agglutinante, comme les langues touraniennes, elle contient beaucoup de mots kouschites.

Enfin, un témoignage qu’on ne peut accepter les yeux fermés, mais dont on est bien obligé de tenir compte, puisqu’on y trouve l’acte de naissance le plus ancien sinon le plus authentique de ces vieilles races, le témoignage de la Bible, fait de Nemrod, fils de Kousch et petit-fils de Gham, l’ancêtre des Babyloniens.

On lit en effet au chapitre X de la Genèse :

« Les enfants de Cham sont Kousch, Misraïm, Phut et Chanaan.

« Et Kousch engendra Nemrod, qui commença d’être puissant sur la terre.

« Et il fut un puissant chasseur devant l’Éternel. De là est venu ce qu’on dit : Comme Nemrod, le puissant chasseur devant l’Eternel.

« Et le commencement de son règne fut Babel, Accad et Calné, au pays de Seinhar. »

Si les renseignements puisés dans la Bible ne laissaient aucune prise au doute, il en résulterait que les Chaldéens furent les frères des Égyptiens, descendus de Misraïm, et des Éthiopiens, descendus de Phut. Et nous pourrions conclure avec Bawlinson, que l’humanité est redevable de ses premiers progrès aux descendants de

Cham. Malheureusement, bien du vague plane sur ces obscures questions de l’origine des peuples. La Bible d’ailleurs, qui d’abord donne les Chaldéens pour les plus anciens habitants de la Mésopotamie, en fait plus tard, dans le livre d’Isaïe, une simple colonie des Assyriens :

« Voici le pays des Chaldéens, dit le prophète. Ce peuple-là n’était point autrefois; Assur l’a fondé pour les gens de marine.

Cette dernière assertion est réfutée par un grand nombre de preuves. Ce qu’on ne saurait mettre én doute c’est que les Chaldéens sont un des plus anciens peuples du monde, l’aîné peut-être du peuple égyptien. Non seulement les livres hébreux, mais les traditions des autres peuples font de la Chaldée le pays le plus anciennement peuplé du globe et comme le berceau du genre humain. C’est là qu’aurait eu lieu la confusion des langues; c’est de là que seraient partis Abraham et Assur, deux fondateurs de groupes sémitiques.

Ce qu’on peut tirer de plus évident des rares certitudes comme des nombreuses hypothèses au moyen desquelles . on cherche à trancher cette question, c’est que la Babylonie fut tout d’abord peuplée par un mélange de races, où figurait peut-être l’élément kouschite. Plus tard, à ce mélange qui, sans doute, avait fini par acquérir une certaine homogénéité, se superposa, sur une grande échelle, l’élément sémitique, qui finit par dominer.

Toutefois, ce ne sont pas les Sémites qui jetèrent dans la Mésopotamie. les fondements d’une des plus anciennes et des plus brillantes civilisations ; cette gloire revient à ces peuples reculés, les Accadiens, les Sumériens, qui d’abord s’établirent .sur les bords de l’Euphrate, et qui y apportèrent la connaissance de l’écriture, une industrie relativement avancée, un gouvernement, des lois, une religion organisés.

D’où venaient-ils alors? D’Éthiopie, comme le croit M. Rawlinson, arrivant par mer et remontant le cours de l’Euphrate et du Tigre, chargés du trésor de la civilisation qui se développait alors sur le Haut-Nil? Ou bien descendaient-ils plutôt, comme je serais porté à le croire, des plateaux de l’Asie centrale, tout remplis du génie actil, entreprenants des Touraniens?

LA CIVILISATION CH ALDÉO-ASS YRIENNE

Quoi qu’il en soit, ce qu’il faut bien marquer, c’est que, malgré la prépondérance du type sémitique dans les œuvres plastiques de la Mésopotamie, et quoique les grands empires dont nous allons nous occuper aient été organisés et gouvernés par des Sémites, ce n’est pas à la race sémitique que l’humanité est redevable de la vieille civilisation chaldéo-assyriennë.

Ceux qui en ont jeté les fondements sont ou les frères, ou les contemporains des premiers Égyptiens, de ces Schesou-Hor, antérieurs même à l’Ancien Empire, et à qui, suivant la légende, les dieux mêmes firent faire les premiers pas dans la voie du progrès, où, depuis eux, l’humanité n’a cessé de s’avancer d’une marche toujours plus rapide.

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