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FIG. 383. — JÉRUSALEM. PORTE DE JAFFA

C’eat par cette porte qu’entrent à Jérusalem les voyageurs venus par Jaffa et Kamleh. C’est d’une maison placée à l’intérieur de la ville que j’ai pris la photographie instantanée reproduite dans ce dessin.

restaient dans la péninsule et s’étendaient vers le sud, d’autres, au contraire, émigraient vers le nord, pénétraient dans la Babylonie, où régnait la civilisation des Sumers et des Accads, y séjournaient assez longtemps pour s’imprégner à un très haut degré de cette civilisation, puis, devenus trop nombreux, émigraient de nouveau, à des époques différentes, soit plus avant vers le nord, soit vers l’ouest.

Les Sémites qui restèrent en Arabie furent les ancêtres du peuple arabe. Ceux qui passèrent par le foyer de civilisation du Bas- Euphrate, et rayonnèrent ensuite sur toute l’Asie antérieure, furent les Assyriens et les Israélites.

Le séjour des ancêtres du peuple d’Israël en Mésopotamie est prouvé, non seulement par leurs traditions, qui font sortir Abraham de la ville d’Ur, en Chaldée, mais encore par les traces nombreuses que laissèrent dans leurs croyances et dans leurs mœurs la religion et les coutumes des Sumers et des Accads.

Tandis que les Sémites du sud, c’est-à-dire les populations arabes, conservaient le génie de leur race pur de toute influence étrangère, et nous apparaissent encore aujourd’hui comme le type de ces nomades aux idées simples, au culte peu compliqué, aux mœurs primitives et immuables, que nous nous représentons d’après les tableaux de la Genèse; les Sémites du nord, au contraire, compliquèrent leur cosmogonie, surchargèrent leur culte de rites et de détails, adoptèrent une foule de dieux ignorés au désert, bâtirent des villes, établirent des institutions variées, et tentèrent de fonder des nations organisées et puissantes à l’image de celles dont les arts, les sciences, les avaient éblouis et avaient transformé leur imagination.

Même à l’époque de leur domination si étendue et de leur magnifique civilisation, les Arabes restèrent plus simples dansj leurs idées générales et dans leur culte que les Assyriens, les Phéniciens et les Juifs. L’islamisme, après tout, est la seule religion rigoureusement monothéiste que les Sémites aient créé, la seule qui se montre absolument dépourvue de toute infiltration fétichiste et qui repousse complètement les images taillées.

Allah est autrement élevé, majestueux, et d’une essence plus purement spirituelle que le féroce Iahvé, qui, avec ses jalousies, ses colères, ses mesquines vengeances, est un frère à peine dégrossi des Moloch et des Kamos.

LA CIVILISATION JUIVE

Mahomet, en adoptant la cosmogonie des Juifs, adoptait en réalité celle des vieux Chaldéens. Les conceptions vagues des Sémites trouvèrent un corps dans ces doctrines matérielles, concrètes, qu’ils n’eussent pas inventées, mais sans lesquelles il leur eût été impossible d’avoir par la suite aucune prise sur l’esprit plus positif et plus représentatif des Aryens.

Ainsi donc, la profonde différence que l’on constate entre les Sémites du sud et ceux du nord, prouve que ces derniers se sont éloignés du type primitif de la race par le fait d’un long contact avec des peuples beaucoup plus civilisés qu’eux-mêmes. La tradition biblique, et, mieux encore, les traces évidentes des croyances chaldéennes, la cosmogonie tout entière empruntée à Babylone, montrent que ces peuples, chez qui séjournèrent les Sémites du nord, furent les Sumers et les Accads, c’est-à-dire les populations les plus anciennement établies dans les plaines du Bas-Euphrate.

Après les avoir quittés, les Israélites se fixèrent, à travers des péripéties que leurs historiens ont complaisamment rapportées en les exagérant, dans la vallée, peu remarquable en apparence, du Jourdain.

Ils ne tinrent pas la mer, comme leurs voisins les Phéniciens, car c’est à peine s’ils furent jamais bien maîtres du rivage. Un peuple non sémite, venu de Crète à ce qu’on croit, les Philistins, possédait la côte et s’y maintint énergiquement. Les Juifs n’en eurent pendant longtemps qu’une partie, celle qui s’étend de Joppé à la pointe du Carmel. C’ést là que se trouve située l’admirable plaine de Saron, dont les prairies et les moissons s’étendent presque au bord des flots. Mais la rive proprement dite est sablonneuse et peu propre à l’établissement d’un port.

Ce ne fut donc pas la proximité de la mer qui rendait avantageuse la possession de la Palestine. Ce n’était pas non plus sa fertilité, grande cependant lorsqu’elle n’était pas comme aujourd’hui entièrement déboisée.

Mais la Palestine, comme laBabylonie, bien qu’à un moindre degré, était une des principales routes du monde antique. Ses' étroites vallées constituaient la seule voie terrestre de communication par laquelle les deux plus grands centres de civilisation du monde, la Mésopotamie et l’Ëgyptè, pouvaient entretenir leurs relations,

échanger leurs produits en temps de paix, ou faire passer leurs armées durant la guerre.

La clef de ces vallées, c’était Mageddo, au sud, et Kadesch, au nord : aussi ces deux villes ont-elles prêté leur nom à bien des batailles célèbres et sanglantes.

Cette situation intermédiaire n’était pas sans péril. Le petit peuple d’Israël, placé entre la terrible Ninive et la puissante Égypte, s’appuyant sur l’une pour résister à l’autre, était souvent broyé dans la lutte et finit par y être définitivement écrasé.

Mais aussi, dans l’intervalle des guerres, alors que les longues caravanes chargées d’étoffes, de bijoux, de poudre d’or et d’ivoire travaillé, traversaient incessamment la Palestine, l’Israélite, de tout temps habile au commerce, âpre au gain, ne laissait pas tant de richesses traverser son territoire sans en retenir quelque chose.

Le transit fut la principale source de l’opulence qui se développa souvent et rapidement dans la Judée. Le luxe des beaux tapis, des tissus précieux, des vêtements éclatants, des joyaux voyants et massifs, qui toujours fut la passion des fils de Jacob et contre lequel tonnaient les prophètes, eut sa source dans cette situation d’intermédiaires et de courtiers que les Juifs durent à la position particulière de la contrée qu’ils habitaient.

Le génie du commerce, l’esprit mercantile, resté comme le trait dominant de leur nation, prit naissance, ou du moins se fortifia, par le rôle qu’ils eurent à jouer dans l’antiquité, entre l’Asie et la vallée du Nil, à voir sans cesse leurs chemins occupés par les nombreux convois qui transportaient d’une région à l’autre toutes les splendeurs des deux civilisations les plus avancées et les plus raffinées du monde.

Comme climat et comme production, la Palestine fut d’ailleurs une des contrées favorisées de l’Asie antérieure. Couverte par les ramifications du Liban, elle offrait à la fois, grâce à ses différences d’altitude, toutes les saisons et tous les produits des autres régions.

Au-dessous des sommets étincelants de neige, s’étendaient les pentes couvertes de forêts et de pâturages, tandis que les plaines développaient des champs où croissaient de riches récoltes de lin, d’orge, de blé.

Dans toute l’antiquité, la fertilité de la Palestine était célèbre.

Elle étonna les Hébreux, lorsqu’ils sortirent de l’aride presqu’île du Sinaï et que leurs émissaires leur apportèrent des descriptions enthousiastes de cette contrée, « où coulaient en ruisseaux le lait et le miel », et leur montrèrent des échantillons de ses fruits savoureux, les énormes grappes de raisin qu’un seul homme ne pouvait porter.

La vigne, le figuier, l’olivier, formaient les principales richesses agricoles du pays, et la Bible les mentionne fréquemment.

Tous les arbres fruitiers venaient bien sur les nombreux coteaux qui ondulent par tout le pays, de la riante Galilée jusqu’aux rives de la mer Morte.

Aujourd’hui les déboisements, l’incurie de l’administration musulmane et la terreur des nomades pillards, ont laissé les sables du désert conquérir du terrain et réduire à l’état de souvenir l’abondance d’autrefois. Mais dans l’antiquité, la main de l’homme suppléait à ce que la nature ne répartit pas en assez grande quantité sur tous les points de cette région. Des irrigations artificielles faisaient rendre à la terre tout ce qu’elle ne donne pas à présent faute d’eau, et la presque totalité de la Palestine ressemblait, pour la fraîcheur et la fertilité, aux ravissantes oasis que font naître encore sur leurs bords les torrents qui roulent vers la mer Morte ou vers la Méditerranée.

Les Israélites surent tirer bon parti de cette heureuse région. Ils furent des agriculteurs habiles. Ils n’excellèrent du reste qu’en cela seul. N’ayant ni art, ni science, ni industrie, et ne se livrant au commerce que comme intermédiaires, ils donnèrent tous leurs soins à leurs champs et à leurs troupeaux.

Leurs livres saints sont remplis de peintures pastorales, de comparaisons et d’exemples empruntés à la vie des laboureurs et des bergers. Ce peuple eut à un vif degré le sentiment de la nature. Pour donner une idée du grand nombre de paraboles et de cantiques composés par Salomon, l’auteur du livre des Rois dit « qu’il a parlé des arbres, depuis le cèdre qui est au Liban jusqu’à l’hysope qui sort de la muraille, et de toutes les bêtes : des oiseaux, des reptiles et des poissons. »

Pour le Sémite nomade, qui n’avait quitté les déserts de l’Arabie que pour les plaines brûlantes de la Mésopotamie, et qui avait vu

LA CIVILISATION JUIVE

en Égypte les terrains plats coupés de canaux de la terre de Gessen, l’admiration causée par les sites variés, les riantes collines, les produits si divers de la Palestine, ne s’effaça jamais, pas même par l’effet de la possession et de l’habitude.

Voici comment le prophète Jérémie annonce leur délivrance aux captifs de Babvlone :

« Ainsi, a dit l’Eternel : Je te rétablirai encore et tu seras rebâtie, ô vierge d’Israël!... Tu planteras encore des vignes sur les montagnes de Samarie : ceux qui plantent planteront, et en recueilleront les fruits pour leur usage. »

« Ils viendront donc et se réjouiront avec un chant de triomphe, au lieu le plus élevé de Sion, et ils accourront aux biens de l’Éternel, au froment, au vin, et à l’huile, et au fruit du gros et du menu bétail. »

Ainsi, même après son contact prolongé avec la brillante civilisation chaldéenne, même après son séjour en Égypte, l’Israélite était demeuré un peuple d’agriculteurs et de bergers. Les vieilles habitudes contractées dans les vastes pâturages primitifs, la simplicité des mœurs sémitiques, continuèrent à dominer en lui. Les influences étrangères que nous avons constatées dans ses mœurs, dans sa religion, et qui le différencièrent de ses frères, les Arabes du désert, ne le modifièrent en somme que superficiellement.

Il resta, même sous ses rois, le nomade à la fois épris d’aventures, de surprises, de razzias, de querelles sanglantes, et passionné pour ses troupeaux, qui se lève plein d’énergie pour quelque lutte acharnée, puis, après l’effort, se repose dans une molle rêverie, les yeux perdus dans l’espace, nonchalant et vide de pensées comme le paisible bétail qu’il surveille.

Absolument réfractaire aux arts, et n’ayant qu’un goût médiocre pour l’existence des villes, Israël n’éleva des temples et des palais que par vanité. Ce qu’il préférait, suivant sa propre expression, c’était, après le carnage, « le repos à l’ombre de sa vigne et de son figuier. »

Sa plus belle fête, c’était la Fête des tentes , alors que pendant huit jours on abandonnait les maisons pour vivre sous des abris improvisés qui rappelaient le séjour au désert.

Lorsqu’on veut connaître l’Israélite, il ne faut pas le juger par ses compilations écrites, dont la plus grande partie sont des sou-

venirs de la Chaldée. Il faut percer la couche légère de civilisation qu’il avait à grand’peine empruntée aux puissants empires dans le sein desquels il vécut, et il faut le voir là où il est bien lui-même, dans les tableaux de la Genèse, par exemple, qui représentent sa vie préférée, la vie pastorale, ou bien encore le retrouver dans les habitants actuels des régions qu’il occupa, dans ces petites tribus nomades de l’Arabie septentrionale et de la Syrie, qui, depuis six ou huit mille ans, n’ont changé ni de mœurs, ni de coutume.

La Palestine elle-même, la Terre promise, ne fut qu’un milieu factice pour les Israélites. Leur vraie patrie, c’était le désert. C’est lui, qui, avec son uniforme et calme aspect, avec son existence monotone, réduite à la satisfaction des besoins les plus élémentaires, a élargi et simplifié l’âme des Sémites, dans laquelle il a mis l’éternel et calme reflet de ses horizons infinis.

C’est lui qui, en rendant leur imagination stérile comme son propre sol, y a étouffé les germes des superstitions multiples qui, ailleurs, ont envahi l’âme humaine, semblables à une végétation dangereuse par sa luxuriance même. C’est grâce à lui que les Sémites, par le vague de leurs conceptions religieuses d’où toute forme palpable est absente, ont créé le Dieu lointain, majestueux, éternel, qui, parce qu’on ne pouvait le définir ni le représenter, sembla plus tard d’une pureté toute spirituelle et étendit son règne sur les nations les plus civilisées du monde.

Israël perdit un moment ce Dieu en s’encombrant des superstitions de l’Égypte et de l’Asie; mais ses prophètes le proclamèrent, et c’est en retrouvant la pure tradition sémitique que les fils de Jacob devinrent capables de convertir l’univers à leur foi.

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