FIG. 295. — TAUREAUX AILÉS ORNANT LA FAÇADE D’UN PALAIS ASSYRIEN
qu’il fallait régulariser, comme ceux du Nil; entraînant avec lui des quantités de sables qui obstruaient son lit et qui en ont souvent changé le cours, le fleuve devait être canalisé, endigué, pourvu de vastes bassins où il pût s’épancher sans menacer la ville.
Tous ces travaux furent exécutés sur une grande échelle par les anciens Babyloniens. Des levées subsistent encore sur la rive gauche — restes de ces quais immenses dont parle Diodore.
Mais, comme nous l’avons déjà dit, les deux genres de monuments dans lesquels apparaît dans toute sa grandeur l’architecture chaldéo-assyrienne, ce sont les temples et les palais. Les édifices religieux furent plus imposants et plus splendides à Babylone. A
Ninive, au contraire, les demeures royales représentent le dernier mot de l’art; les sanctuaires n’en sont plus qu’une dépendance presque secondaire. Le dieu invisible le cède en pompe et en faste au dieu visible, c’est-à-dire au roi, son représentant sur la terre.
Cette distinction est, du reste, la seule qu’on puisse établir entre les édifices de la Chaldêe et ceux de l’Assyrie. Ils sont bâtis sur des plans semblables, avec les mêmes matériaux, et, d’après une inspiration et des traditions identiques. Nous les décrirons donc suivant leur destination religieuse ou civile, et non selon la région où ils s’élevèrent.
Pour les temples et pour les palais, nous n’aurons plus besoin de recourir aux descriptions des anciens. Nous avons vu sortir de terre depuis une quarantaine d’années, assez de ces vieux édifices pour en parler en connaissance de cause, et pour que, dans les restitutions qui en ont été faites par nos artistes, l’imagination n’ait eu à jouer qu’un rôle insignifiant.
g 2. LES TEMPLES
Les temples chaldéo-assyriens furent construits sur un plan unique, d’après une conception qui ne changea jamais.
Nous avons déjà vu 'cette unité de plan pour les temples égyptiens, dont il nous a été facile de reconstruire le type théorique. Mais, dans la vallée du Nil, cette unité s’accordait avec une prodigieuse diversité. Les pylônes suivaient les pylônes, les salles hypostyles succédaient aux salles hypostyles; des obélisques se dressaient devant les portes; d’immenses allées de sphinx s’alignaient en avant du sanctuaire; des scènes pleines de vie et de magnificence se déroulaient le long des murs.
Nous ne rencontrons rien de pareil en Mésopotamie. Le type du temple est la zigurat, c’est-à-dire, à peu de chose près, la pyramide, dont les Égyptiens réservaient à leurs morts seulement l’austère et pesante grandeur.
Certes, dans les plaines absolument plates de la Babylonie ces sortes de montagnes artificielles devaient produire un grand effet,
LA CIVILISATION CH ALDÉO-ASSYRIENNE
d’autant plus que, comme nous allons le voir, on leur avait prodigué, par les couleurs des revêtements, par les rampes diversement disposées, par les statues colossales du sommet, tous les ornements qu’elles comportent. Toutefois notre imagination ne s’émeut et ne s’enflamme guère en face des plus belles restaurations que l’on en ait faites, surtout lorsque nous avons d’abord conduit cette même imagination à travers les colonnades grandioses de la salle hypostyle de Karnak.
La zigurat n’était, en effet, qu’une pyramide à étages. Le nombre de ces étages était généralement de sept, dont l’ensemble atteignait souvent à une très grande hauteur.
Les nombres que donnent les auteurs grecs sont certainement •exagérés. Les fouilles récentes ont montré jusqu’à trois et quatre étages de certaines zigurats, celle du palais de Khorsabad, entre autres, que l’on a nommée Y Observatoire a, cause de sa destination .scientifique autant que religieuse. La hauteur des étages les plus élevés ne dépasse pas dix mètres. En admettant pour chaque zigurat le nombre de sept étages, — nombre le plus généralement adopté, et considéré, pour ainsi dire, comme fatidique, — nous arrivons, en tenant compte du soubassement ou plate-forme inférieure et de la chapelle du sommet, à quatre-vingt-dix ou cent mètres comme plus grande hauteur.
La zigurat, comme les palais et tous les monuments importants en Mésopotamie reposait sur une immense plate-forme de briques. Parfois elle occupait le milieu de cette plate-forme, mais souvent elle se rapprochait davantage de l’un des côtés. On montait jusqu’au sommet par une rampe en spirale, bordée d’un parapet dont les dentelures élégantes se détachaient heureusement sur la monotonie de l’ensemble. Il existe aussi des zigurats à double rampe, mais ce second type, quoique plus riche et plus varié, paraît avoir été : exceptionnel.
i Chacun des sept étages de la zigurat était peint d’une couleur différente. Ce nombre sept, ces sept couleurs, rappelaient les sept planètes et les nuances qui les symbolisaient.
: Le premier étage était peint en blanc avec de la chaux; le second
était peint en noir avec du bitume; le troisième, le quatrième et le cinquième construits en briques de diverses nuances ou vitrifiées
au feu, offraient les couleurs rouge, bleu et orange; le sixième était argenté et le septième était doré.
La petite chapelle qui surmontait l’édifice était également revêtue de lames d’or, et le dôme qui la couvrait brillait au loin comme un astre mystérieux. Parfois des statues colossales, dorées comme le sanctuaire se dressaient isolément aux extrémités de la dernière plate-forme.
La masse énorme du monument et ses couleurs étincelantes, les dieux éblouissants du sommet, l’harmonieux enroulement des rampes, tout cet ensemble devait avoir une beauté spéciale qui justifierait les descriptions enthousiastes des écrivains grecs.
Ces masses énormes et rigides ne présentaient pas les remarquables dispositions intérieures des Pyramides, dont elles se rapprochent extérieurement. L’on n’a pas retrouvé une seule chambre dans les ruines des zigurats. C’étaient des agglomérations de terre et de briques, qui ne tenaient du monument que par le dehors, mais qui, en dedans, étaient de simples monticules.
Quelques chapelles ou reposoirs s’offraient le long de la rampe aux fidèles, qui s’y arrêtaient dans leur fatigante ascension. Au fond, la vraie destination de ces montagnes artificielles était moins d’offrir aux dieux un sanctuaire digne de leur majesté, ou à la multitude un lieu consacré pour y célébrer son culte, que de fournir aux prêtres un observatoire commode et suffisamment élevé. La science des astres ne se séparait pas de la religion dans la Ghaldée. La piété du peuple était surtout alimentée par l’ardente curiosité des mages.
Lorsque le culte de Babylone passa chez les Assyriens, peuple moins savant et plus guerrier, la zigurat réduisit ses proportions. On ne voit pas à Ninive le temple indépendant du palais. La tour à étages, moins élevée, moins monumentale qu’en Chaldée, devient une simple dépendance dans la demeure des rois. Quant aux astronomes, ils émigrent constamment vers la Basse-Chaldée, et s’en vont faire leurs études et leurs observations dans les écoles de Babylone, la vieille cité, la mère de toute science.
Ce qui reste maintenant de la plus haute et de la plus célèbre zigurat, le fameux temple de Bélus, c’est une ruine encore imposante, nommée le Birs-Nimroud.
FIG. 296. — PRÉTENDUE RESTITUTION DE LA TOUR DE BABEL, PAR LE PÈRE Kl RC H ER.
Parmi les élucubrations des anricns théologiens, se trouvent d’abondantes dissertations sur la tour de Bibel dont parle la Bible. La plus longue de ces dissertations est celle qui fut imprimée a Amsterdam, en 1679, par le célèbre jésuite Kircher. Elle forme un gros volume in-f”, richement illustré, dédié à l’empereur d’Allemagne Léopold I*r. Bien que l'ouvrage n’ait absolument aucune valeur archéologique, nous en avons extrait, à titre de curiosité, la gravure ci-dessus.
Dans la grande plaine qui s’étend sur la r’.ve droite de l’Euphrate, on aperçoit de loin cette colline surmontée d’un pan de construction en ruines, et dont l’ensemble domine encore le désert d’une hauteur de 71 mètres.
Quand on quitte le petit village de Hillah, seul groupe d’habitations qui représente aujourd’hui l’antique Babylone, et que, rêvant à ces grands souvenirs, on aperçoit la masse mélancolique du Birs-Nimroud, on est impressionné peut-être plus qu’on ne le serait par quelque ruine encore imposante et splendide.
On approche, et, tandis qu’on erre autour de la colline, on voit se lever et disparaître de maigres loups, effrayés par le bruit des voix et des pas humains.
Alors on songe à l’orgueil, au luxe déployés jadis par cetle reine de l’Asie dont on foule la muette poussière, puis la parole du prophète revient à la mémoire :
« Et Babylone sera réduite en monceaux. Les dragons viendront y demeurer avec les faunes ; elle servira de retraite aux autruches ; elle ne sera plus habitée ni rebâtie dans la suite de tous les siècles... Personne n’y demeurera plus. »