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INSTITUTIONS POLITIQUES ET SOCIALES, MŒURS ET COUTUMES

§ 1er. INSTITUTIONS POLITIQUES ET SOCIALES

La vie politique et la vie privée se ressemblèrent dans leurs principaux traits chez les Assyriens et les Babyloniens.

Les deux peuples, d’abord assez différents de mœurs, de constitution, d’origine et de caractère, finirent par se fondre presque complètement. L’élément sémitique l’emporta par la puissance des armes; mais l’influence intellectuelle des anciens sages chaldéens, perpétuée parleurs descendants, resta toujours prépondérante.

La force brutale régnait davantage en Assyrie, tandis que la culture élevée de Babylone empêcha cette ville de jamais déchoir, même durant les siècles de soumission à sa rivale.

La situation diverse des deux nations tourna aussi leur activité en des voies un peu différentes. Les Babyloniens furent un des grands peuples maritimes de l’antiquité. Le double estuaire du Tigre et de l’Euphrate, s’ouvrant dans le golfe Persique, leur indiquait tout naturellement le chemin des rivages opulents et lointains : l’Inde aux trésors inépuisables et l’Éthiopie si riche en or, en ivoire et en parfums.

Les Assyriens, au contraire, confinés dans la Haute-Mésopotamie, ne furent jamais des marins. Pourquoi d’ailleurs eussent-ils travaillé à acquérir une qualité contraire à leur situation et à leur génie, alors que leurs victoires les rendaient maîtres des merveilleuses marines de Tyr et de Babylone, et qu’aux deux bouts de leur empire, par la Chaldée comme par la Phénicie, ils faisaient de la mer leur sujette.

Une autre différence que nous devons noter entre les deux

FIG. 280. — LE ROI ASSUR-NAZ1R-PAL FAISANT UNE LIBATION. (Bas-relief du palais de Nimroud, IXe siècle ayant J.-C.)

peuples avant de décrire les nombreuses institutions qui leur étaient communes, est celle qui existait entre leurs gouvernements.

Babylone fut toujours tant soit peu théocratique, tandis que Ninive courbait la tête devant un maître absolu.

L’Assyrie fut une monarchie militaire. Son existence même dépendait de cette forme de gouvernement. L’empire, sans limites naturelles, et composé de pays très disparates, ne pouvait être maintenu que par une main de fer. Non seulement le roi de Ninive devait être implacable et despotique, mais il devait forcément être un conquérant toujours en marche. Il lui fallait sans cesse ressaisir des pays vaillants et impatients du joug, tels que la Babylonie, l’Arménie, la Phénicie, la Palestine. Dès qu’il interrompit un seul instant sa rude tâche, ce ne fut pas une diminution qui en résulta pour l’Assyrie, ce fut une disparition complète. La coalition des peuples révoltés, s’élançant, au premier triomphe, contre la ville orgueilleuse et haïe, la transforma en un monceau de ruines.

Ninive ne vécut donc qu’au prix de luttes incessantes. Le jour où elle tomba, ce fut pour ne pas se relever. Les causes qui l’avaient rendue la maîtresse du monde pendant des siècles furent les mêmes qui amenèrent sa disparition totale et qui l’effacèrent à jamais du rang des nations.

Aussi lorsque nous lisons dans Diodore la peinture de la vie molle et oisive de ses souverains, celle des débauches iameuses de Sardanapale, nous voyons immédiatement que ce sont là de pures légendes, qu’il emprunta, comme il nous le dit lui-même, à Ctésias. Nous avons aujourd’hui des témoins plus rigoureusement exacts que l’historien grec. Et ces témoins, qui sont des textes originaux et des monuments, s’accordent avec la logique pour nous montrer les rois d’Assyrie comme autant de guerriers infatigables et héroïques, nécessairement impitoyables et cruels, qui ne se délassaient de leurs formidables guerres que dans des chasses pleines de dangers, où ils luttaient corps à corps avec les énormes lions du désert.

Même en faisant la part de la flatterie que purent insinuer les artistes courtisans dans la mise en scène de leurs bas-reliefs, il reste

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encore assez d’exploits de tout genre au compte des monarques assyriens, pour qu’on ne puisse voir dans le Sardanapale de Diodore, alors même qu’il aurait existé, qu’une très rare exception.

Cette légende de Sardanapale, qu’aucun indice ne permet de ranger parmi les documents authentiques, est pourtant si célèbre qu’elle mérite d’être rappelée ici, et que nous la citerons textuellèment :

« Sardanapale, le dernier roi des Assyriens et le trentième depuis Ninus, surpassa tous ses prédécesseurs en luxure et en fainéantise. Non seulement il se dérobait aux yeux du public, mais il menait tout à fait la vie d’une femme; passant son temps au milieu de ses concubines, il travaillait la pourpre et la laine la plus fine, portait une robe de femme, se fardait le visage avec de la céruse et s’enduisait tout le corps avec des préparations dont se servent les courtisanes; enfin il se montrait plus mou que la femme la plus voluptueuse. De plus, il s’efforçait de donner à sa voix un timbre féminin, et s’abandonnait sans réserve, non seulement aux plaisirs que peuvent procurer les boissons et les aliments, mais encore aux jouissances de l’amour des deux sexes, abusant sans pudeur de l’un et de l’autre. Enfin, il était arrivé à un tel degré de honteuses débauches et d’impudence, qu’il composa lui-même son épitaphe, qu’il fit mettre sur son tombeau par ses successeurs. Cette épitaphe, écrite en langue barbare, fut plus tard ainsi traduite par un Grec :

« Passant, sûr que tu es né mortel, ouvre ton âme au plaisir ; il n’y a plus de jouissances pour celui qui est mort. Je ne suis que de la cendre, moi, jadis roi de la grande Ninive; mais je possède tout ce que j’ai mangé, tout ce qui m’a diverti, ainsi que les plaisirs que l’amour m’a procurés. Ma puissance et mes richesses seules ne sont plus. »

Aucune des inscriptions retrouvées en Assyrie ne présente un pareil langage. Toutes, depuis les stèles commémoratives semées par les rois sur les chemins que parcoururent leurs armées victorieuses, jusqu’à celles qui couvrent les murs de leurs palais, célèbrent leurs actions héroïques et jamais leurs plaisirs.

Il n’y est pas fait davantage allusion à leurs amours. Les Assyriens semblent, les premiers, avoir pratiqué au point de vue des femmes cette réserve, devenue générale en Orient, qui n’admet pas qu’on montre ou qu’on représente l’épouse, ni même qu’on parle d’elle.

Les Babyloniens n’eurent pas du tout, comme nous le verrons plus loin, le même sentiment sur ce sujet.

C’était par sa valeur guerrière, mais aussi par son impitoyable cruauté, que le maître assyrien faisait respecter ses lois. Nous avons

déjà parlé de la férocité ninivite contrastant avec la civilisation avancée et le sentiment artistique de ce peuple.

C’est un trait marquant qu’il nous faut relever encore. Jamais, chez aucune race, le ciseau délicat du sculpteur ne se prêta à reproduire, dans tous leurs détails, plus horribles scènes de boucherie brutale ou de tortures raffinées.

Ici, ce sont des scribes qui dénombrent sur des tablettes les têtes coupées, amoncelées devant eux. Ailleurs, ce sont des troncs privés de bras et de jambes; plus loin, de longues files de prisonniers, un anneau passé à la lèvre ou dans les narines,, attendent leur arrêt, tandis que le roi, combinant de nouveaux supplices, appuie orgueilleusement son pied sur le front prosterné du malheureux qui se trouve le plus proche ou crève lai-même les yeux à un prisonnier-. D’autres, plantés sur des pals forment de longues files lugubres; d’autres encore, fixés par les pieds et lés mains contre le sol ou contre un mur, sont savamment et lentement écorchés vifs. L’artiste met une complaisance spéciale à décrire ce dernier genre de supplice, l’un des plus en honneur dans la monstrueuse Assyrie. Le bourreau, son couteau pointu à la main, découpe délicatement des lignes régulières avant de soulever la peau, afin de ne pas gâter la dépouille humaine, qui revêtira ensuite comme un trophée les murs extérieurs du palais.

Jusque dans cette scène intime d’un bas-relief où le roi et la reine prennent leur repas sous les guirlandes de pampres, parmi les arbres d’un jardin, entre des eunuques attentifs qui balancent autour d’eux les larges éventails, tandis qu’ils lèvent simultanément la coupe à leurs lèvres comme s’ils portaient l’un à l’autre quelque toast amoureux, près d’eux, suspendue à une branche, la tête d’un roi ennemi récemment vaincu, montre ses yeux convulsés et laisse tomber encore une dernière goutte de sang sur le feuillage qui frissonne.

Lorsque l’on a quitté, comme nous l’avons fait dans cet ouvrage, la douce, rêveuse et poétique Égypte, pour pénétrer dans ce pays, qui, l’un des premiers, forgea le fei et l’acier en lames redoutables, et qui, grâce à l’impitoyable métal, se gorgea de sang pendant des siècles, on éprouve, pour ces Sémites au nez busqué, aux membres muscleux et trapus, à la physionomie brutale, une invincible hor-

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reur. On songe aux têtes charmantes, presque féminines, des jeunes Pharaons; aux corps élancés, graciles, que l’on a vus sur les murs des hypogées, accomplissant des rites pacifiques.

On songe surtout aux exquises silhouettes de femmes qui peuplent d’une façon si charmante l’ombre des sépulcres dans la vallée du Nil.

L’Égypte possédait à un très haut degré le sentiment de la grâce et de la beauté féminines. En Mésopotamie, l’on ne retrouve plus rien de pareil. L’Assyrien, nous l’avons vu, ne peint que très exceptionnellement la femme ; quant aux images plus nombreuses que nous ont laissées d’elle les sculpteurs et les lapidaires de Babylone, ce sont d’horribles caricatures, chez qui la laideur du visage n’a d’égale que la lourdeur disgracieuse du vêtement, cette longue robe à volants, qui ne laisse en rien deviner la souplesse ou l’élégance du corps.

Le roi, en Assyrie, était le centre de tout, de la religion comme de la vie

Musée Britannique.

fIG. 281 . — ASSUR-BANI-PAL SUR SON CHAR SUIVI DE SES ESCLAVES (Bas-rclicf de Ninive, VIIe siècle avant J.-C.)

militaire et civile de son peuple. Il était sur la terre le représentant du grand dieu Assur; il en était aussi le lieutenant et le pontife. Il commandait les armées en son nom, et accomplissait les rites devant ses autels. C’était pour courber les nations sous son joug qu’il s’en allait sans cesse à la conquête du monde.

Pour les Assyriens, la personne du roi se confondait un peu avec celle du dieu. Le respect dont on entourait le souverain avait quelque chose de religieux. Nul ne pouvait lui adresser directement la parole. Sur les bas-reliefs on ne voit que deux sortes d’officiers en conversation avec lui : le grand- vizir et le chef des eunuques.

En Babylonie, au contraire, le roi subissait l’influence de la caste sacerdotale. Ces mages fameux, descendus des premiers Chaldéens, et qui se transmettaient de génération en génération le trésor de la science, formaient une sorte d’oligarchie puissante. Diodore fait d’eux une caste héréditaire; pourtant il y a exemple que des étrangers, tels que Daniel, s’il faut en croire la Bible, ont été admis dans leurs rangs.

Dans le livre du prophète juif, on peut voir quelle était l’autorité de ces mages, auxquels appartenaient les plus hauts emplois sacerdotaux et civils. Le roi lui-même n’agissait que d’après leurs conseils, d’après l’interprétation qu’ils donnaient de ses songes, ou les augures qu’ils tiraient de l’état du ciel.

L’esprit guerrier, qui fut surtout celui de l’Assyrie, se communiqua plus tard à Babylone. Cette ville, raffinée et savante, égala sous le Second Empire, en folies cruelles et ambitieuses, sa féroce rivale du Nord, et mérita d’être surnommée par Jérémie « le marteau de toute la terre. » Elle grandit soudain alors et périt ensuite par les mêmes raisons qui avaient causé la longue puissance, puis la ruine complète de Ninive.

Ces vastes empires des Assur-bani-pal et des Nabuchodonosor étaient gouvernés par des chefs ou satrapes, dont les velléités d’indépendance et les révoltes n’étaient pas un des moindres dangers pour le maître, qui devait les tenir sans cesse courbés sous son joug de fer. Voici ce que Diodore nous apprend de ce vaste système d’administration, sur lequel nous ne possédons d’autres renseignements que les siens.

« Pour la sécurité de l’empire et dans le but de maintenir ses sujets dans

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l’obéissance, le roi levait annuellement un certain nombre de soldats dont les chefs étaient choisis dans chaque province; il rassemblait toutes ses troupes en dehors de la ville, et donnait à chaque nation un gouverneur très dévoué à sa personne ; à la fin de l’année, il congédiait ses troupes et en faisait lever de nouvelles en nombre égal. Par ce moyen, il maintenait tous ses sujets en respect, et par la présence de ses soldats campés en plein air, il montrait aux insubordonnés et aux rebelles une vengeance toute prête; le renouvellement annuel de ces troupes avait pour résultat que les chefs et les soldats étaient licenciés avant d’avoir appris à se connaître mutuellement, car un long séjour dans les camps donne aux chefs l’expérience de la guerre et les dispose souvent à se révolter et à conspirer contre leur souverain. Le roi nommait dans chaque province les commandants de l’armée, les satrapes, les administrateurs, les juges, et pourvoyait à tous les besoins du gouvernement. »

Nous ne savons rien de la discipline des armées assyriennes et peu de chose de leur tactique. Mais les bas-reliefs nous montrent les détails de leurs armes et de leur équipement, et nous pouvons juger de leur immense supériorité à ce point de vue sur tous leurs contemporains. Leurs armes défensives consistaient en casques, cuirasses, boucliers, cottes de mailles, hautes et fortes chaussures. Leurs armes offensives, l’arc, l’épée, le javelot, la fronde, la pique, certaines machines d’attaque, béliers et catapultes, représentent la perfection pour l’époque.

Les troupes se divisaient en infanterie et en cavalerie, et possédaient en outre des chariots de guerre.

Les armées asiatiques ont toujours été extrêmement nombreuses. La multitude des soldats suppléait à leur manque de discipline. On peut se représenter celles de l’Assyrie et de la Babylonie comme semblables à cette foule immense et désordonnée que Xerxès lança sur la Grèce. Cependant, quelque complaisance d’imagination qu’on mette à se les représenter, il est difficile de croire Diodore dans la description qu’ils nous fait des forces que la légendaire Sémiramis rassembla pour attaquer l’Inde.

« Son armée se composait, dit-il, toujours d’après Ctésias, de trois millions de fantassins, de cinq cent mille cavaliers et de cent mille chars de guerre. Il y avait de plus cent mille hommes montés sur des chameaux et armés d’épées de quatre coudées de long. »

Les Assyriens, et surtout les Babyloniens excellaient dans l’art des sièges. Ils employaient des machines de guerre que nous voyons représentées sur leurs bas-reliefs.

Les sources de la grandeur du double empire de la Mésopotamie

furent à égal titre la puissance des armes et l’activité du commerce. Si ses chariots de guerre, ses cavaliers et ia masse invincible de ses troupes firent trembler l’Orient pendant des siècles, le mouvement prodigieux de son trafic emplit ce même Orient et ne servit pas moins à sa richesse et à sa gloire.

Nous avons dit comment ce commerce avait pris naissance. Nous avons montré, en décrivant la situation géographique de l’empire chaldéo-assyrien, que cette situation pouvait être indiquée en un mot : une route. La Mésopotamie formait la grande route du monde connu, route semée de relais et d’entrepôts, et aboutissant par ses. deux extrémités aux deux tètes du commerce maritime de l’antiquité : Babylone et Tyr.

Tyr, grâce à ses marins, réunissait sur ses marchés tous les produits des côtes méditerranéennes : les fines étoffes et les broderies de l’Égypte, le fer de Chypre, les beaux vases d’airain, les chevaux et les esclaves de Grèce, l’argent du Pont ou de l’Espagne; elle allait chercher l’étain jusqu’aux îles Cassitérides, près des côtes de la Grande-Bretagne; elle ajoutait à tous ces objets précieux les chefsd’œuvre de sa propre industrie, de celle de ses voisins, et leurs productions agricoles : ses étoffes de pourpre, le bois des cèdres du Liban, les laines teintes de Damas, le froment, le baume, le miel, l’huile et la résine d’Israël, les agneaux, les béliers, les boucs des peuplades pastorales de l’Arabie.

Quant aux navires de Babylone, ils allaient chercher les perles de cette mystérieuse Ophir, qui, sans doute était une île du golfe Persique ou de l’Océan Indien; ils rapportaient l’or, l’ivoire et l’ébène de l’Éthiopie; les parfums, les mousselines, les châles, les pierres précieuses de l’Inde.

Puis toutes ces merveilles s’échangeaient de l’une à l’autre des deux villes, alimentant les longues caravanes dont tous les chemins de la Mésopotamie étaient encombrés.

Des entrepôts nombreux étaient établis dans toute l’Asie antérieure, et le luxe du monde entier venait s’y satisfaire, laissant en échange des monceaux d’or dans ces contrées favorisées.

Babylone et Ninive ne se contentaient pas d’ailleurs d’être, avec Tyr, les courtières en marchandises de l’univers. Elles avaient aussi leurs manufactures, d’où sortaient des tapisseries superbes, des

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ouvrages en broderies, des housses de chevaux magnifiques et des meubles précieux.

Le Tigre et l’Euphrate facilitaient le transport des objets de trafic; on se servait aussi de nombreux canaux , et l’on voyait , dans les plaines de la Mésopotamie , comme aujourd’hui dans celles de la Hollande, les navires circuler au milieu des champs.

Le mot de navire est peut-être d’ailleurs un peu ambitieux pour les constructions navales des Babyloniens et des Assyriens , au moins pour les vaisseaux qui circulaient en eau douce. Pendant longtemps ce ne furent que des radeaux soutenus par des peaux gonflées ; plus tard, les bateaux se compliquèrent un peu, par l’exemple de ceux des Phéniciens, mais ils ne furent guère que de simples barques.

Sur ces appareils F,G- 282- - guerrier assyrien.

. ...» . (Bas-relief du palais de Sar>on, à Khorsabad, VIII* siècle avaut J -C. 1

primitifs, on transportait pourtant les objets les plus lourds : des chevaux, des chariots,

des planches, des pierres, et même des colosses. Les bas-reliefs en font foi, et Diodore nous le raconte :

« Sémiramis, dit-il, fit extraire des montagnes de l’Arménie, et tailler un bloc de pierre de cent trente pieds de longueur sur vingt -cinq d’épaisseur; l’avant fait traîner par un grand nombre d’attelages de mulets et de bœufs, sur les rives de l’Euphrate, elle l’embarqua sur un radeau, et le conduisit, en descendant le fleuve, jusqu’à Babylone, où elle le dressa dans la rue la plus fréquentée. Ce monument, admiré de tous les voyageurs, et que quelques-uns nomment obélisque, en raison de sa forme, est compté au nombre des sept merveilles du monde. »

Quelques lignes plus haut, le même historien nous parle des entrepôts établis sur les rives des deux fleuves pour les marchandises venant de la Médie et des pays voisins.

Hérodote nous décrit en détail cette longue route qui, reliant le monde occidental au monde oriental, s’étendait des rives de la Méditerranée à celles du golfe Persique. Évidemment, il devait y avoir plusieurs chemins, mais pas plus de trois ou quatre principaux. Nous avons déjà suivi la grande voie militaire allant de l’Égypte à Ninive par Mageddo et Karkémis. Nous allons citer celle qui forme l’itinéraire d’Hérodote, et qui va de Sardes à Suse, car nous ne saurions trop insister sur ce fait que la double vallée du Tigre et de l’Euphrate fut la grand’route de l’univers durant l’antiquité, et que là fut la cause première de la naissance et du développement de Ninive et de Babylone.

« Il y a sur toute cette route des maisons royales ou stathmes * et de très belles hôtelleries : ce chemin est sûr et traverse des pays très peuplés. On voyage (en quittant Sardes) de Lydie en Phrygie, et l’on y rencontre vingt stathmes. Au sortir de la Phrygie, on trouve l’Halys, sur lequel il y a des portes, qu’il faut nécessairement passer pour traverser ce fleuve, et un fort considérable pour la sûreté de ce passage. On parcourt ensuite la Cappadoce jusqu’aux frontières de la Cilicie en vingt-huit journées. Mais, sur cette frontière même, il faut passer deux défilés et deux forts, après quoi on fait dans la Cilicie trois journées de marche. L’Euphrate, qu’on passe en bateaux, lui sert de bornes et la sépare de l’Arménie. On fait en Arménie quinze journées et l’on y rencontre quinze stathmes et des troupes en chacun; ce pays est arrosé par quatre fleuves navigables qu’il faut nécessairement traverser. Le premier

* Sortes de caravansérails où les étrangers étaient accueillis avec la large hospitalité orientale.

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est le Tigre; le deuxième et le troisième ont le même nom, quoiqu'ils soient très différents et qu’ils ne sortent pas du même pays, car le premier prend sa source en Arménie, et l’autre dans le pays des Matianiens. Le Gynde, que Cyrus partagea en trois cent soixante canaux, est le quatrième. De l’Arménie, on entre dans la Matiane, où l’on fait quatre journées. On traverse ensuite la Cissie en onze journées, jusqu’au Choaspe, fleuve qu’on passe aussi en bateau, et sur lequel est la ville de Suse. De Sardes à Suse, il y a donc en tout cent onze journées et cent onze stathmes. »

Si la situation géographique de la Babylonie et de l’Assyrie développa leur commerce, la nature des deux pays força les habitants à donner de grands soins à l’agriculture.

Ces plaines sablonneuses ne deviennent fécondes qu’au moyen d’irrigations pratiquées constamment et sur une grande échelle. Partout autrefois elles étaient sillonnées de canaux. Ceux de la Basse-Mésopotamie se trouvaient à fleur de sol; mais en Assyrie, les rivières étant pins encaissées, il fallait appliquer différents systèmes pour élever les eaux.

La charrue était en usage ; la légèreté du sol ne demandait point un grand perfectionnement pour cet instrument, qui resta assez primitif.

L’Assyrie et la Babylonie offraient à peu près les mêmes produits, et surtout une grande abondance de grains ; froment, seigle, millet. Mais la première était plus riche en vin et la seconde en dattes. La culture des palmiers-dattiers formait la principale occupation des paysans babyloniens. Hérodote nous raconte qu’ils liaient les branches du palmier mâle à celles du palmier femelle, afin que celui-ci fût plus sûrement fécondé.

Les inscriptions et les bas-reliefs de Babylone et de Ninive sont muets sur l’agriculture et le commerce, ces deux grands soucis de ±a population. L’art des deux fières capitales élimine absolument le peuple. Le laboureur et l’artisan n’ont point posé devant les sculpteurs, qui ne représentaient que des dieux, des rois ou des guerriers.

Les documents écrits nous en apprennent davantage sur cet élément civil qui disparaît parmi l’altière société des statues. Dans la bibliothèque d’Assur-bani-pal, les prescriptions relatives aux champs et les contrats de vente ou de prêt, par leur nombre comme par leur minutie, sont venus ajouter leur témoignage à celui des

historiens juifs et grecs, qui vantent l’habileté financière et la science agricole des peuples de Mésopotamie.

C’était, ne l’oublions pas, la race sémitique qui, définitivement, avait dominé dans cette contrée. Or le génie de cette race, depuis Jacob profitant de la faim de son frère pour lui acheter son droit d’aînesse contre un plat de lentilles, a été le génie de l’échange avantageux.

La passion mercantile est innée chez le Sémite ; mais il apporte à la satisfaire une grande patience et une grande prudence ; l’ardeur au gain s’accompagne chez lui d’une infatigable ardeur au travail, et l’une s’ennoblit un peu par l’autre. Il est toujours marchand, s’il n’est pas toujours usurier. Les tablettes de Koyoundjik en sont une nouvelle preuve. L’intérêt de l’argent y paraît énorme, s’élevant à 25 pour 100. Mais les nombreux témoins qui, suivant la coutume, apposaient leur cachet ou la marque de leur ongle sur les engagements et les contrats, montrent que tout se passait ouvertement et régulièrement.

Nous y trouvons, par exemple, des actes comme le suivant, stipulant :

« La vente d’une maison en construction, avec ses poutres, ses colonnes, ses matériaux, située dans la ville de Ninive, bornée par la maison de Mannuki-ahe, bornée par la maison de Ankia, bornée par la place des marchés. »

« Et Sil-Assur, le préposé égyptien, l’a acquise moyennant une mine d’argent de Sarladuri, de Ahassuru, et de la femme Amat-Sula, l’épouse de son mari... »

Outre l’acquéreur et les vendeurs, sept témoins ont apposé leurs noms sur cet acte de vente.

Les institutions politiques et sociales des peuples chaldéo-assyriens, ou plutôt les grands traits que nous en pouvons connaître, nous prouveraient, à défaut du type physique de ces peuples et de nombreux autres indices, que les Semites finirent par absorber complètement les primitifs habitants de la Chaldée. Seulement, ainsi qu’il arrive toujours dans ces sortes de mélanges, l’influence de la race plus intelligente et plus instruite persista, même lorsqu’elle fut noyée dans la plus nombreuse et la plus brutale. L’Assyrie respecta toujours, et s’assimila autant qu’il fut en son pouvoir, la civilisation et les sciences des anciens Chaldéens.

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Mais les traits distinctifs des Sémites l’emportent dans l’organisation sociale et politique comme dans les institutions. Ces traits sont l’esprit théocratique et militaire, la férocité, la passion du gain et du commerce, et l’absence de goût artistique. Les siècles ne les ont pas changés.

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