MOEURS ET COUTUMES
Les usages de la vie privée chez les Assyriens et les Babyloniens nous sont beaucoup moins connus que ceux des Égyptiens. Les
Daprcs Layard.
FIG. 283. — GUERRIERS COMRATTANT.
(Bas-rclief assyrien.)
peintures détaillées des syringes et des mastabas n’ont pas d’équivalent en Mésopotamie. Les tombes asiatiques ne nous ont pas gardé tous les curieux secrets que nous pouvons lire dans celles de la vallée du Nil. Cependant, elles aussi, ont quelque chose à nous révéler.
Nous avons décrit déjà ces gigantesques poteries qui servaient de cercueils sur les bords de l’Euphrate. C’était, soit un immense couvercle de sept pieds de long sur deux ou trois de large et de haut, recouvrant le sol de briques et le lit de roseaux sur lequel reposait le mort; soit un double vase, enfermant le corps à peine plié aux genoux. Il existait aussi des caveaux, sortes de tombeaux de famille, construits en briques et dans lesquels on a retrouvé jusqu’à onze squelettes.
Ces différents abris funéraires étaient toujours enfouis dans le sol, ou plutôt ensevelis dans des monceaux de terre qui s’élevaient en monticules. Le sol de la Chaldée se trouve hérissé de ces monticules; et, l’on peut croire, d’après leur grand nombre, que cette région était considérée comme une terre sainte dans laquelle les Assyriens eux-mêmes tenaient à dormir leur éternel sommeil.
Tous les squelettes que l’on a retrouvés tenaient dans la main gauche un vase de cuivre; auprès d’eux, des plats en terre ou en métal gardaient encore des débris d’aliments : noyaux de dattes, arêtes de poisson, os de volailles.
L’usage, si répandu dans toute l’antiquité, de munir le défunt des provisions que l’on croyait nécessaires pour son grand voyage dans l’inconnu, existait donc en Mésopotamie.
Sur tous les autres points, les tombes sont muettes, et nous devons recourir aux bas-reliefs et aux récits des historiens grecs pour connaître les usages de la vie privée à Ninive et à Babylone.
Les bas-reliefs, qui nous montrent dans les plus minutieux détails tout ce qui concerne l’armée, nous fournissent peu de documents relatifs à l’existence des particuliers.
Cependant nous pouvons présumer, d’après la magnificence des costumes, la richesse des harnachements, le fini des armes, que' les métiers les plus divers florissaient dans les deux capitales et que le luxe y était très développé. Hérodote nous décrit ainsi le vêtement des Babyloniens :
« Voici, dit-il, quel est leur habillement : ils portent d’abord une tunique de lin qui leur descend jusqu’aux pieds, et par-dessus une autre tunique de laine; ils s’enveloppent ensuite d’un petit manteau blanc. La chaussure qui est à la mode de leur pays ressemble presque à celle des Béotiens. Ils laissent croître leurs cheveux, se couvrent la tête d’une mitre et se frottent tout le corps de parfums. Ils ont chacun un cachet, et un bâton travaillé à la main, au haut duquel est ou une pomme, ou une rose, ou un lis, ou un aigle, ou toute autre figure, car il ne leur est pas permis de porter de canne ou de bâton sans un ornement caractéristique. Tel est leur ajustement. »
Cette singulière défense à propos de l’ornement du bâton nous est plus compréhensible qu’elle ne le fut sans doute pour Hérodote. D’abord il faut admettre qu’elle portait plutôt sur le cachet que sur le hâton, ou que la pomme de la canne pouvait au besoin servir de sceau. Or nous avons vu quelle était l’importance de cet emblème
LA CIVILISATION CH ALDÉO-ASSYRIENNE
caractéristique personnel à chacun, et qui, apposé sur l’argile molle, servait de signature légale. La contrefaçon en était sans doute aussi rigoureusement interdite que, chez nous, celle des griffes commerciales ou des marques de fabrique.
L’habillement décrit par l’historien grec était celui des gens de classe moyenne. Les prêtres et surtout les rois nous sont représentés dans de plus somptueux atours. Leurs longs vêtements sont brodés des plus riches dessins et garnis de franges et de glands. Ce genre d’ornement passait sans doute en Mésopotamie pour le dernier mot de l’élégance. Les franges et les glands surchargent les habits des personnages importants et embellissent les magnifiques harnais des chevaux attelés aux chars de guerre du roi.
Pour les classes inférieures, la coutume générale était d’aller nu-téte et nu-pieds. L’épaisse chevelure crêpelée des Assyriens suffisait sans doute à les protéger contre l’ardeur du soleil. Les prêtres, les hauts dignitaires, et surtout les officiers du palais portaient des coiffures, qui variaient suivant l’emploi exercé, et dont quelques-unes avaient des formes élevées et bizarres. Les rois avaient la tête couverte d’une tiare analogue au bonnet actuel des Persans.
Quant aux chaussures, elles étaient également d’un usage restreint, ne servant qu’aux gens riches, aux princes ou aux guerriers. Cependant, il en existait différents genres, depuis la simple sandale jusqu’à la haute bottine qui montait presque au genou des soldats.
La partie de la toilette qui obtenait le plus de soin minutieux, chez les Assyriens de toutes classes, c’était l’arragement des cheveux et de la barbe. Qu’il s’agisse d’un roi ou d’un bouvier, d’un prêtre ou d’un laboureur, toutes les têtes à ce point de vue se ressemblent et paraissent sortir des mains du coiffeur. Le désordre du combat ne semble même pas parvenir à déranger le savant agencement des boucles. Parfois un bandeau ou un simple ruban retient les mèches trop abondantes. Le plus souvent, les cheveux sont simplement rejetés en arrière et s’étagent sur la nuque en plusieurs rangs de petites boucles régulières. La barbe est longue et frisée symétriquement, comme au petit fer.
Les Assyriens avaient sans doute une nature de cheveux et de barbe telle qu’on en rencontre souvent chez les Sémites, c’est-à-dire
fort épais et roulés naturellement jusqu’à être presque crépus. La façon qu’ils leur donnaient serait impossible à obtenir et surtout à maintenir avec des chevelures lisses.
Nous connaissons malheureusement très peu de chose sur la condition de la femme en Mésopotamie au temps de la grandeur de Babylone et de Ninive. Sa beauté, son habillement, ses goûts, ses occupations, ne nous sont dépeints nulle part. On peut à coup sûr présumer que, semblable à toutes ses sœurs, elle se préoccupait fort de ce qui pouvait ajouter à sa grâce naturelle, et qu’elle trou-