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LES PALAIS ET LES FORTERESSES

Les palais et les fortifications des villes furent les chefs-d’œuvre de l’architecture chaldéo-assyrienne.

Les murs de Babylone comptaient au nombre des sept merveilles du monde.

Hérodote les a vus et les a décrits, avec lèur développement immense, leur hauteur et leur épaisseur prodigieuses, le fossé qui se creusait à leurs pieds, les touçs massives qui les garnissaient de distance en distance et leurs cent portes d’airain.

Ici nous nous garderons bien de taxer l’auteur grec d’exagération. Ce que les fouilles nous ont révélé dépasse encore ses descriptions. Quand Diodore ou lui-même parlent de murs sur lesquels on aurait pu mener plusieurs chariots de front, ils restent encore en deçà de la vérité et semblent avoir craint de n’ëtre pas crus dans leur pays s’ils donnaient les dimensions véritables.

Les murs de Khorsabad, que l’on a pu mesurer, avaient, en effet, vingt-quatre mètres d’épaisseur; à l’endroit des portes, l’ensemble des constructions donnait une profondeur de soixante-sept

LA CIVILISATION CH ALDÉO-ASS YRIENNE

mètres. La hauteur était à proportion. Diodore, en l’évaluant d’après Ctésias à quatre-vingt-dix mètres pour les murs de Babylone,. ne nous étonne nullement; du fond des fossés au haut des créneaux, il ne devait pas y avoir beaucoup moins.

A l’intérieur même des palais, nous rencontrons des murs ayant jusqu’à huit mètres d’épaisseur.

Ces énormes dimensions, qui impressionnaient si vivement les voyageurs grecs, sont d’ailleurs, au point de vue architectural, une marque d’infériorité, et montrent combien l’architecture assyrienne était encore primitive.

L 'épaisseur et la hauteur des murs sont, en effet, les moyens les plus élémentaires de pourvoir à la défense d’une place. Point n’cst besoin de combinaisons d’ingénieurs ou de savants pour imaginer cela. Comme exécution, rien n’est plus simple, pourvu qu’on dispose d’un grand nombre de bras et de matériaux faciles à manier et à entasser, telles que les briques, tirées à profusion, comme Hérodote nous l’indique, de la tranchée qui, ensuite, constituait le fossé de la ville.

Derrière des murs pareils, on comprend que Ninive et Babylone aient pu soutenir les longs sièges dont l’histoire nous parle. Les catapultes, les béliers, les trous de mine ne pouvaient presque rien dans de semblables épaisseurs. La largeur du chemin de ronde, le nombre des tours permettaient de poster toute une armée sur les murailles, et les assaillants en bas, dans la plaine, n’avaient pas l’avantage de la situation.

Quant à la famine, on savait y parer en donnant aux villes une étendue extraordinaire pour leur population, ce qui procurait des espaces vides que l’on mettait sans doute soignéusement en culture.

En acceptant ce point de vue, on peut admettre certaines assertions des anciens auteurs, suivant lesquelles Babylone aurait occupé un emplacement équivalent à sept fois celui du Paris actuel et égal environ à tout le département de la Seine.

Le seul danger pour ces immenses capitales en temps de siège, c’était leur fleuve, sans lequel pourtant elles auraient péri de sécheresse.

La brèche qu’il ouvrait restait toujours un point faible, et scs

eaux, surtout au moment des inondations, rongeaient les murs de briques, pour lesquels l’humidité est une cause de ruine.

Durant un des sièges que soutint Ninive, l’oracle avait prédit que cette ville ne serait jamais prise d’assaut, à moins que le fleuve lui-même ne se déclarât son ennemi. Elle résista durant deux ans avec bonheur. Mais la troisième année, il tomba des pluies si abondantes que les eaux du Tigre inondèrent une partie de la ville, et renversèrent les murs sur une certaine étendue, causant ainsi une brèche par laquelle l’ennemi pùt entrer.

Lorsque Balthasar passait son temps dans les orgies, confiant dans la force de ses murs, Cyrus, détournant en partie le cours de l’Euphrate, pénétra dans Babylone par le lit du fleuve et détruisit l’empire des Chaldéens.

Jusqu’à présent, nous n’avons vu que l’énormité des constructions assyriennes ; il nous reste à en faire ressortir les beautés spéciales.

Il ne faut pas y chercher la richesse et la variété de formes que l’architecture tire de ses propres ressources. La colonne isolée, la combinaison des lignes droites et des lignes courbes, la légèreté de certaines parties contrastant avec le caractère massif des autres, furent complètement ignorées ou négligées par l’Assyrie. Tous les édifices ou portions d’édifice y sont des parallélogrammes; toutes les lignes sont rigides; tous les angles sont droits.

Pour embellir ses œuvres, l’architecture assyrienne a dû recourir à d’autres arts; à la sculpture surtout, et à l’ornementation magnifique fournie par les briques émaillées.

Les colosses, les bas-reliefs et la polychromie, en couvrant les surfaces nues des murs, en masquant les angles des portes, en étincelant le long des corniches, ont donné aux édifices assyriens ce caractère de richesse et de splendeur qui émerveilla les Grecs, et qui, même parmi des ruines informes, éblouit encore le chercheur moderne quand il erre dans les palais écroulés de Ninive ou de Khorsabad.

Les portes des villes comptaient parmi les monuments pour lesquels les Assyriens se montraient le plus prodigues d’ornementation.

11 existait deux espèces de portes : celles qui étaient réservées

LA CIVILISATION CH ALDÉO-ASSYRIENNE

aux piétons, et celles par lesquelles entraient les cavaliers, les chars de guerre et les chariots des paysans.

Ces dernières, exposées à toutes sortes de heurts et d’accidents, étaient fort simples. Mais les portes réservées aux piétons, et dans lesquelles on entrait par de larges degrés, offraient toutes les beautés des plus riches édifices.

De hautes tours crénelées les flanquaient de chaque côté. On

D’après Place.

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