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NÉBO, DIEU ASSYRIEN DE LA SCIENCE ET DE L'INTELLIGENCE

Statue trouvée à Nimroud (VIIIe sièele avant J.-C.)

être, a tâché de remonter jusqu’aux origines et aux causes des phénomènes qui s’accomplissaient sous ses yeux au sein de la nature.

Toutefois, ses plus gigantesques efforts ne furent encore que de vagues tâtonnements. Il débrouilla bien peu de chose dans ce système compliqué de l’univers dont nous tenons à peine aujourd’hui quelques fils conducteurs.

Les sciences fameuses de la Chaldée et de l’Assyrie se résument en quelques notions d’astronomie et de mathématiques, et en un immense fatras d’astrologie, de magie et d’enfantines conceptions sur l’origine des choses.

Nous allons résumer ce qui nous apparaît de ces connaissances à travers les écrivains de l’antiquité et ce que nous en retrouvons sur les pages de briques des bibliothèques assyriennes.

La moisson paraîtra pauvre à notre science moderne, qui de si loin a dépassé l’humble essor des premiers âges.

N’oublions pas cependant qu’il est plus difficile d’ouvrir la voie que de marcher dans un chemin tout tracé, et que nos plus merveilleuses découvertes ne se seraient pas accomplies sans les veilles laborieuses de ces peuples studieux et naïfs, qui cherchaient dans les profondeurs d’un ciel splendidement pur, parmi les scintillantes étoiles, les secrets de l’ordonnance universelle du monde et ceux de notre destinée.

Il est naturel que l’astronomie ait eu pour berceau la Chaldée. Dans les grandes plaines, absolument unies, que parcourt l’Euphrate, rien ne borne la vue, qui, ainsi qu’en pleine mer, embrasse tout un hémisphère du ciel. En outre, au fond de cet azur sombre, que nulle vapeur n’obscurcit, les astres brillent d’un éclat dont nous n’avons pas l’idée sous nos pieux pâlis d’Occident.

Toutes les villes de la Babylonie possédaient leur observatoire, haute tour pyramidale qui servait aussi de temple et avoisinait les palais des rois. Les astronomes, sans cesse en observations, y enregistraient soigneusement tout ce qui se passait au ciel. Ils comparaient leurs rapports, la plupart du temps écrits par ordre du souverain et placés sous ses yeux. On en a retrouvé beaucoup sur des tablettes de Ninive. En voici un exemple :

« Au Roi, mon Seigneur, que les dieux Nabu etMarduk soient propices;

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que les grands dieux accordent au ioi mon maître des jours longs, le bien de la chair et la satisfaction du cœur. »

« Le 27e jour la lune a disparu ; le 28e jour, le 29e et le 30e nous avons observé continuellement le nœud de l’obscurcissement du soleil. L’éclipse n’a pas eu lieu. Le 1er jour du mois suivant, le mois de Duzu (juin) nous avons vu la lune courant au-dessus de l’étoile de Nabu (Mercure) dont j’ai antérieurement envoyé l’observation au Roi mon maître. Dans sa marche pendant le jour d’Anu, autour de l’étoile du Berger, elle a été vue déclinant; à cause de la pluie, les cornes n’étaient pas visibles très clairement et ainsi de suite pendant sa route. Le jour d’Anu, j’ai envoyé au Roi mon maître l'observation de sa conjonction. »

« Elle s’étendit et fut visible au-dessus de l’étoile du Char dans sa marche pendant le jour de Bel, elle a disparu vers l’étoile du Char. »

« Au Roi, mon Seigneur, paix et bonheur. »

Des observations de ce genre, recueillies patiemment, jour après jour durant des siècles, devaient donner naissance à des notions exactes sur le mouvement des astres. Elles permirent aux Glialdéens de prédire le retour des éclipses de lune, qui, comme on le sait, se reproduisent dans le même ordre et aux mômes dates par périodes de 223 lunaisons ou d’environ 18 ans.

C’est cette période que l’on appela le Saros des Chaldéens, et que les Grecs connurent d’après eux, et entre autres Thalès de Milet. Elle a été depuis vérifiée par le calcul. Mais il ne faudrait pas croire que les savants babyloniens eussent connu les calculs compliqués qui nous permettent aujourd’hui d’annoncer d’avance le retour des éclipses.

Tous les résultats auxquels ils arrivèrent furent obtenus par des moyens purement empiriques. Ils savaient cependant que les éclipses de soleil sont causées par l’interposition de la lune entre la terre et cet astre. Ils prédisaient ces dernières beaucoup moins sûrement que les éclipses de lune, parce qu’en effet le Saros ne suffît pas pour les connaître d’avance.

On prétend que les astronomes babyloniens n’ont pas ignoré la précession des équinoxes. Les Grecs, qui la connaissaient, faisaient remonter cette notion jusqu’à eux. Cependant l’état général de leurs connaissances, ou du moins ce que nous en retrouvons, ne me semble pas avoir rendu possibles les calculs nécessaires pour déterminer la précession. Ils auraient pu, à la rigueur, la découvrir empiriquement, tout comme la succession régulière des éclipses. Mais il fau-

drait admettre alors que leurs observations se continuèrent pendant un temps prodigieusement long et reconnaître à leur civilisation une antiquité invraisemblable.

Sans doute les Chaldéens, et les Grées après eux, faisaient remonter leurs premiers travaux astronomiques à 470 000 ans avant1 l’époque historique, mais nous ne pouvons évidemment admettre ce chiffre fabuleux.

La seule date que nous connaissions à coup sûr est celle du règne de Sargon l’Ancien, environ 3 800 ans avant J.-C. — Ce prince fit réunir dans un seul écrit, dont il nous reste des fragments, toutes les données auxquelles l’astronomie était parvenue de son temps.

Pour noter une observation exacte, il nous faut descendre jusqu’à l’ère de Nabonassar — 721 ans avant J.-C. — Ce roi, voulant que tout désormais datât de son règne, fit soigneusement détruire les calendriers, les listes astronomiques existant lorsqu’il monta sur le trône. Il rendit ainsi presque impossible toute excursion dans la science astronomique de l’ancienne Chaldée.

A qette époque relativement rapprochée, les Babyloniens, et par conséquent les Assyriens, connaissaient les planètes visibles à l’œil nu; il les distinguaient parfaitement des étoiles fixes et les nommaient : Ea (Saturne), Bel (Jupiter), Nergal (Mars), Istar (Vénus), et Nabu (Mercure).

Ils mettaient dans la même catégorie ladune et le soleil. Ils groupaient les étoiles fixes en constellations, et avaient déterminé les noms et les signes de la plupart d’entre elles, et en particulier de celles qui composent le zodiaque.

Ils connaissaient l’année solaire de 365 jours 1/4, mais, dans la vie civile, ils adoptaient une année de douze lunaisons ou mois, qu’ils complétaient à époques fixes au moyen d’un mois supplémentaire.

Leurs calendriers étaient fort variés : il y en avait de religieux, indiquant les fêtes des divinités et les grandes cérémonies du culte ; d’autres contenaient la marche des saisons, le lever, le coucher des astres; une troisième espèce offrait des prédictions relatives aux variations du temps, à l’abondance ou à la pauvreté des récoltes.

Ces prédictions, dont quelques-unes avaient pu naître d’observations justes, n’étaient, pas les seules que se pérmissent les prêtres

FIG. 276. — ROI ASSYRIEN ET SON GRAND VIZIR. (Bas-relief assyrien.)

D’après Flandin.

chaldéens. C’est par leur enseignement astrologique et cabalistique que les savants de Babylone se sont surtout rendus célèbres.

L’influence des astres sur le cours des saisons, la durée des jours et autres phénomènes naturels, fît croire aux hommes primitifs que tout ce qui se passait sur la terre correspondait à quelque action des corps célestes. Rechercher les rapports entre l’apparence des astres et les événements de notre destinée, prédire par ce moyen le sort des hommes et des empires, telle fut la grande occupation des Chaldéens, telle fut la science mystique et chimérique qu’ils enseignèrent au monde, et que leur empruntèrent les Grecs, les Romains, les Arabes, qui la répandirent dans notre monde occidental où ses traces subsistent encore.

Le meilleur résumé des connaissances astronomiques et des prétentions astrologiques des savants babyloniens se trouve dans Diodore de Sicile. Nos découvertes récentes ne nous ayant pas appris beaucoup plus, nous ne pouvons mieux faire que de citer l’historien grec :

« Les Chaldéens, dit-il, sont les plus anciens des Babyloniens; ils forment, dans l’État, une classe semblable à celle des prêtres en Égypte. Institués pour exercer le culte des dieux, ils passent toute leur vie à méditer les questions philosophiques, et se sont acquis une grande réputation dans l’astrologie. Ils se livrent surtout à la science divinatoire et font des prédictions sur l’avenir; ils essaient de détourner le mal et de procurer le bien, soit par des purifications, soit par des sacrifices ou par des enchantements. Ils sont versés dans l’art de prédire l’avenir par le vol des oiseaux; ils expliquent les songes et les prodiges. Expérimentés dans l’inspection des entrailles des victimes, ils passent pour saisir exactement la vérité. »

« La philosophie des Chaldéens est une tradition de famille; le fils qui en hérite de son père est exempté de toute charge publique. »

« Les Chaldéns enseignent que le monde est éternel de sa nature, qu’il n’a jamais eu de commencement et qu’il n’aura pas de fin. Selon leur philosophie, l’ordre et l’arrangement de la matière sont dus à une providence divine; rien de ce qui s’observe au ciel n’est l’effet du hasard; tout s’accomplit par la volonté immuable et souveraine des dieux. Ayant observé les astres depuis les temps les plus reculés, ils en connaissent exactement le cours et l’influence sur les hommes, et prédisent à tout le monde l’avenir. La doctrine qui est, selon eux, la plus importante, concerne le mouvement des cinq astres que uous appelons planètes, et que les Chaldéens nomment interprètes. Parmi ces astres, ils regardent comme le plus considérable et le plus influent, celui anquel les Grecs ont donné le nom de Kronos (Saturne) et qui est connu chez les Chaldéens sous le nom de Kélus. Les autres planètes sont appelées comme chez nos astrologues, Mars, Yépus, Mercure et Jupiter. Les Chaldéens les

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appellent interprètes, parce que les planètes, douées d’un mouvement particulier déterminé que n’ont pas les autres astres qui sont fixes et assujettis à une marche régulière, annoncent les événements futurs et interprètent aux hommes les dessins bienveillants des dieux. Car les observateurs habiles savent, disentils, tirer des présages du lever, du coucher, et de la couleur de ces astres ; ils annoncent aussi les ouragans, les pluies et les chaleurs excessives. L’apparition des comètes, les éclipses de soleil et de lune, les tremblements de terre, enfin les changements qui surviennent dans l’atmosphère, sont autant de signes de bonheur ou de malheur pour les pays et les nations aussi bien que pour les rois et les particuliers. »

« Au-dessous du cours des cinq planètes sont, continuent les Chaldéens, placés trente astres, appelés les dieux conseillers; une moitié regarde les lieux de la surface de la terre; l’autre moitié les lieux qui sont au-dessous de la terre ; ces conseillers inspectent à la fois tout ce qui se passe parmi les hommes et dans le ciel. Tous les dix jours, un d’eux est envoyé, comme messager des astres, des régions supérieures dans les régions inférieures, tandis qu’un autre quitte les lieux situés au-dessous de la terre pour remonter dans ceux qui sont au-dessus; ce mouvement est exactement défini et a lieu de tout temps, dans une période invariable. Parmi les dieux conseillers il y a douze chefs, dont chacun préside à un mois de l’année et à un des douze signes du zodiaque. Le soleil, la lune et les cinq planètes passent par ces signes. Le soleil accomplit sa révolution dans l’espace d’une année, et la lune dans l’espace d’un mois. »

« Chaque planète a son cours particulier ; les planètes diffèrent entre elles par la vitesse et le temps de leurs révolutions. Les astres influent beaucoup sur la naissance des hommes et décident du bon ou du mauvais destin ; c’est pourquoi les observateurs y lisent l’avenir. Ils ont ainsi fait, disent-ils, des prédictions à un grand nombre de rois, entre autres, au vainqueur de Darius, Alexandre, et aux rois Antigone et Séleucus Nicator, prédictions qui paraissent toutes avoir été accomplies et dont nous parlerons en temps et lieu. Ils prédisent aussi aux particuliers les choses qui doivent leur arriver, et cela avec une précision telle que ceux qui en ont fait l’essai en sont frappés d’admiration, et regardent la science de ces asti’ologues comme quelque chose de divin. En dehors du cercle zodiacal, ils déterminent la position de vingt-quatre étoiles dont une moitié est au nord et l’autre au sud ; ils les appellent juges de l’univers : les étoiles visibles sont affectées aux êtres vivants, les étoiles invisibles aux morts. La lune se meut, ajoutent les Chaldéens, au-dessous de tous les autres astres; elle est la plus voisine de la terre en raison de la pesanteur; elle exécute sa révolution dans le plus court espace de temps, non pas par la vitesse de son mouvement, mais parce que le cercle qu’elle parcourt est très petit; sa lumière est empruntée, et ses éclipses proviennent de l’ombre de la terre, comme l'enseignent les Grecs. Quant aux éclipses du soleil, ils n’en donnent que des explications très vagues : ils n’osent ni les prédire, ni en déterminer les époques. Ils professent des opinions tout à fait particulières à l’égard de la terre : ils soutiennent qu’elle est creuse, sous forme de nacelle, et ils en donnent des preuves nombreuses et plausibles comme de tout ce qu’ils disent sur l’univers. »

Les Chaldéens divisaient leur mois lunaire de vingt-huit jours en quatre semaines de sept jours. Ce sont eux qui, les premiers, ont donné aux jours les noms des sept planètes que nous leur avons conservés. Le septième jour, consacré à un repos absolu, était chez eux analogue au sabbat des Juifs.

Les Chaldéens possédaient divers instruments qui leur permettaient d’apprécier la division du temps, ils avaient des cadrans solaires, des gnomons, des clepsydres.

La division du jour en douze parties fut, dit Hérodote, empruntée par les Grecs aux Chaldéens.

Les douze heures du jour dont parle ici Hérodote sont celles du matin au soir, sans doute, puisque, avec celles de la nuit, les Chaldéens en comptaient vingt-quatre.

Nous savons aussi qu’en Mésopotamie on avait inventé une sorte d’astrolabe pour mesurer la hauteur des astres; et il est presque permis de croire qu’ils n’ignoraient pas certaines propriétés des lentilles. On a, en effet, retrouvé une lentille de verre dans les ruines de Ninive. Certains textes ont même fait supposer que les satellites de Jupiter et même de Saturne, visible seulement avec une lentille, auraient été observés à Babylone. Il faut attendre des documents plus précis pour pouvoir se prononcer nettement sur un point aussi fondamental. Il semble difficile d’admettre qu’une découverte aussi importante que celle des instruments d’optique ait pu être faite sans avoir été connue des Égyptiens et des Grecs, dont les relations avec la Chaldée furent très étendues.

Les traces des travaux mathématiques des Chaldéens, bien que très rares, sont cependant plus remarquables que leur astronomie.

Une tablette fort ancienne, trouvée à Senkereh et actuellement au British Muséum, constitue à ce point de vue un document d’une inappréciable valeur. Elle nous montre que la science des nombres, chez les anciens Chaldéens, peut être comparée comme perfection à notre science moderne, et que ce peuple a le premier possédé un système métrique absolument coordonné et comparable au nôtre.

La tablette mathématique de Senkereh porte d’un côté les cubes de tous les nombres de 1 à 60; de l’autre, une série complète des mesures de longueur.

la civilisation chaldéo-assyrienne

Les Chaldéens employaient deux et même trois systèmes de numération : le système décimal, provenu de l’habitude de compter par les dix doigts de la main; le système duodécimal, reconnu plus commode à cause des nombreux sous-multiples de 12; et enfin le

système sexagésimal qui a pour hase 60, divisible par 10 et par 12, et qui réunit par conséquent les avantages des deux premiers.

Tous les peuples ont plus ou moins par la suite employé ces trois systèmes, dont les Chaldéens furent sans doute les premiers inventeurs. Nous-mêmes, à côté des mesures décimales, nous avons les mesures duodécimales, — la douzaine et la grosse — très populaires; et la division sexagésimale du cercle et du temps, employée par tous les marins et les astronomes.

Le nombre 60’ n’était d’ailleurs adopté pour base en Chaldée que dans les calculs des- savants. Le cercle était divisé en 360 degrés, le

FIG. 277. — LE ROI ASSYRIEN SARGON SUIVI DE SERVITEURS. (Bas-relief de Khorsabad du VIIIe siècle avant J.-C.)

degré en 60 minutes, la minute en 60 secondes et la seconde en 60 tierces. Les signes adoptés pour indiquer ces diverses subdivisions étaient ceux dont nous nous servons encore aujourd’hui.

Le jour se partageait en 24 heures, l’heure en 60 minutes, la minutes en 60 secondes.

Les Chaldéens appliquaient ces divisions à la durée. Ils reconnaissaient un cycle de 43 200 ans, qui leur semblait être une journée dans la vie de l’univers; ce cycle se divisait en 12 sares ou heures du monde, chacune de 3600 ans; le sare comptait 60 sosses ou minutes cosmiques, chacune de 60 ans; et enfin l’année représentait la seconde dans l’existence universelle.

Quant à leur système de poids et mesures, il dérivait tout entier, comme le nôtre, d’une unité typique de longueur. Cette unité était Y empan, équivalant à 27 millimètres. Les carrés des multiples et des sous-multiples de l’empan donnaient les mesures de surface.

On a retrouvé des mesures de capacité et des mesures de poids babyloniennes. Les premières sont des vases en terre; les secondes sont en bronze et de formes diverses; elles représentent des lions, des sangliers, des canards, et portent l’inscription de leur valeur avec le nom du roi régnant et celui du vérificateur.

L’unité de poids la plus employée était la mine , qui vaut à peu près notre livre de 500 grammes. Son multiple était le talent , qui valait 60 mines, et elle se divisait elle-même en 60 drachmes.

Les mathématiques et l’astronomie sont les seules sciences qui se soient développées dans la Baby Ionie, et, plus tard dans l’Assyrie. La bibliothèque d’Assur-bani-pal nous montre cependant en outre des tentatives de classifications zoologiques et botaniques.

Les animaux sont divisés en familles; il y a celle des grands carnassiers, qui comprend différents genres : le lion, le loup, le chien; le genre chien se divise en plusieurs espèces; tous les herbivores, bœuf, mouton-, chèvre, forment une autre famille. Les insectes sont classés d’après leur façon de vivre : il y a ceux qui s’attaquent au bois, à la laine, les parasites des hommes et des animaux, etc.

Les végétaux, les minéraux sont catalogués d’après leurs ressemblances et leurs usages. On retrouve également quelques travaux géographiques consistant dans l’énumération des villes connues,

LA CIVILISATION CHALDÉO-ASS YRIEN NE

dont les noms sont accompagnés par la liste des productions du pays environnant.

En résumé, on peut voir que, si remarquables que soient les connaissances auxquelles étaient parvenus les Babyloniens, elles formaient plutôt des collections d’observations attentives que des sciences proprement dites. Ils connaissaient beaucoup de faits, mais ils ignoraient les lois générales qui les régissent. On ne saurait critiquer d’ailleurs leur méthode d’étude. Nos plus profonds penseurs reviennent de plus en plus aujourd’hui à ce système de notations patientes, d’accumulations de faits, qui permettent ensuite de dégager des lois. Il faut observer longtemps la nature avant de tenter de l’expliquer. Ce n’est qu’après des millions et des millions d’observations qu’on a pu constater que c’est une môme loi qui oblige les fruits détachés de l’arbre à tomber et les planètes à parcourir régulièrement leurs orbites.

La Chaldée a communiqué son ardente curiosité à l’Assyrie, puis à la Grèce. C’est elle qui, la première, sur ce globe obscur, a éprouvé cette soif dévorante de connaître qui nous consume et nous pousse en avant. Elle a conquis à l’humanité ce titre de noblesse qui nous a fait sortir de l’animalité brutale, ce talisman qui nous empêche de nous arrêter dans la voie du. progrès. « Savoir », telle était la devise de ses vieux sages; telle est aussi la nôtre. Et c’est pourquoi nous cherchons avec tant d’avidité, dans la poussière du désert, les débris qui renferment, quoique souvent informe et naïve, la pensée des âges disparus.

g 2. — l'industrie

Nous pouvons, pour l’industrie de la Chaldée et de l’Assyrie, remonter jusqu’à l’âge de pierre, car de très anciens instruments en silex ont été découverts parmi les ruines.

Il nous est également possible de reconstituer l’âge du bronze, et de retrouver, au moyen des objets ou des inscriptions, les traces du temps où le fer, encore très rare, ne servait que pour fabriquer des bijoux.

Mais durant toute la période historique, ce dernier métal fut connu et très employé. Bien plus, on a rencontré durant les fouilles des objets d’acier trempé. Cette industrie, fort ancienne, est restée très en honneur dans les pays voisins de la Mésopotamie, et l’on est porté à penser que le célèbre acier de Damas, si recherché pendant tout le moyen âge, ne serait autre chose que le produit des procédés de fabrication babyloniens qui se seraient conservés en Syrie par tradition.

En l’état actuel de nos sciences historiques, nous ne connaissons pas de peuple qui ait travaillé le fer et l’acier antérieurement aux Chaldéens et aux Assyriens, et il pourrait y avoir une grande part de vérité dans la théorie historique qui explique par la possession de ces métaux la longue et redoutable domination de Ninive sur le monde antique.

Les Assyriens eurent la passion des armes. Leurs glaives, leurs lances, leurs boucliers, leurs cottes de mailles, leurs casques, étaient des merveilles de force, d’élégance et de solidité. Les courtes et larges épées, à la garde formée par deux lions, qu’on voit sur leurs statues, entre les mains de leurs rois, sont de véritables objets d’art.

Quant aux outils de fer, on en retrouve chez eux à profusion : socs de charrue, pics, pioches, crochets, anneaux, grappins, charnières, etc.

Ce métal entrait également dans les constructions qui exigeaient une grande solidité.

Diodore de Sicile, parlant des piles d’un pont qui traversait l’Euphrate à Babylone, nous dit que les pierres étaient assujetties par des crampons de fer et les jointures soudées avec du plomb fondu.

Toutes les branches de la métallurgie florissaient d’ailleurs sur les bords de l’Euphrate et du Tigre.

L’or et l’argent y étaient employés sans alliage; on les appliquait en lames sur les murs, on les martelait pour prendre la forme des objets qu’on voulait recouvrir; on en faisait des figures entières.

« Dans le temple de Bel, rapporte Hérodote, il y a une chapelle en bas, où l'on voit une grande statue d’or qui représente Jupiter assis. Près de cette statue est une grande table d’or ; le trône et le marchepied sont du même métal. Le tout, au rapport des Chaldéens, est du poids de huit cent talents. »

Diodore de Sicile, qui parle de ce temple par ouï-dire, attendu

FIG. 278. — RESTITUTION D’UNE SCÈNE D’AUDIENCE DANS LE PALAIS DE SENNACHËRIB, A NINIVE. (VIIe siècle avant J.-C.)

Cette restitution, due à M. Rochegrosse, a été composée sur nos indications d’après des photographie de bas-reliefs assyriens que nous lui avons communiquées.

qu’il ne le vit qu’en ruines, décrit aussi des statues d’or et d’énormes serpents en argent. Cependant, d’après lui, la statue de Jupiter et la table placée devant, auraient été simplement recouvertes de lames d’or. Dans certaines inscriptions les rois se vantent de la magnificence de leur palais aux murs revêtus d’argent. Le placage et le coulage de ces deux métaux étaient donc également pratiqués.

Le travail du bronze était très remarquable. Il existait plusieurs alliages de cuivre et d’étain, suivant l’usage auxquels ils étaient destinés. On a retrouvé des sonnettes avec leur battant dont le son est d’une pureté remarquable. Des portes massives, et même des grilles de bronze, fermaient les palais et les villes.

« On pénétrait dans la citadelle construite par Sémiramis, raconté Diodore, par une triple porte derrière laquelle étaient des chambres d’airain, s’ouvrant par une machine. »

On coulait le bronze en Babylonie comme en Assyrie, et nous possédons non seulement des statuettes, des ornements, des vases, des chaudrons, des coupes, des plats, mais encore les moules de ces objets retrouvés dans les ruines.

Ces peuples poussaient très loin l’art de découper de minutieuses images dans les pierres les plus dures: cornaline, sardoine, onyx, agate, météorite, etc. Telle est la finesse de certains de ces reliefs qu’on a dû supposer qu’ils avaient été exécutés à la loupe. La découverte d’une lentille de verre à Ninive permet peut-être de croire que les Assyriens connaissaient la propriété grossissante du verre convexe.

La glyptique se rapprochait d’ailleurs chez eux bien plus de l’industrie que de l’art. Les ouvriers devaient travailler fort vite pour satisfaire aux besoins de la population. Nous savons en effet — ■ Hérodote nous l’apprend et les documents écrits le confirment — que chaque Assyrien avait son cachet, dont il se servait en guise de signature, l’appliquant sur l’argile molle qui portait une missive ou un contrat.

Tout acte était scellé, à Ninive comme à Babylone. Celui qui était trop pauvre pour avoir son cachet, signait d’un ou de plusieurs coups d’ongle. Mais le cas était rare, car il existait des sceaux à tout prix, depuis le bibelot de terre, le coquillage ou le caillou à peine dégrossi, jusqu’aux pierres précieuses richement travaillées.

LA CIVILISATION CH A LDÊO- AS SYRIEN NE

En outre ces cachets devaient être renouvelés souvent, car la population avait l’habitude de les semer en masse dans les fondations des édifices considérables : temples, palais, forteresses. Sans doute, au cours de quelque imposante cérémonie qui inaugurait les travaux du monument, la foule, d’un mouvement prévu, mais en apparence spontané, sacrifiait ces objets dont quelques-uns étaient de grande valeur et qu’on a retrouvés à la base de certaines constructions en quantités innombrables. Nos musées en sont remplis. La plupart de ces cachets ont la forme de cylindres, et sont munis d’un axe qui permettait de les rouler et d’imprimer d’un mouvement' rapide toutes leurs figures sur la tablette d’argile.

Le travail de cette argile qui, non seulement tenait lieu de papyrus ou de parchemin, mais encore formait les briques, indispensables dans un pays d’où la pierre est absente, constituait une des principales branches de l’industrie.

On fabriquait des briques crues et séchées au soleil aussi bien que des briques cuites. Les premières étant moins solides servaient ordinairement pour les murs intérieurs des édifices, et, de plus, elles étaient consolidées par des couches de roseaux et par des ciments. Les deux principaux ciments en usage étaient la boue mêlée de paille hachée et le bitume, si abondant sur les rives de l’Euphrate.

Diodore, parlant d’un des palais de Sémiramis, nous dit :

« Il était fortifié par de beaux murs très élevés et construits en briques cuites. En dedans de ce mur était une autre enceinte, faite avec des briques crues, sur lesquelles étaient imprimées des figures de toutes sortes d’animaux. »

Et Hérodote nous décrit ainsi la construction des murs de Babylone :

« A mesure qu’on creusait les fossés, on en convertissait la terre en briques ; et lorsqu’il y en eut une quantité suffisante, on les fit cuire dans des fourneaux. Ensuite, pour ciment, on se servit de bitume chaud, et de trente couches en trente couches de briques, on mit des lits de roseaux entrelacés ensemble. A huit journées de Babylone est la ville d’Is, située sur une petite rivière de même nom, qui se jette dans l’Euphrate. Cette rivière roule avec ses eaux une grande quantité de bitume : on en tira celui dont furent cimentés les murs de Babylone. »

Les briques étaient, comme nous avons pu le constater, de différentes nuances : il y en avait de jaune clair, d’orangées, de rouges

de brunes et de gris bleu. C’est sans doute par l’alternance de ces diverses couleurs, qui tenaient à la nature de la terre comme à la cuisson, que les architectes obtenaient les effets semblables à celui qu’offraient les murs d’Ecbatane.

Yoici ce qu’Hérodote nous raconte de cette ville dont il attribue la fondation à Déjocès, roi des Mèdes, tandis que Diodore en fait honneur à Sémiramis :

« Les murailles de cette ville sont concentriques, et chaque enceinte surmonte l’enceinte voisine de la hauteur des créneaux. Il y en a sept. Les créneaux de la première sont peints en blanc; ceux de la seconde, en noir; ceux de la troisième, en pourpre; ceux de la quatrième, en bleu; ceux de la cinquième sont d’un rouge orangé. Quant aux deux dernières, les crénaux de l’une sont argentés, et ceux de l’autre sont dorés. »

La couche d’argent et d’or des deux dernières enceintes devaient être métallique. Le blanc était de la chaux et le noir du bitume. Quant aux autres couleurs, elles étaient obtenues probablement par différentes nuances de briques. On élevait souvent en Chaldée des tours pyramidales à sept étages, ainsi diversement colorées. Les sept planètes et les couleurs qui leur étaient attribuées inspiraient ce genre de constructions.

On connaissait du reste en Mésopotamie les couleurs fabriquées : le rouge était de l’oxyde de cuivre; le jaune, de l’oxvde de fer; le blanc, de l’oxyde d’étain, et le bleu, du cobalt.

On colorait avec ces substances la pâte de verre qui servait d’émail ou de glaçure pour les briques et les poteries.

L’art du potier n’a pas été très fécond ni très ingénieux au point de vue des formes, en Babylonie pas plus qu’en Assyrie. Mais ilse rattrapait sur les dimensions. Les plus grands objets d’argile qui jamais aient été cuits tout d’une pièce, étaient les cercueils. Tantôt ces cercueils étaient semblables à d’énormes couvercles, de la longueur du corps humain, recouvrant le mort et les quelques objets qu’on ensevelissait avec lui, tantôt ils étaient composés de deux parties, deux jarres énormes, enfermant l’une les jambes, l’autre la tête et le buste, et qui se soudaient au milieu.

On a retrouvé quantité de ces espèces de cercueils dans le sol de la Babylonie qui semble avoir été considéré comme une terre sacrée où se faisaient ensevelir les Assyriens eux-mêmes.

ef de Ninive, Y1I' siècle avant J.-C.J

Le bois et le cuir servaient à une foule d’usages et entraient tous deux dans la construction des vaisseaux.

Les Babyloniens naviguaient, non seulement sur leurs fleuves et sur leurs canaux, mais encore sur la mer, et ils auraient passé pour de grands voyageurs, comme le prouve cette parole d’Isaïe :

« Voici ce que dit le Seigneur qui vous a rachetés, le saint d’Israël : J’ai envoyé à cause de vous des ennemis à Babylone; j’ai fait tomber tous ses appuis; j’ai renversé les Chaldéens qui mettaient leur confiance dans leurs vaisseaux. »

Ces vaisseaux, dans lesquels ils mettaient leur confiance, étaient, sans nul doute, plus compliqués et plus solides que les barques employées sur les cours d’eau et que nous décrit Hérodote. Nous allons donner ici cette description, d’autant plus curieuse qu’elle s’applique encore presque exactement aux bateaux qui descendent de nos jours le Tigre et l’Euphrate.

« Je vais parler, dit l’historien grec, d’une autre merveille qui, du moins après la ville, est la plus grande de toutes celles qu’on voit en ce pays. Les bateaux dont on se sert pour se rendre à Babylone sont faits avec des peaux, et de forme ronde. On les fabrique dans la partie de l’Arménie qui est audessus de l’Assyrie, avec des saules dont on forme la coque et qu’on revêt au dehors de peaux. On les arrondit comme un bouclier, sans aucune distinction de poupe ni de proue, et on en emplit le fond de roseaux. On les abandonne au courant de la rivière, chargés de marchandises et principalement de vin de palmier. Deux hommes debout les gouvernent chacun avec une perche; l’un retire la sienne pendant que son compagnon pousse l’autre. Ces bateaux ne sont point égaux ; il y en a de grands et de petits. Les plus grands portent jusqu’à cinq mille talents pesant. On transporte un âne dans chaque bateau; les plus grands en ont plusieurs. Lorsqu’on est arrivé à Babylone et qu’on a vendu les marchandises, on met aussi en vente la carcasse du bateau et la paille. Ils chargent ensuite les peaux sur leurs ânes et retournent en Arménie en les chassant devant eux : car le fleuve * est si rapide qu’il n’est pas possible de le remonter; et c’est par cette raison qu’ils ne font pas leurs bateaux de bois mais de peaux. Ils en construisent d’autres de même manière lorsqu’ils sont de retour en Arménie avec leurs ânes. »

L’industrie par excellence pratiquée à Babylone, celle pour laquelle cette ville n’avait pas de rivale dans le monde antique, c’était l’industrie des tissus. Depuis les plus légères mousselines,

Le Tigre, qui communiquait par des canaux avec l’Euphrate.

LA CIVILISATION CHALDÉO-ASSYRIENNE

jusqu’aux étoffes brochées et brodées, jusqu’aux lourds et somptueux tapis, tout ce qui venait de la Chaldée était acheté fort cher au loin. L’Asie antérieure est restée fidèle à cette tradition : les tapis de Perse et de Smyrne remplacent aujourd’hui, dans le luxe cosmopolite, les tapis si renommés de Babylone.

Au point de vue de l’industrie comme au point de vue des sciences, cette ville l’emportait sur sa rivale assyrienne. L’éclat des armes appartenait surtout à Ninive; la science et l’opulence firent la gloire de Babylone. Ses ingénieux artisans, ses commerçants actifs répandirent ses produits dans le monde et lui apportèrent en échange les richesses des pays les plus lointains.

« Entre autres preuves que je vais donner de la richesse et des ressources de Babylone, dit Hérodote, j’insiste sur celle-ci : indépendamment des tributs ordinaires, tous les Etats du grand roi entretiennent sa table et nourrissent son armée. Or, de douze mois dont l’année est composée, la Babylonie fait cette dépense pendant quatre mois, et celle des huit autres se répartit sur le reste de l’Asie. Ainsi cette province produit le tiers de ce que produit toute l’Asie. »

Et Jérémie annonce que Dieu fera venir contre Babylone, cette ville fameuse parmi les nations, une multitude de peuples qui tous pourront s’enrichir de ses dépouilles.

Aujourd’hui encore, il reste synonyme de faste, de plaisir et de joie sensuelle, le nom de Babylone. Nulle capitale n’eût jamais une renommée plus éblouissante et plus tentatrice. Revêtue de ses broderies rares, couchée sur ses tapis splendides, cette fille lascive de l’Orient conviait le monde à sa fête d’éternelle volupté. Aussi, comme elle était vraie cette définition dont l’âpre prophète juif crut la flétrir, et qui remplit encore nos cerveaux de visions pleines de charme et de poésie : « Babylone est une coupe d’or dans la main du Seigneur; toutes les nations ont bu de son vin, et elle a enivré la terre. »

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