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LES QUATRE EMPIRES DE LA MESOPOTAMIE

Les peuples de la Mésopotamie ancienne se divisent en deux groupes : les Chaldéens, avec Babylone pour capitale, et les Assyriens, dont la grande ville fut Ninive.

Leur histoire, dont la première date certaine se place près de 4000 ans avant Jésus-Christ, est généralement divisée aujourd’hui en quatre périodes, durant lesquelles l’une ou l’autre des deux cités eut la prépondérance. Ces périodes sont :

1° Le Premier Empire Chaldéen, depuis 4 000 ans avant notre ère, jusqu’au XIIIe siècle avant J.-C.

2° Le Premier Empire Assyrien, depuis une période indéterminée jusqu’à 1 000 ans avant J. -G.

3° Le Second Empire Assyrien, depuis 1000 ans jusqu’à 625 avant J.-C.

4e Le Second Empire Chaldéen, de 625 à 533 ans avant notre ère.

La seule différence caractéristique au moyen de laquelle on a

FIG- 268- - restitution d'une scène du festin d’assur-bani-pal.

avantn°tre ère) que ^ f niTe (vi,'siècla

pendues dans les arbres ont été copiées sur le bas relief assyrien. ‘ d q eS ainsI que les tetes coupees

bES PREMIÈRES CIVILISATIONS

établi ces divisions, consiste, ainsi que nous venons de le dire, dans la suprématie de l’une ou l’autre des deux capitales.

Tantôt les rois de Ninive, tantôt ceux de Babylone l’emportèrent. Mais au fond l’histoire, comme le génie des deux peuples, comme leur civilisation, comme leurs arts, est absolument identique. Les races elles-mêmes et leurs langages finirent par se confondre et il faut remonter jusqu’à une époque bien reculée pour reconnaître des différences frappantes, soit dans le type, soit dans la langue.

Babylone eut toujours la prédominance au point de vue de la culture intellectuelle, tandis que Ninive triompha presque constamment par la force des armes. Les Chaldéens furent les plus anciennement civilisés et jouèrent pour leurs voisins le rôle d’initiateurs. Leur premier dialecte, le suméro-accadien, resta toujours la langue classique et sacrée de la Mésopotamie; les textes anciens, écrits en ce dialecte, furent soigneusement conservés et traduits par les Assyriens, qui gardèrent l’habitude de dresser des inscriptions bilingues où la langue morte paraissait à côte du langage de Ninive, qui avait fini par être seul usité dans la vallée du Tigre et de l’Euphrate.

Le génie des Sémites de l’Assyrie était avant tout aventureux et guerrier. Pendant toute l’antiquité, l’Asie antérieure fut troublée par les entreprises incessantes des souverains ninivites. La Susiane, la Babylonie, l’Arménie, la Phénicie, la Syrie, la Palestine, l’Arabie septentrionale se voyaient tour à tour subjuguées par les Téglatli-pal- Asar, les Sargon, les Sennachérib, les Assur-bani-pal. A peine -les terribles envahisseurs s’étaient-ils éloignés, que les populations, courbées sous leur joug de fer, essayaient de se soulever. Mais tout à coup, alors qu’on le croyait occupé ailleurs, le maître fondait sur les rebelles et se livrait à des débauches de sang, à des orgies de supplices, détaillées ensuite soigneusement sur les murs de ses palais, comme ses plus beaux titres de gloire. Il n’y a que la férocité juive qui soit comparable à la férocité assyrienne dans l’histoire de l’humanité. Les monceaux de têtes, les peaux des prisonniers écorchés vifs couvrant les remparts, les longues files de malheureux expirant sur des pals, formaient les plus riants spectacles où put se complaire la vue d’un roi de Ninive.

Les soulèvements périodiques, les campagnes toujours recom-

LA CIVILISATION CHALDÉO-ASSYRIENNE

mencées, les effroyables exécutions, tels sont les événements qui se déroulent, non sans une sombre monotonie, à travers l’histoire des quatre empires. Si les Assyriens n’avaient pas laissé derrière eux des écrits, des chefs-d’œuvre artistiques, tous les monuments d’une imposante civilisation, on résumerait d’un mot leur épopée sanglante, puis on les laisserait à jamais dormir dans leur sinistre gloire.

Certes, on serait tenté de dire avec M. Lenormand : « Mieux vaut mille fois la barbarie qu’une pareille civilisation. Et cependant, ajoute-t-il, nous sommes forcés d’admirer la beauté artistique de ces bas-reliefs, l’habileté extrême du ciseau qui les a sculptés; nos yeux restent éblouis de l’éclat des richesses féeriques qui s’étalent sous les lambris des palais assyriens, et notre étonnement est à son comble quand nous réfléchissons que c’est à ce foyer de barbarie savante que l’humanité est en partie redevable du bienfait des sciences et des arts, ainsi inventés par des monstres de génie. »

Le seul élément qui élève l’histoire de Ninive à la hauteur d’un drame grandiose, c’est la rivalité de l’Égypte avec l’orgueilleuse cité asiatique.

Nous avons vu les Thoutmès s’avancer jusqu’à l’Euphrate, et les Sennachérib, les Assur-bani-pal descendre jusqu’au Nil, et même le remonter jusqu’à Thèbes.

Dans la lutte des deux puissances, les pays intermédiaires se trouvaient à chaque instant broyés. La Syrie, la Palestine, s’unissant à l’une pour échapper au joug de l’autre, ne faisaient que changer de maîtres et s’attiraient des représailles terribles.

« Voici ce que dit le grand roi, le roi des Assyriens », s’écrie le général de Sennachérib s’adressant aux officiers d’Ezéchias : « En quoi mettez-vous votre confiance pour oser vous opposer à moi? Est-ce que vous espérez du soutien du roi d’Égyple? Ce n’est qu'un roseau cassé ; il transpercera la main de l’homme qui s’appuiera dessus. »

Une seule route, celle dont Mageddo était comme la clef, menait du Nil à l’Euplirate. Cette route, durant des siècles, vit passer et repasser soit le Pharaon victorieux, soit le farouche Ninivite altéré de pillage et de vengeance. Bien des batailles décisives se livrèrent autour de cette forteresse, et des millions de cadavres jonchèrent de leurs ossements le terrible chemin.

Nous n’entrerons pas dans le détail de toutes ces guerres. On les connaît maintenant, non point vaguement et par tradition, mais dans toutes leurs péripéties, avec les noms des chefs, l’énumération des corps d'armée, les alternatives de succès et de revers.

Tout était soigneusement inscrit à mesure, grâce à ce génie pratique, cruel, méthodique et froid, qui fut celui de l’Assyrie. Elle cataloguait les massacres et tenait registres des supplices. Nul peuple n’eut autant que celui-là la préoccupation de sa renommée future. Des malédictions effroyables se déroulent à côté des inscriptions, menaçant de la colère des dieux ceux qui détruiraient les témoignages de la grandeur et des victoires de Ninive.

Ils reparaissent aujourd’hui au jour, ces témoignages que nous a conservés la brique inaltérable et qu’ont préservés les sables du désert. Nous y puiserons les matériaux qui nous permettront de ressusciter les mœurs, les arts, les sciences, la vie et la pensée des peuples évanouis, mais nous ne nous attarderons pas à y recueillir les interminables dynasties pas plus que nous n’y, suivrons dans toutes ses oscillations le sort changeant des combats. Résumons seulement en quelques mots les événements principaux qui se rattachent à chacun des quatre grands empires.

Premier Empire Chaldéen (de 4000 à 1360 avant J. -G.). — Cette qualification de Premier Empire Chaldéen, qui comprend aujourd’hui les vingt-six premiers siècles d’histoire de la Chaldée, n’a absolument aucune valeur historique et si nous l’adoptons ici c’est simplement parce qu’il serait sans intérêt de perdre du temps à chercher à modifier les idées reçues sur un sujet d’importance aussi secondaire au point de vue de l’histoire de la civilisation. 11 nous suffira de faire remarquer qu’il n’y eut jamais un premier empire Chaldéen, mais bien de nombreux royaumes Chaldéens. Le peu que nous savons de cette période par les inscriptions nous montre le pays divisé en petits royaumes indépendants, en dynasties rivales se faisant constamment la guerre. Tantôt c’est une cité qui l’emporte, tantôt c’est une autre. Quant à fonder un empire Chaldéen, aucun de ces petits potentats, chefs le plus souvent d’une seule cité, n’y a sans doute jamais songé. La période lointaine dont nous nous occupons représente l’âge féodal de la Chaldée. Cet âge précéda

LA CIVILISATION CH ALDÉO-ASSYRIENNE

presque partout celui (les grandes monarchies militaires aussi bien dans l’ancien Orient que dans l’Oecident moderne.

Nous savons fort peu de chose du premier ou plutôt des premiers royaumes chaldéenSi Ils remontent au légendaire Nemrod. Baby-

FIG. 269. — TAUREAU AILÉ A FACE HUMAINE PROVENANT DU PALAIS DE SARGON, A KHORSABAD (VIIP SIÈCLE AVANT J.-C.)

I es grands taureaux ailés à face humaine paraissent avoir été le symbole de Ninip; l'hercule assyrien. Ils étaient placés de chaque côté des portes principales des palais. On les considérait comme des génies tutélaires. On a retrouvé dix taureaux sur la façade du palais de Sennachérib à Ninive.

lone et la plupart des villes ont des chefs indépendants portant parfois le nom àe patesi, c’est-à-dire prêtres-rois.

Quelques débris informes de monuments, quelques stèles couvertes d’inscriptions et de dessins représentent, à peu près tout ce qui nous reste de cette longue période. Les inscriptions témoignent que les Chaldéens possédaient déjà une civilisation avancée, près-

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