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LA PEINTURE ET LES BRIQUES EMAILLEES

L’Orient a toujours été épris des couleurs éclatantes et durables, et il a de bonne heure connu l’art de les fabriquer.

Nous avons expliqué, à propos de l’Égypte, la raison de ce goût, qui prend naissance dans la nécessité de lutter contre l’éblouissante lumière du soleil et de faire valoir les reliefs des sculptures et des édifices, fondus lorsqu’ils restent blancs dans l’uniforme et universelle clarté.

Nous achetons aujourd’hui à grand prix les magnifiques tapis d’Orient, teints de nuances inaltérables. Le secret de leurs couleurs remonte peut-être jusqu’aux plus anciens Chaldéens. Les peuples de la Babvlonie et de l’Assyrie ont été épris des tons vifs et variés, jusqu’à en couvrir des murailles entières, comme celles de leurs temples et de leurs palais. La décoration des murs d’Ecbatane procédait du même amour immodéré de la couleur.

Toutefois, la polychromie fut plus discrètement appliquée sur les bas-reliefs dans la Mésopotamie qu’en Égypte. Dans la vallée du

LA CIVILISATION CH ALDÉO-ASSYRIENNE

Nil, les scènes sculptées sur les murs étaient peintes entièrement. Il n’en fut pas de môme à Babylone et à Ninive. On se contentait d’y relever par des tons vifs certains détails, tels que la barbe, les cheveux, les prunelles, les tiares, les chaussures, les franges, les armes, le harnachement des chevaux.

Ce procédé artistique devint ensuite celui de la Grèce, dont l’Assyrie fut, il ne faut pas l’oublier, la véritable institutrice.

On a quelque temps balancé avant de trancher la question relative à la polychromie assyrienne. Cette polychromie était-elle universelle comme en Égypte, ou restreinte et discrète comme plus tard en Grèce? Aujourd’hui, l’évidence s’est imposée même aux pins prévenus. Les traces de couleurs que l’on a retrouvées apparaissant toujours sur les mêmes détails des sculptures, et jamais sur de grandes surfaces, comme les fonds, par exemple, ou comme le nu et les draperies des vêtements, on ne peut admettre évidemment qu’elles se soient toujours effacées aux mêmes endroits, tandis qu’elles se maintenaient régulièrement sur d’autres. Si le temps était la cause de leur destruction, on les retrouverait plutôt dans les creux des bas-reliefs que sur les parties saillantes. Or c’est souvent le contraire qui s’est produit : les prunelles arrondies des taureaux, par exemple, sont souvent restées colorées, tandis que les découpures profondes qui imitent la frisure de leur poil n’ont pas conservé la moindre trace de peinture.

Ces remarques ont surtout paru frappantes au moment où l’on a exhumé les bas-reliefs, car les couleurs, conservant encore une certaine vivacité avant d’être exposées à l’air, faisaient un contraste plus marqué que maintenant avec les parties restées blanches.

D’ailleurs, c’est seulement à la sculpture que la polychromie, en Assyrie et à Babylone, fut si discrètement appliquée. Partout où les bas-reliefs ne couvraient pas les murs, ceux-ci disparaissaient sous des couleurs, soit étendues directement en fresque, soit chatoyant à la surface des briques émaillées.

L’on n’a pas encore tranché la question de savoir si les Assyriens connaissaient la peinture murale à la détrempe, c’est-à-dire la fresque proprement dite. Mais il est certain qu’ils ont appliqué directement des couches de peinture sur les murailles. La disposition intérieure des palais était généralement celle-ci : une plinthe

coloriée, le plus souvent en noir; au-dessus de la plinthe une hauteur considérable de bas-reliefs, et enfin, près du plafond, un revêtement de briques émaillées.

Quand les Assyriens ont dessiné ou peint des personnages sur les murs, le contour général était celui du bas-relief et la coloration ne consistait, comme en Égypte, qu’en teintes plates appliquées uniformément, sans ombres ni nuances, et par conséquent n’était que de l’enluminure.

La peinture proprement dite n’exista donc, comme art indépendant, ni à Babylone, ni à Ninive, pas plus que dans la vallée du Nil.

Mais un art merveilleux la remplaça, et ce fut celui des briques émaillées.

Le voyageur ne peut faire un pas en Mésopotamie sans rencontrer des fragments de ces briques. Appliquées en abondance sur des pans entiers dé murailles, mariant leurs tons à la fois éclatants et doux avec un goût délicat et sûr qui n’a point été dépassé, offrant une grande variété de dessins charmants, ces briques devaient former la plus magnifique des décorations sous la lumière franche et pure du soleil oriental.

Telle était la beauté de ce genre d’ornement, que tous les peuples qui ont ensuite passé dans la Mésopotamie, depuis les Perses jusqu’aux Mogols, se sont empressés de l’imiter. Babylone et l’Assyrie ont fait des élèves, qui ont souvent égalé la perfection de leurs modèles, mais sans la dépasser.

Pour faire leurs briques émaillées, les Assyriens les cuisaient d’abord légèrement, puis ils appliquaient la couleur et les dessins, les recouvraient d’une glaçure vitreuse, et ensuite recuisaient le tout.

Les couleurs dont ils se servaient étaient des oxydes métalliques. Les tons n’en étaient jamais aussi vifs que ceux que l’on a retrouvés sur les bas-reliefs : le bleu pâle, le vert olive, le jaune, le blanc dominaient; le noir paraît plus rarement, et quand au rouge, — si fréquent sur les sculptures, — il est extrêmement rare sur les briques émaillées. Le minium qu’employaient les Assyriens tourne au jaune par l’effet d’une très forte chaleur, et la nuance rouge ne survivait que rarement à la seconde cuisson.

LA CIVILISATION CH ALDÉO-ASS YRIENNE

Les dessins qui ornent les briques émaillées sont d’une variété, d’une grâce, d’un fini incomparables. Les figures d’hommes et d’animaux ont, du reste, les qualités et les défauts des bas-reliefs. Mais là où excellaient les Assyriens, c’était dans les motifs d’ornement. Ils ont combiné avec bonheur les formes purement géomé-

FIG. 32b à 340. — ARMES ASSYRIENNES.

(Copiées sur des bas-reliefs.)

triques — losanges, carreaux, étoiles, rosaces — avec les sujets tirés du règne végétal : fleurs, boutons, marguerites épanouies, sveltes tiges, touffes gracieuses. Ils se sont aussi servis, au point de vue décoratif, du groupement harmonieux de leurs caractères cunéiformes. Les Arabes, après eux, ont encore étendu ce genre de décoration et ont pris l’enchevêtrement de leurs lettres élégantes comme principal motif d’ornement sur leurs faïences émaillées.

Souvent, en Assyrie, un grand nombre de briques concouraient à former un même tableau. Dans ce cas, ce n’était pas seulement le groupement ingénieux de modèles variés qui donnait l’effet obtenu. Il fallait d’abord dessiner et peindre toute la scène sur un grand nombre de tablettes rassemblées, les cuire séparément, puis les réunir ensuite à la façon d’un jeu de patience.

On ne peut assez vanter le goût et l’habileté des Assyriens dans ce genre de décoration. Ce sont eux qui en ont doté le monde, et c’est à cause d’eux que, dans tout l’Orient et le nord de l’Afrique, des bords du Gange aux rives de l’Atlantique, tant d’éblouissantes merveilles se dressent encore aujourd’hui, étonnant et charmant les yeux des voyageurs occidentaux.

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