FIG. 291. — SUPPLICE DES PRISONNIERS APRÈS UNE BATAILLE
(Interprétation de bas-relief assyriens.)
Les supplices variés représentés sur ce dessin, le prisonnier écorché vif au premier plan, les hommes empalés à gauche et 1 l’individu auquel le roi crève lui-même les yeux, ont été copiés sur des photographies de bas-reliefs assyriens que nous avons H confiées à M. Kochegrosse, auteur de cette restitution.
que ce ne soit une femme du pays, dont le dieu a fait choix, à ce que disent les Chaldéens qui sont les prêtres de ce dieu. »
« Ces mêmes prêtres ajoutent que le dieu vient lui-même et qu’il se repose sur le lit. Cela ne me paraît pas croyable. La même chose arrive à Thèbes en Égypte, s’il faut en croire les Égyptiens; car il y couche une femme dans le temple de Jupiter Thébéen, et l’on assure que ni l’une ni l’autre de ces femmes n’a commerce avec un homme. La même chose s’observe aussi à Patare, en Lycie, lorsque le dieu honore cette ville de sa présence. Alors on enferme la grande-prêtresse la nuit dans le temple, car il ne se rend point en ce lieu d’oracles en tout temps. »
L’élément féminin occupait d’ailleurs une place prépondérante dans la religion chaldéo-assyrienne. Nulle autre croyance peutêtre ne reconnut autant de déesses et ne leur attribua plus de pouvoir.
Aucun dieu n’était isolé, car chacun possédait une épouse, qui était véritablement sa moitié dans toute la force du terme, partageant son rang, ses attributs, ses autels, les honneurs qu’on lui rendait, et jouissant de la môme autorité. Si étroite était l'union des couples divins, qu’on pourrait croire, dans bien des cas, non pas à un mariage, mais bien à l’hermaphrodisme d’un seul et même être. Il semble, lorsque le dieu, puis la déesse, sont invoqués successivement, qu’ils ne possèdent pas deux personnalités distinctes, mais qu’il s’agit d’une divinité unique, complète par elle-même, et envisagée tour à tour dans son principe mâle, puis dans son principe femelle.
Yoici, à ce point de viie, un hymne caractéristique :
« L’astre femelle est la planète Vénus; elle est femelle au coucher du soleil. »
a L’astre mâle est la planète Vénus; elle est mâle au lever du soleil. »
« La planète Vénus, au lever du soleil, Sarnas est le nom de son possesseur à la fois et de son rejeton. »
« La planète Venus, au lever du soleil, son nom est la déesse d’Agadé. »
« La planète Vénus, au coucher du soleil, son nom est la déesse d’Uruk. »
« La planète Vénus, au lever du soleil, son nom est Istar, parmi les étoiles. »
« La planète Vénus, au coucher du soleil, son nom est Belit, parmi les dieux. »
A propos de cette confusion des sexes, il faut ajouter encore cette autre confusion du fils et de l’époux, dont nous avons parlé plus haut et que l’on trouve indiquée à la troisième strophe de cet
LA CIVILISATION CHALDÉO-ASSYRIENNE
hymne. Ces mélanges de rapports familiaux, de noms, d’attributions, sont fort difficiles à débrouiller, et ajoutent à l’obscurité dont s’enveloppe, dans ses détails, la religion des Assyriens.
Cette mythologie, qu’a éclaircie pour son usage l’esprit logique des Grecs, resta toujours confuse sur les bords de l’Euphrate et du Tigre. Elle est beaucoup moins distincte même que celle de l’Égypte, qui s’en rapprochait par certains côtés, et qui, sans doute, n’était qu’un rameau de la même souche, séparé de bonne heure et isolément développé.
Un dernier point sur lequel nous devons insister, et qui, précisément ressemble à ce que nous avons vu au fond des croyances égyptiennes, c’est le dualisme de la nature, la lutte éternelle du bien et du mal, de la lumière contre les ténèbres, qui prédomine dans les croyances chaldéo-assyriennes. Cette multitude de génies, qui peuplaient l’atmosphère, étaient perpétuellement en guerre les uns contre les autres. Le meilleur moyen d’échapper à celui qui voulait du mal à un homme, était, pour cet homme, de s’assurer l’alliance d’un démon plus puissant, qui livrait combat au premier et le mettait en fuite. Partout, sur les sculptures, on voit ces monstres aux prises.
Cette notion fondamentale fut encore celle qui domina plus tard au sein des religions qui, dans les mêmes contrées, firent revivre encore, sous des formes peu différentes, les antiques croyances de la Chaldée. Les Perses, par leur principe de dualisme, comme par l’adoration du soleil et du feu, se montrent les héritiers directs de ces vieilles croyances qui ont su nourrir, à travers les siècles, tant de générations diverses affamées d’infini et de vérité.
Le culte du feu, qui se confondait avec celui du soleil, était, en effet, l’un des plus en honneur sur les bords du Tigre et de l’Euphrate, comme le prouve l’hymne suivant :
« O feu, seigneur suprême, qui s’élève dans le pays. »
« Héros, fils de l’Océan, qui s’élève dans le pays. »
« Feu, par ta flamme éclatante, tu fais la lumière dans la demeure des ténèbres: tu établis la destinée pour tout ce qui porte un nom.
« Celui qui mêle le cuivre et l’étain, c’est toi. »
« Celui qui purifie l’argent et l'or, c’est toi. »
« Celui qui bouleverse d’effroi la poitrine du méchant dans la nuit, c’est
toi.
« L’homme, fils de sou dieu, que ses œuvres étincellent de pureté. »
« Qu'il brille comme le ciel! »
■- Qu'il soit pur comme la terre ! »
« Qu'il étincelle comme le milieu du ciel! »
Non seulement le feu, mais toutes les forces de la nature — • répétons-le encore — étaient adorées dans la Mésopotamie. L’Océan, le vent, les fleuves, et surtout les astres, peuplaient de divinités