DÉMONS ET DIEU ASSYRIENS
(Bas-relief de jSinive.)
Le personnage à corps de lion et buste d'homme représente Nergal, dieu de la guerre et des enfer?. Les personnages supérieurs représentent des démons.
De même que pour les statues égyptiennes, c'est par la photogravure, c’est-à-dire sans intervention de dessinateur et de graveur que j’ai fait reproduire la planche ci-dessus et celles représentant les bas-reliefs assyriens les plus importauts. Pour les bas-reliefs et les statues, le dessin m’a toujours semblé impuissant à rendre la physionomie réelle des objets.
d’après les textes cunéiformes. Il aurait fait pour les peuples de l’Asie antérieure ce que Manéthon avait fait pour l’Égypte.
Malheureusement tout ce qui reste de lui consiste en des passages cités par Eusèbe, Josèphe et autres historiens.
D’après ces sources incertaines et incomplètes, voici à peu près en quoi se résumait l’histoire des premiers grands empires asiatiques :
Tout d’ahord, aussi loin que l’on pouvait remonter, on retrouvait des traces du déluge; le souvenir d’une famille unique sauvée des ondes; l’arche arrêtée vers le mont Ararat, en Arménie; la tour de Babel, la confusion des langues et la dispersion des hommes. Puis apparaissait, se détachant vivement de cette pénombre le type héroïque de Nemrod, le fort chasseur devant l’Éternel.
Et ce n’étaient pas seulement les livres saints des Hébreux qui fixaient à jamais ces légendes; c’étaient aussi les traditions perpétuées jusqu’à nos jours parmi les peuplades de la Mésopotamie, de la Syrie, de l’Arabie. Les noms n’étaient pas les mêmes; au lieu de Noé, c’était Xisouthros; au lieu de Nemrod, Istoubar. Mais le fonds des récits fabuleux se montrait partout identique. Aujourd’hui même, malgré le développement de la science historique, nulle donnée précise ne peut être établie quant à ces époques lointaines. Il faut encore nous contenter de ces vagues souvenirs qui nous font entrevoir, au début des civilisations asiatiques, de grands bouleversements de la nature, d’importantes migrations de races, et aussi l’existence de héros, d’hommes aventureux qui, par leurs fondations ou par leurs découvertes, ont débrouillé quelque peu le chaos de la barbarie.
En Assyrie et en Chaldée, comme en Égypte, comme en Grèce, comme partout ailleurs, ces premiers initiateurs ont passé pour des dieux. Toutes les explications fournies par les peuples anciens sur leurs origines se ressemblent : une antiquité fabuleuse et la direction surnaturelle de personnages divins, tels en sont les deux traits constants.
Nous avons vu les Schesou-Hor sur les bords du Nil; dans Bérose nous retrouvons les dynasties divines chez les premiers Chaldéens, et les centaines de mille années entassées sans hésitation pour former le passé de ce peuple. Les rois terrestres ne commencent
LA CIVILISATION CHALDÊO -ASSYRIENNE
qu’après le déluge, et leur plus ancienne dynastie règne pendant plus de trente mille ans.
Aussitôt qu’avec Hérodote, Diodore, Strabon, Josèphe, et même la Bible, on quittait le domaine purement légendaire pour entrer dans l’histoire proprement dite, on voyait se dérouler des événements à peine moins merveilleux.
C’étaient les expéditions gigantesques de Ninus, soumettant la moitié de l’Asie. C’étaient les exploits plus extraordinaires encore de Sémiramis.
L’histoire de cette reine, admirable de beauté et de génie, qui rendait les hommes fous d’amour , domptait les peuples, élevait des villes incomparables, jetait des ponts sur les fleuves, traçait des routes à travers les montagnes, et dont la naissance et la mort même avaient été miraculeuses, charma l'imagination humaine à travers les siècles et garde encore son prestige, malgré les découvertes récentes de la science qui la réduisent à néant.
Il est impossible aujourd’hui d’admettre les aventures inouïes de Sémiramis ; il est difficile même de croire qu’elle ait existé, et de reconnaître sa personnalité amoindrie dans telle ou telle reine au nom barbare et dur, au rôle plus ou moins effacé.
Et cependant, si épris que nous soyons de la vérité historique, nous ne pouvons nous défendre, avant de pénétrer dans la brutale histoire des Assyriens, avant d’esquisser la suite de guerres sauvages, de massacres et de supplices qui en fait le fond, nous ne pouvons nous défendre, de rappeler, d’après Diodore, la merveilleuse légende de Sémiramis, et d’évoquer la grande image de cette reine, qui, alors même qu’elle n’aurait jamais existé, exerça et exercera toujours sans doute un prestige universel dans la mémoire charmée des hommes.
Fille d’un mortel et d’une déesse, qui, pour cacher sa faute, l’abandonna dans un désert, Sémiramis fut nourrie pendant un an par des colombes. Des bergers la recueillirent ensuite, et elle grandit pour devenir si belle- que nulle femme ne pouvait lui être comparée.
Un grand seigneur assyrien, Ménonès, gouverneur de Syrie, s’éprit d’elle et l’épousa. Peu après, cet officier accompagna le roi Ninus dans une expédition en Bactriane, et sa jeune femme le suivit.
Mais le monarque et son armée vinrent se heurter contre les murailles de la ville de Bactres, qui semblait absolument imprenable. Sémiramis « reconnut que les attaques se faisaient du côté de la plaine et des points d’un accès facile, tandis que l’on n’en dirigeait aucune vers la citadelle, défendue par sa position; elle remarqua que les assiégés, ayant en conséquence abandonné ce dernier poste, se portaient tous au secours des leurs qui étaient en danger à l’endroit des fortifications basses. Cette reconnaissance faite, elfe prit avec elle quelques soldats habitués à gravir les rochers : par Un sentier difficile, elle pénétra dans une partie de la citadelle, et donna le signal convenu à ceux qui attaquaient du côté des murailles de la plaine. Épouvantés de la prise de la citadelle, les assiégés désertent leurs fortifications et désespèrent de leur salut. Toute la ville tomba ainsi au pouvoir des Assyriens. Le roi, admirant le courage de Sémiramis, la combla de magnifiques présents; puis, épris de sa beauté, il pria son époux dë la lui céder, promet-’ tant de lui donner en retour sa propre fille, Sosane. Ménonès ne voulant pas se résoudre à ce sacrifice, le roi le menaça de lui faire crever les yeux, s’il n’obéissait pas promptement à ses ordres. Tourmenté de ces menaces, saisi tout à la fois de chagrin et de fureur, ce malheureux époux se pendit. Sémiramis parvint aux honneurs de la royauté. »
La mort de Ninus, à laquelle certains récits prétendent qu’elle ne serait pas étrangère, laissa Sémiramis maîtresse absolue de l’Assyrie. Elle entreprit alors des travaux, qui, s’ils eussent été accomplis, dépasseraient les hauts faits des monarques les plus glorieux. Ses conquêtes s’étendaient des déserts de la Libye aux rives de ITndus. Elle fonda la ville de Babylone, dont les murs suffisaient au passage de six chariots de iront et se développaient sur un circuit de trois cent soixante stades (66 kilomètres). A l’intérieur, le pont sur l’Euphrate, large de trente pieds, était recouvert de planches de cèdre et de cyprès. De chaque côté du fleuve, Sémiramis éleva des quais magnifiques, presque aussi larges que les murailles. Elle fit construire, à chaque extrémité du pont un palais d’où elle pouvait voir toute la ville. Ces deux palais se trouvaient réunis par une galerie souterraine, de façon que la reine pouvait aller de l’un à l’autre sans traverser l’Euphrate. Elle éleva au milieu de la ville un
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temple splendide au dieu Bélus, que les Grecs confondent avec leur Jupiter.
Quant aux fameux Jardins Suspendus, qui sont quelquefois attribués à Sémiramis, Diodore en fait honneur à l’un des successeurs de cette princesse, qui les aurait construits pour rappeler à l’une de ses femmes les collines verdoyantes de la Perse.
Les entreprises gigantesques de Sémiramis ne lui faisaient pas négliger les plaisirs ni oublier sa propre beauté.
« Elle ne voulut jamais se remarier légitimement, dit Diodore. afin de
(Bas-relief assyrien).
ne pas être privée de la souveraineté, mais elle choisissait les plus beaux hommes de son armée, et après leur avoir accordé ses faveurs, elle les faisait disparaître. »
La fin de Sémiramis fut aussi mystérieuse que sa naissance. Elle disparut subitement, et le bruit courut qu’elle avait été changée en colombe. Les Assyriens vénérèrent depuis cet oiseau comme une' divinité.
Babylonene serait pas, d’après Diodore, la seule ville qu’aurait fondée Sémiramis. Elle en aurait élevé bien d’autres, et parmi elles, Ecbatane, dans un site qui lui plaisait.
L’épitaphe qu’aurait écrit elle-même cette reine étonnante, n’est pas moins fameuse que toutes ses œuvres. La voici :
« La nature m’a donné le corps d’une femme, mais mes actions m’ont égalée au plus vaillant des hommes. J’ai régi l’empire de Ninus qui, vers l'Orient, touche au fleuve Hinamanès, vers le sud au pays de l’encens et de la myrrhe, vers le nord aux Saces et aux Sogdiens. Avant moi, aucun Assyrien n’avait vu de mers; j'en ai vu quatre, que personne n’abordait, tant elles étaient éloignées. J’ai contraint les fleuves de couler où je voulais, et je ne l’ai voulu qu’aux lieux où ils étaient utiles; j’ai rendu la terre fertile, en l’arrosant de mes fleuves. J’ai élevé des forteresses inexpugnables, j’ai percé- avec le fer des routes à travers les rochers impraticables. J’ai frayé à mes chariots des chemins que les bêtes féroces elles-mêmes n’avaient pas parcourus. Et, au milieu de ces occupations, j’ai trouvé du temps pour mes plaisirs et pour mes amours. »
Si nous nous sommes laissé arrêter par ce mythe qui, aujourd’hui , est considéré comme appartenant au domaine de la légende et nullement à celui de l’histoire, c’est qu’il est impossible de ne pas contempler un moment, avant de parler de l’Asie antique, ce type étrange de Sémiramis qui semble la résumer.
La puissante Babylone, si longtemps reine et maîtresse de cette Asie centrale, ne ressemble-t-elle pas en effet à la femme qui, suivant la tradition, l’aurait fondée. Altière et ambitieuse, voluptueuse et cruelle, éprise des splendeurs de l’art et des impossibles travaux, se plaisant à dompter les hommes et la nature, telle fut cette capitale.
Comme Sémiramis, Babylone a forcé les fleuves de couler où elle voulait. Comme Sémiramis elle a élevé des forteresses inexpugnables et elle a percé des routes à travers les rpchers impraticables’. Et, pour compléter le parallèle entre la femme extraordinaire et la ville prodigieuse, Babylone garde ainsi que Sémiramis, sa naissance et sa fin enveloppées d’un éternel mystère. On ne peut savoir au juste à quel moment elle fut construite, ni quelle main posa sa première pierre. Et aujourd’hui, la curiosité humaine soulève en vain le linceul de sable du désert : on ne reconnaît qu’approximativement les vestiges de la merveilleuse cité.
Le mythe de Sémiramis n’est donc pas dépourvu de sens, et, quand il le serait , nous n’aurions pas pu négliger cette imposante figure que la tradition a faite et fera éternellement plus vi^ vante que tous les souverains dont la poussière de la Mésopotamie nous rend aujourd’hui les visages de pierre à jamais glacés et muets.
Après Sémiramis, les principaux types fournis par les légendes
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étaient le volupteux et efféminé Sardanapale; Sennachérib, dont un ange du Seigneur décima les armées; Nabuchodonosor, condamné pour son orgueil à devenir semblable aux bêtes et à brouter l’herbe des champs; Balthazar, devant les yeux épouvantés duquel une main mystérieuse écrivit des mots effrayants.
De toutes ces légendes, il reste bien peu de chose depuis que les fouilles pratiquées dans les plaines de l’Euphrate et du Tigre ont ramené à la lumière les chroniques, les inscriptions, les annales des vieux empires, et depuis que la patience laborieuse des savants est parvenue à les déchiffrer.
Ce fut un Français, M. Emile Botta, qui, le premier, en 1842, eut l’étonnement et la gloire de faire surgir des sables tout un palais assyrien, celui de Sargon, près du village moderne de Khorsabad. Les pans de murs se dégageaient sous la pioche de ses ouvriers, couverts de superbes bas-reliefs et d’une écriture encore incompréhensible.
Botta croyait avoir découvert Ninive. Il se trompait, et cependant il n’était pas loin des ruines de l’antique cité.
Malheureusement, la politique vint l’entraver au moment où il allait la découvrir. La Révolution de 1848 l’enleva à son poste, et ce fut un anglais, M. Layard, qui eut le privilège d’exhumer la capitale de l’Assyrie, si longtemps maîtresse de l’Asie.
Depuis, les fouilles furent activement poussées, aussi bien dans le sud que dans le nord de la Mésopotamie. Des palais merveilleux surgirent, révélant un art inconnu. Des bibliothèques entières, où les briques tenaient lieu de parchemins ou de papyrus, témoignèrent qu’une civilisation savante avait fleuri dans ces plaines aujourd’hui presque désertes.
L’Angleterre se passionna, s’acharna sur ces vestiges. Le British Muséum rassembla la plus complète collection d’antiquités assyriennes qu’il y ait au monde.
Mais ce ne fut pas tout.
Cette littérature immense, qui sans doute contenait les secrets des peuples disparus, restait pour nous lettre close. Qui donc pouvait espérer déchiffrer jamais ces caractères cunéiformes, si différents de toutes les écritures connues, représentant des langages que depuis bien des siècles nulle lèvre humaine ne prononçait plus?
Ce que l’on peut, sans aucune exagération, appeler un miracle de la science, fut accompli cependant. Les Grotefend, les Burnouf, les Lassen, les Rawlinson et les Oppert, découvrirent, à force de génie, d’extraordinaire intuition, d’infatigable patience, la clef qui nous livrait toute- l’histoire, toute la pensée d’une civilisation dont l’existence était à peine soupçonnée.
Désormais, c’est d’après les Chaldéens et les Assyriens euxmêmes qu’on peut étudier leur lointain passé. Ce sont eux qui nous raconteront leurs guerres, leurs travaux, leurs ambitions, leurs découvertes, leurs haines et leurs amours, leurs douleurs et leurs joies.
Toutes les pages qu’ils nous ont laissées sont loin d’être déchiffrées encore. L’avenir nous promet de nouvelles lumières. Cependant celles que nous possédons sont suffisantes pour tenter la résurrection de ces peuples morts, et c’est ce que nous allons faire dans les pages qui vont suivre.