INSTITUTIONS, MŒURS ET COUTUMES DES HEBREUX
Les Israélites demeurèrent, jusqu’aux derniers temps de leur histoire, à un degré très inférieur de civilisation confinant à la pure barbarie.
Ils ne dépassèrent que très peu les mœurs des peuples agriculteurs et pasteurs, soumis au régime patriarcal et qu’on peut considérer comme à peine entrés dans le cycle de l’évolution sociale.
L’un des symptômes qui caractérisent le mieux l’état de la civilisation d’une race, c’est la plus ou moins grande division du travail. Chez les Hébreux, c’est à peine si, vers l’époque des rois, on commence à distinguer les métiers.
Pendant la plus longue période de leur histoire, nous voyons chaque famille suffire à ses propres besoins, cuire elle-même son pain, filer, tisser les étoffes dont elle fabrique ses vêtements, cultiver ses champs, élever ses bestiaux, les tuer et préparer leurs peaux.
Le travail du forgeron fut celui qui, le premier, s’exerça à part. Mais les métaux ne furent jamais très abondants chez Israël. Les instruments de pierre et de bois étaient les plus répandus; les armes elles-mêmes n’étaient pas toujours en fer ni même en bronze. Un caillou ramassé dans le torrent frappait plus sûrement qu’un javelot dans la main de ces pâtres-soldats. C’est avec une fronde que David tua le géant Goliath.
Ces coutumes sont celles des tribus arabes qui vivent encore de nos jours sur les confins du désert.
Même au contact des brillantes civilisations de l’Égypte et de l’Assyrie, Israël ne les changea pas.
Il resta un peuple exclusivement agriculteur et pasteur. L’éle-
vage des troupeaux, la culture du blé, du figuier, de l’olivier, de la vigne, fut toujours sa grande occupation.
Ses héros, avant de le mener à la victoire, avaient poussé la charrue ou tondu les brebis. Gédéon était occupé à battre le blé et à le vanner, lorsque lui apparut l’ange qui lui ordonna de délivrer son peuple du joug des Madianites. Saül cherchait les ânesses de son père lorsque Samuel lui annonça qu’il serait roi. David s’enhardit à la guerre en repoussant les bêtes féroces qui venaient attaquer son troupeau lorsqu’il était simple berger.
La division du travail, en concentrant toute l’habileté de l’ouvrier sur un seul objet, amène le perfectionnement de l’industrie et facilite l’éclosion de l’art. Cette division ne fut jamais poussée assez loin chez les Hébreux pour produire de tels résultats.
11 n’y eut en Palestine aucune industrie, quelle qu’elle fût. Jamais un objet de fabrication j uive ne valut la peine d’être exporté. Lorsque le luxe naquit vers l’époque de Salomon, il fut exclusivement alimenté par des produits venus du dehors.
L’exportation, pour les Hébreux, consista uniquement dans les fruits de la terre : blé, vin, huile, baume, etc. Ils les envoyaient surtout dans la Phénicie, qui n’avait qu’un territoire trop restreint pour alimenter ses grandes villes. Cette contrée, en échange, introduisait en Judée les bijoux, les meubles, les armes, les étoffes, les bois et l’ivoire travaillé qu’elle tirait de ses propres fabriques ou de celles du monde entier, avec lequel elle était en rapport.
Même pour des métiers assez grossiers, tel que celui du charpentier, Israël, au temps de sa splendeur, est absolument dépourvu d’ouvriers habiles.
« Donne à tes serviteurs ordre qu’ils coupent pour moi des cèdres du Liban », fait dire Salomon à Iliram, roi de Tyr, « et je donnerai à tes serviteurs telle récompense que tu me demanderas; car tu sais qu’il n’y a personne parmi mon peuple qui sache couper le bois comme les Sidoniens. Et envoie-moi aussi quelque homme qui s’entende à travailler en or, en argent, en airain, en fer, en écarlate, en cramoisi et en hyacinthe. »
Salomon donnait à Hiram chaque année vingt mille mesures de froment et vingt mille mesures d’huile, ce qui indique suffisamment en quoi consistait la richesse d’Israël.
Ce fut également de Phénicie que vint un ouvrier très habile,
LA CIVILISATION JUIVE
« qui travaillait en bronze », dit l’Écriture, «et qui était rempli de sagesse, d’intelligence et de science pour faire toutes sortes d’ouvrages en bronze. » Il surveilla la fonte et la pose des colonnes et des vases d’airain qui ornèrent le temple.
L’industrie n’étant pas sortie en Judée de l’état le plus rudimentaire, on peut prévoir ce qu’y fut l’art, ou plutôt ce qu’il n’y fut pas, car il ne s’y manifesta jamais parla plus faible tentative.
Aucun peuple ne fut dépourvu de sens artistique au degré où le furent les Juifs.
La loi qui leur défendit les images taillées ne fît pas perdre au monde des chefs-d’œuvre, car on se demande ce qu’eussent pu être ces images. D’ailleurs, les infractions du deuxième commandement — infractions dont ils ne se privèrent pas — ne donnèrent naissance qu’à ces éternels veaux de bronze ou d’or, leurs idoles préférées, qu’ils fondaient tant bien que mal, aux pieux grossiers, symboles de la force mâle, qu’ils dressaient sous les bocages d’Astarté, et à ces idoles du foyer ou téraphim , sortes de poupées grotesques, dont l’une, couchée dans le lit de David et la tête enveloppée par les soins de sa femme, donna un instant le change aux soldats de Saül envoyés pour le tuer.
On ne peut donc parler ni de la sculpture, ni de la peinture des Israélites. Quant à l’architecture, ils n’en eurent pas davantage. Leur fameux temple, sur lequel ont été publiées tant de fastidieuses dissertations, fut un monument de style assyro-égyptien, uniquement construit par des architectes étrangers, ainsi que la Bible nous l’indique.
Les palais du même roi n’étaient que de chétives copies des palais égyptiens ou assyriens. Quant à la ville de Palmyre, dont il fut le fondateur, il ne faudrait pas croire qu’il y édifia les splendides colonnes qui ont résisté à l’effort des siècles et que l’on y admire encore aujourd’hui. Ces colonnes sont bien postérieures. La Palmyre de Salomon fut détruite de fond en comble par Nabuchodonosor et il n’en reste plus une seule pierre.
Le seul des beaux-arts que les Hébreux cultivèrent fut celui de tous les peuples primitifs, la musique. Ils l’aimèrent passionnément, la mêlèrent à leurs plaisirs, à leurs exercices militaires, à leurs fêtes religieuses. Très analogues sans doute aux mélopées
plaintives des Arabes modernes, elle dut être fort peu compliquée. Parmi leurs instruments figurent la harpe, le sistre, les cymbales, la flûte, la trompette, le tambour.
La guerre elle-même, que les Israélites pratiquèrent pourtant constamment, ne devint pour eux ni un art, ni une science. Ils manquèrent de stratégie et ne triomphèrent jamais que par une sorte de furia, analogue à celle des Bédouins modernes. Naturellement craintifs, ils ne devenaient terribles que par une exaltation momentanée que les chefs et les prophètes tâchaient d’éveiller par leurs discours.
« Tous les Israélites ayant vu Goliath », est-il dit dans les Rois, « fuirent devant lui tremblants de peur. »
Lorsque Gédéon marcha contre les Madianites, il tint ce discours à ses troupes : « Que celui qui est timide et qui manque de cœur s’en retourne. » Et vingt-deux mille hommes sur trente-deux mille le quittèrent pour s’en retourner chez eux.
Tous les lecteurs de la Bible connaissent l’impitoyable férocité des Juifs. Il n’y a qu’à parcourir pour s’en convaincre le passage des Rois qui nous montre David faisant brûler, écorcher et scier la totalité des vaincus. Les massacres en masse suivaient toujours, régulièrement, la moindre conquête. Les populations étaient vouées à l’interdit, c’est-à-dire condamnées en bloc et exterminées au nom de Iahvé, sans distinction de sexe ni d’âge. L’incendie et le pillage accompagnaient l’effusion du sang.
Après la prise de Jéricho, dit le livre de Josué, « ils passèrent au fil de l’épée tout ce qui était dans la ville, depuis l’homme jusqu’à la femme, depuis l’enfant jusqu’au vieillard, même jusqu’au bœuf, au menu bétail et à l’âne..-. Puis ils brûlèrent la ville et tout ce qui y était; ils mirent seulement l’argent et l’or, et les vaisseaux d’airain et de fer au trésor de la maison de Iahvé. »
L’esclavage était pratiqué chez les Juifs sur une large échelle, mais, de même que chez tous les Orientaux, la situation de l’esclave n’avait rien d’intolérable. L’esclave de race israélite était traité comme un membre de la famille, et, au bout de sept années, il avait le droit de choisir s’il voulait reprendre sa liberté ou demeurer dans la servitude. Au cas où, par inquiétude du lendemain, par
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incapacité de se suffire à lui-même, par affection pour de bons maîtres, il prenait le second parti, il devenait alors esclave pour sa vie tout entière.
S’il se décidait à partir, on ne devait point le renvoyer sans ressources.
« Quand tu le renverras libre d’avec toi, » dit le Deutéronome, « tu ne le renverras point à vide ; mais tu ne manqueras point de le charger de quelque