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FIG. 288. — LE ROI ASSUR-BANI-PAL TUANT UN LION

caresses d’enfant et d’époux. Il s'appelait alors Tammouz; et c’était lui, que, poussée par sa passion désespérée, Istar était allée arracher aux enfers et à la mort, bravant le courroux de sa sœur Allât, la Proserpine asiatique, la reine des régions inférieures, dans une expédition fameuse dont nous avons cité déjà la légende poétique.

Et Jupiter, le dieu tonnant, le maître redoutable, dont le froncement de sourcils ébranlait l’Olympe, il avait déjà régné, lui aussi, sous le nom d’Assur ou de Bel; déjà il avait tenu le foudre, déjà il avait eu l’aigle pour emblème.

Les Grecs eux-mêmes ne s’y trompaient pas. Hérodote, décrivant le temple de ce dieu souverain, tel qu’il le vit à Babylone, l’appelle tantôt Jupiter-Bélus , et tantôt simplement Jupiter.

Les analogies sont d’ailleurs tellement nombreuses que nous ne pouvons, dans un si court aperçu, qu’indiquer les principales.

Oannès, le dieu poisson, qui, suivant les Chaldéens, était sorti des flots du golfe Persique pour leur apporter les premiers éléments de civilisation, correspondait à Neptune. Ana, l’époux d’Allat et le roi des enfers, c’était Pluton. Vul, dieu de l’atmosphère, fut l’aïeul de Saturne. Hêa ou Salman — le sauveur — est le type de l’Hercule grec.

Dans la mythologie assyrienne, comme en Grèce, il y avait douze grands dieux. Ils se divisaient en triades, dont l’une est identique à celle que formaient les trois frères, Jupiter, Neptune et Pluton, fils de Saturne.

La coutume qu’eurent les Grecs, et que nous tenons d’eux, d’attribuer aux astres, aux planètes surtout, aux constellations et aux signes du zodiaque des noms de dieux, de demi-dieux et d’êtres fabuleux, est l’héritage directe de la Chaldée.

L’astrologie, nous l’avons vu, fut la science par excellence, sur les bords du bas Euphrate. Elle s’y confondait avec la religion. Les noms d’Uranus, Saturne, Jupiter, Vénus, Mars, Mercure, Hercule, les Pléiades, Castor et Pollux, etc., que nous retrouvons dans notre ciel occidental et chrétien, ces noms, prononcés par des bouches chaldéennes, et parfois à peine différents, désignaient déjà le? mêmes astres il y a cinquante ou soixante siècles. Seulement, ils représentaient alors de véritables divinités, personnelles et agis-

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santés, car l’adoration des astres fut le premier culte qui naquit dans le cœur de l’homme sous les cieux purs de la Chaldée.

Après avoir indiqué sommairement la part que doit la Grèce aux vieilles religions de la Mésopotamie, disons ce que leur prit le judaïsme, et, par suite, le christianisme, qui en est sorti.

Toute la Genèse biblique : le chaos primitif, avec l’esprit de Dieu qui flottait sur les ténèbres humides; la séparation des eaux d’en bas avec celles d’en haut; la création du monde, avec l’existence des animaux précédant celle de l’homme; le déluge, l’arche, la Tour de Babel, la confusion des langues, sont des récits que l’on retrouve, absolument identiques, dans les plus vieux textes cunéiformes. Le nom d’Elohim, donné à Dieu par les Juifs, comme le nom d’Allah par lequel les Musulmans l’invoquent, sont tous deux babyloniens par leur racine El ou Al, qui désignait en Chaldée l’Être suprême.

D’une façon générale nous pouvons dire que nos grandes religions occidentales dérivent des religions sidérales et naturalistes de l’ancien Orient, mises en œuvre et simplifiées par le génie sémite, puis spiritualisées et embellies par l’imagination aryenne.

Maintenant, si nous remontons très haut dans les cultes assyriens et babyloniens, y retrouverons-nous, comme base fondamentale, ce qui fait le fond de .toutes les religions naturalistes, et ce que nous avons déjà vu en Égypte : le culte du Soleil et le culte des morts ?

L’astre du jour était, en effet, l’un des principaux dieux de la Chaldée. Il avait des autels partout, mais une ville surtout lui était consacrée, c’était Sippara, où, dans les temples, brûlait sans cesse en l’honneur du Soleil un feu qui ne s’éteignait point.

Quant aux morts, s’ils ne jouaient pas en Mésopotamie, le rôle prépondérant qu’ils tenaient dans la vallée du Nil, ils n’en exerçaient pas moins une grande influence sur la conduite des vivants.

La Chaldée et l’Assyrie ont cru à l’immortalité de l’âme. Elles n’avaient pas, sur cette immortalité, les notions claires et précises de l’Égypte. L’existence au delà de la tombe leur apparaissait comme flottante et indistincte; assez triste, s’il faut en croire la description qui se trouve dans la descente d’Istar aux enfers, et que nous avons citée. Les âmes végétaient dans une ombre éter-

nelle, se nourrissaient de poussière, et pleuraient la lumière du jour. Le sort des méchants et des bons paraissait confondu. L’idée de rémunération n’intervenait point dans le tombeau.

Cependant, il était une souffrance terrible qui pouvait atteindre les morts : c’était le tourment de rester sans sépulture et d’errer, ombres inquiètes et sans repos, entre le ciel et la terre. Mais alors leur vengeance poursuivait les parents oublieux ou sacrilèges. L’esprit irrité devenait un démon malfaisant qui faisait pleuvoir les maux sur la tête des coupables. Au contraire, le défunt qui se trouvait soigneusement embaumé, respectueusement enseveli, pourvu des objets qu’il avait aimés pendant sa vie et des aliments nécessaires à son existence d’ombre, ne revenait sur la terre que pour exercer une action bienfaisante en faveur de ceux qui lui avaient assuré le repos éternel.

Le nombre des tombeaux retrouvés dans la Basse-Chaldée est prodigieux, tandis que, dans l’Assyrie, on n’a pu en découvrir un seul. En vain, Layard promit une récompense considérable à celui qui mettrait au jour une tombe assyrienne authentique, pas une ne surgit des fouilles.

On explique cette singularité par le fait que la Chaldée aurait été une terre sainte, où tous les habitants de la Mésopotamie, même ceux du Nord, désiraient être ensevelis. Chaque fois qu’une famille possédait les moyens de construire une tombe, elle la faisait édifier sur les rives du Bas-Euphrate, et elle y transportait ses morts par le moyen du fleuve, qui conduisait rapidement et facilement le dépôt sacré à destination. Les pauvres seuls, les artisans, les laboureurs, dormaient leur dernier sommeil sous une légère couche de terre, à proximité du village natal, et le travail du temps a bientôt mêlé leurs cendres à la poussière du désert sans qu’il en reste la moindre trace.

Cette façon de transporter les morts pour les ensevelir au loin dans une terre consacrée, subsiste encore, même de nos jours, dans cette partie de l’Asie. Les Musulmans chiites de la Perse portent à grands frais leurs parents défunts dans la ville de Kerbela pour les enterrer auprès du tombeau qui contient les restes d’Ali; des entrepreneurs ont organisé ces transports et en ont accaparé le monopole.

(Bas-reliel deMiinroud, IX' siècle avant J.-C.)

Les Assyriens et les Babyloniens n’étaient pas arrivés aux procédés merveilleux d’embaumement pratiqués dans la vallée du Nil. Ils attachaient cependant une grande importance à la longue conservation du corps, qu’ils enveloppaient de bandes enduites de bitume. De plus, ils établissaient sur les pentes du monticule cachant la tombe un système ingénieux de drainage, destiné à empêcher l’humidité de pénétrer à l’intérieur.

Ces précautions n’ont point préservé les chairs de la destruction, mais elles ont, en général, conservé les squelettes. On en retrouve par milliers dans les immenses nécropoles de Warka. Seulement, dès qu’on les touche, ces débris humains, qui dormaient dans l’ombre depuis tant de siècles, s’évanouissent et tombent en poussière.

Ce n’étaient pas seulement les âmes des morts qui jouaient, pour les habitants de Babylone et de Ninive, le rôle de bons ou de mauvais génies.

Toute l’atmosphère était pour eux peuplée d’êtres invisibles, dont l’influence sur les événements de la vie était considérable, et qui répandaient le bonheur ou le malheur suivant que l’on avait su les rendre ou non favorables.

Il serait impossible de décrire ou d’énumérer tous ces démons familiers dont l’imagination chaldéenne avait rempli l’espace, à l’époque d’ignorance où tout, pour les hommes, est sujet d’inquiétude ou de terreur. On les représentait sous les formes les plus étranges et parfois les plus monstrueuses. Les cylindres, les chatons de bague, les tablettes de brique, les cachets, sont couverts de leurs figures effrayantes ou grotesques.

L’un d’eux, le démon du vent du sud-ouest, celui qui représente le souffle aride et desséchant du Kàmsin , le simoun de la Mésopotamie, a sa statuette au Louvre. Il se dresse debout sur ses pieds de derrière terminés par des serres d’aigle; il a le corps maigre et robuste d’un fauve; ses épaules portent d’immenses ailes ; sa face camarde et décharnée est hideuse à voir; son front est surmonte de cornes, et de sa gueule grimaçante semble sortir un rugissement de fureur.

Les Babyloniens ont épuisé les ressources du monstrueux dans

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ces représentations qui combinent toutes les laideurs de la bête et de l’homme dans des corps hideux et puissants.

Il semble que tous ces génies soient des génies du mal; et, en effet, aucun ne se montrait gratuitement favorable. 11 fallait acquérir leurs bienfaits, ou, tout au moins détourner leur colère, par des incantations, par des sortilèges, par des opérations magiques sans cesse renouvelées.

Les amulettes, les talismans, les philtres, les syllabes fatidiques ne furent nulle part plus en honneur que dans la Chaldée. Cette contrée est la vraie patrie de la magie. Ses prêtres furent les prédécesseurs des alchimistes, des astrologues et des sorciers de notre moyen âge.

Le mauvais œil, les sorts, les envoûtements sortirent de son sein. Tout le cortège des mystérieuses terreurs, qui, pendant les siècles obscurs, a hanté l’imagination humaine, est venu des bords de l’Euphrate. Il semble qu’il suffise de relire les phrases pleines de démence par lesquelles les mages étaient censés conjurer les esprits, ou seulement de contempler pendant quelque temps les hideuses figures dessinées ou découpées en nombre infini par les artistes babyloniens, pour sentir passer dans son cerveau comme un tourbillon de folie. Devant de pareilles impressions, on ne comprendrait pas que la Chaldée, source de tant d’erreurs, ait été en même temps un foyer de science et de lumière, si l’on n’admettait que ses prêtres n’eussent fait des superstitions populaires un moyen de domination, et ne les eussent entretenues dans le but de maintenir leur ascendant, mais en les dédaignant pour se livrer en secret à de plus hautes poursuites.

Les prêtres de Babylone conservèrent, en effet, un renom de sagesse et de science qui se répandit dans tout le monde antique. L’Assyrie elle-même, qui, si souvent triompha de sa rivale par le fer et le feu, leur resta moralement soumise. Assur-bani-pal, l’orgueilleux conquérant lui-même, envoyait ses sujets étudier dans les écoles fameuses d’Ur, de Sippara, de Babylone.

Bien que la religion des deux empires fût, surtout vers les derniers siècles, absolument la même, il y eut cependant une nuance qui distingua toujours le culte de Ninive de celui de Babylone : le premier fut plus cruel, le second plus raffiné, plus voluptueux. En

Assyrie, on faisait couler le sang sur les autels, on pratiquait des sacrifices barbares, parfois môme on immolait des victimes humaines. En Babylonie, on cherchait à pénétrer les secrets de la nature et des dieux, on se livrait à des spéculations hardies, et le seul sacrifice qui semblât devoir plaire au ciel était celui de la chasteté.

Dans le chapitre relatif aux mœurs et aux coutumes, nous avons cité la page consacrée par Hérodote à décrire les pratiques voluptueuses qui s’accomplissaient dans le temple de la déesse Mylitta.

D'après Layard.

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