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FIG. 392. — NOMADES DES BORDS DU JOURDAIN

Le hasard m’ayant mis pendant, mon séjour en Palestine, en présence d’une des tribus nomades qu’on rencontre entre le désert et le Jourdain, j’ai profité de l’occasion pour photographier les types les plus intéressants. Cette planche est une. copie de l'une de ces photographies.

déisme de leur primitive existence avec l’affirmation d’un Dieu unique proclamé par eux plus tard.

Certes, l’Élohim nébuleux, sans sexe et sans nom, à la fois unique et multiple des anciens âges, se rapproche plus du Dieu universel des grandes religions modernes que ne s’en rapproche l’atroce Iahvé, ruisselant du sang des peuples massacrés et de la graisse des sacrifices, protecteur étroit d’une misérable petite peuplade, frère de Moloch et de Baal.

Il serait difficile d’ailleurs de s’étendre longuement sur la religion tout à fait primitive des Juifs, car c’est presque seulement par les peuples sémitiques du Sud que nous pouvons la juger, c’està-dire par ceux de cette race qui n’ont pas subi d’influence étrangère.

Aussi loin que nous remontions dans l’histoire des Sémites du Nord (Ammonites, Ismaélites, Juifs), nous ne pouvons connaître leur religion que postérieurement à leur séjour en Mésopotamie, et déjà marqué parle sceau indélébile de la pensée chaldéenne.

Le polythéisme de l’Asie éclate dès les temps les plus reculés de l’histoire juive, et jusque dans la famille d’Abraham. Ce sont trois êtres divins qui annoncent à ce patriarche la destruction de Sodome. Rachel, en quittant la maison paternelle, emporte les idoles de Laban.

On voit également, dès cette époque, par l’histoire d’Isaac, l’existence des sacrifices humains, qui durèrent si longtemps en Israël.

Le séjour en Égypte laissa très peu de traces dans la religion des Hébreux. C’est probablement à tort qu’on a voulu voir un souvenir d’Hâpis dans le veau d’or.

Lejeune taureau, emblème de la force mâle, fut répandu dans toute l’Asie et était d’origine chaldéenne. Bien longtemps après l’Égypte, et alors qu’ils étaient le plus fortement imbus de toutes les idées religieuses de la Mésopotamie, les Israélites adorèrent des veaux de métal. C’était la forme préférée par laquelle ils symbolisaient Iahvé.

De l’Égypte, Israël ne prit que des détails tout extérieurs : le pectoral des prêtres, l’arche sainte ou naos portatif, qui renfermait Iahvé sous la figure de deux pierres.

On se rappelle qu’en Égypte le Pharaon, égal aux .dieux, avait seul le droit d’ouvrir le naos et de contempler l’emblème mystérieux et terrible.

En Judée, le grand-prêtre seul pénétrait, une fois l’an, dans le Saint des saints où se trouvait l’arche.

Ce coffre sacré portait malheur à celui qui osait le toucher. Les Philistins, qui l’avaient emporté dans leur butin, furent frappés de maux terribles jusqu’à ce qu’ils l’eussent rendu. Un officier de

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David, croyant que l’arche tombait et voulant la soutenir, expira sur-le-champ.

C’est à ces superstitions que se borna tout ce qu’Israël sut emprunter à la grande civilisation égyptienne, beaucoup trop élevée pour lui. Il les abandonna avec toutes les autres, au fur et à mesure qu’il s’imprégna des croyances asiatiques. La dernière mention de l’arche faite par les livres hébreux se trouve dans Jérémie. Parlant du triomphe d’un dieu unique et*spirituel en Israël, le prophète ajoute :

« En ces jours-là on ne dira plus : l’arche de l’alliance de l’Éternel; et elle ne leur reviendra plus dans l’esprit, ils n’en feront plus mention, et ils ne la visiteront plus, et cela ne se fera plus. »

La religion, ou plutôt les nombreux cultes que pratiqua Israël depuis son établissement en Palestine jusqu’au retour de la captivité, avaient pris naissance dans le bassin de l’Euphrate.

Les noms mêmes de ses divinités indiquent, pour la plupart, leur origine accadienne.

Élohim est un pluriel de El, qui désignait en Chaldée un dieu suprême. Bab-El , en Mésopotamie, veut dire : la porte d 'El, comme Béth-El, en Judée, veut dire la maison d 'El.

Le lieu où Jacob lutta contre Dieu fut appelé Péni-El , et lo patriarche lui-même prit désormais le nom d 'Isrci-El (plus fort que El).

Ashéra ou Astarté, la grande déesse voluptueuse que les Hébreux adoraient sur les hauts lieux, parmi les bocages, et en l’honneur de laquelle ils se livraient aux prostitutions sacrées, n’est autre qu’Istar, la Yénus babylonienne.

Le Baal qu’Israël donna longtemps pour rival à Iahvé et qui finit par se fondre avec lui, n’était pas le Bel chaldéen, mais il en descendait indirectement, ayant passé par la Phénicie, à qui les Hébreux l’empruntèrent.

Mais plus encore que les noms, signes tout extérieurs, le fond de la religion montre bien de quel centre de conceptions mythiques les croyances juives étaient émanées.

L’antique cosmogonie babylonienne, retrouvée dans les écrits cunéiformes, et dont l’invention fut antérieure de bien des siècles à

la Bible, s’est trouvée être semblable à celle de la Genèse qui n’en offre qu’une copie simplifiée.

L’idée babyloninne de la création du monde en six jours, c’està-dire par époques progressives, est d’ailleurs fort remarquable pour l’époque reculée où elle prit naissance. Ce n’est pas assurément un peuple sémite, avec ses conceptions vagues, qui aurait pu l’entrevoir.

L’espèce de logique qui se trouve dans les récits de la Genèse, la merveilleuse ingéniosité de leur composition, la puissance d’imagination qu’ils témoignent, dépassent aussi d’une façon incalculable les facultés des Béni-Israël.

L’Église vit un miracle dans l’éclosion de cette grandiose cosmogonie au sein d’une bande de nomades ignorants et grossiers, et en conclut naturellement qu’elle provenait d’une révélation divine.

Le miracle s’expliqua et l’hypothèse de la révélation s’évanouit, quand on retrouva tout le début de la Bible dans les écrits des sages chaldéens, écrits bien antérieurs à l’époque de l’Exode.

« Le pasteur nomade, dit avec raison M. Renan, n’eût pas inventé ces étonnants récits; mais il en a fait le succès. La cosmogonie chaldéenne n’aurait jamais conquis le monde sous la forme exubérante qu’elle avait dans les textes assyriens; la simplification qu’en fit le génie sémitique se trouva juste ce qu’il fallait à l’heure où l’esprit humain voulut des idées claires sur ce qu’on ne peut savoir clairement... Des monstruosités, qui seraient restées étouffées dans le fatras de l’Orient, sont devenues d’apparentes évidences. L’imagination nette et sobre d’Israël a fait ce miracle. Ce qui est grotesque dans Bérose a paru, dans les récits de la Bible, si vrai, si naturel, que notre crédulité occidentale y a vu de l’histoire, et a cru, en adoptant ces fables, rompre avec la mythologie. »

Ce n’est pas seulement dans la Genèse qu’on rencontre les mythes chaldéens. Leurs traces se retrouvent, bien que moins distinctes, dans des livres postérieurs. Dans celui des Juges, l’histoire de Samson en est un exemple.

Samson, avec sa prodigieuse force, ses exploits accomplis par des moyens très simples, représente l’Hercule israélite. Or, Hercule est d’origine babylonienne. Son type est ce fameux Ninib, le colosse assyro-accadien qui étouffe un lion d’une seul main. Samson aussi déchire un lion avec les mains. Son nom d’ailleurs, non pas

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toire de Tammouz, ce divin fils d’Istar que la déesse va chercher jusqu’au fond des enfers.

La mort de Tammouz, qui devint l’Adonis des Grecs, représentait la fin du printemps. Le beau jeune dieu mourait tous les ans, pour renaître après chaque hiver. Lorsque les premières ardeurs de l’été annonçaient qu’il n’était plus, on le pleurait solennellement. Les femmes surtout célébraient les rites funèbres et se lamentaient sur son sort.

Samson, mais Schimeschon, signifie «soleil». C’est un demi-dieu solaire, comme il en existait beaucoup sur les bords de l’Euphrate.

Nous n’avons pas le loisir d’exposer ici les découvertes de l’exégèse moderne sur ces questions. Nous nous bornerons à mentionner encore un des emprunts faits par les Juifs aux cultes de la Ghaldée.

L’une des fables qu’Israël adopta le plus volontiers, c’est l’his—

Ce village est célèbre parmi les chrétiens pour avoir été souvent visité par Jésus. On y montre encore la place supposée de la maison de Marthe et de Marie.

Ezéchiel dit qu’encore de son temps, on voyait dans le temple de l’Éternel « des femmes qui pleuraient Tammouz. »

Examinons maintenant sans trop entrer dans les détails le caractère et les attributs des principales divinités d’Israël.

Ces divinités — Iahvé, Baal, Ashéra — avaient comme toutes celles de la Chaldée, une nature et des attributs planétaires, atmosphériques ou solaires.

L’impression profonde, ineffaçable que firent sur les premiers habitants de la Mésopotamie, l’aspect d’un ciel resplendissant, toujours pur, et les étranges phénomènes de brusques et effroyables orages, se transmit à tous les Sémites qui séjournèrent dans cette contrée.

L’adoration directe du soleil, de la lune et des étoiles, subsista longtemps chez tous les peuples de la Syrie, les Israélites notamment.

A l’époque d’Ezéchiel, vers les derniers jours du royaume de Juda, on pouvait voir, dans le temple même de Jérusalem, des Juifs qui, le visage tourné vers l’orient, se prosternaient devant le soleil.

Le culte solaire se confondait alors avec celui des animaux, car, sur les murs mêmes du sanctuaire de Iahvé étaient peints, à ce que rapporte le prophète : « toutes sortes de figures de reptiles, et de bêtes, et de choses abominables, et tous les dieux infâmes de la maison d’Israël. »

La grande réforme iahvéiste du roi Josias avait cependant, peu d’années auparavant, débarrassé le temple des idoles qui l’encombraient.

Ce prince en avait retiré, nous disent les Rois :

« Tous les ustensiles qui avaient été faits pour Baal et pour Ashéra et pour toute l’armée des cieux... et il avait aboli les encensements à Baal, au soleil, à la lune, aux astres et à toute l’armée des cieux. »

« Il ôta aussi de l’entrée de la maison de Iahvé les chevaux que les rois de Juda avaient consacrés au soleil, et il brûla les chariots du soleil. »

Mais le peuple d’Israël était trop profondément plongé alors dans le polythéisme pour que la volonté d’un roi ou les discours d’un prophète pussent l’en arracher.

Une de ses idoles préférées était l’horrible Moloch, dieu du feu.

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représenté par des statues d’airain, dans les bras chauffés au rouge desquelles on plaçait de petits enfants.

Le pieux Josias combattit également cette cruelle superstition :

« Il profana aussi Topheth, qui était dans la vallée du fils de Hinnom, dit la Bible, afin qu’il ne servit plus à personne pour y faire passer son fils ou sa fille par le feu de Moloch. »

Moloch était le dieu du feu malfaisant. Il représentait la foudre qui incendie les moissons, et les ardeurs du soleil dévorant qui stérilise les plaines. C’était un dieu redoutable, qu’il fallait toujours apaiser.

Baal, au contraire, personnifiait le soleil bienfaisant, qui faisait mûrir les fruits de la terre et rougir la grappe parfumée parmi la verdure des pampres. C’était un dieu particulièrement [adoré des Phéniciens et que la Sidonienne Jézabel surtout mit en honneur chez les Hébreux.

Lors d’une grande sécheresse, survenue sous le règne d’Achab, mari de cette princesse, Élie, prophète de Iahvé et les prêtres de Baal luttèrent pour savoir lequel de leurs dieux ferait descendre la pluie et rendrait aux champs leur verdure. La prière d’Élie parut avoir plus d’effet que celle de ses rivaux, ce qui mécontenta fort la reine Jézabel.

Quant à Aschéra — l’Astarté des Phéniciens, l’Istar ou la Mylitta de Babylone — elle eut, par les rites voluptueux de son culte, un succès considérable chez les fils lascifs d’Israël.

Ses autels se dressaient sur les collines, au-dessus des plaines brûlantes, dans un air vif et frais, à l’abri des moustiques infestant les régions basses. On les entourait de bois d’oliviers, où gémissaient sans cesse d’amoureuses tourterelles. Des jeunes filles, dont le beau corps constituait le vivant holocauste constamment préparé pour être brûlé par les feux de la déesse de l’amour, passaient leurs jours à broder des tentes pour le bocage et les nuits à satisfaire les fidèles qui y accouraient en foule.

Un pieu fiché enterre, grossier symbole phallique, suffisait pour évoquer l’idée d’ Aschéra et consacrer un bocage.

Ces prostitutions sacrées prenaient un caractère répugnant lorsque, dans la nuit épaisse et tentatrice du bocage, c’étaient, non

plus des femmes, mais des eunuques qui se vendaient aux fidèles. Malgré le qualificatif de « chiens » que leur donnent les prophètes et la défense de consacrer à Ialivé le salaire de ces impurs, les fils d’Israël ne renoncèrent jamais à leurs rapports avec eux. C’est en raison de ces turpitudes que les prophètes Isaïe, Jérémie, et surtout Ezéchiel, appliquent à Jérusalem l’épithète de prostituée insatiable de luxure.

« Tu t’es confiée en ta beauté, » dit Iahvé à la ville coupable, « et tu t’es prostituée à cause de ta renommée, et tu as poussé ta prostitution jusqu’à lo livrera tout passant. »

« Et tu as pris de tes vêtements, -et tu t’en es fait des vêtements de diverses couleurs pour tes hauts lieux, tels qu’il n’y en a point et n’y en aura point de semblables, et tu t’y es prostituée. »

Ce Ialivé, qui montra tant de jalousie pour les idoles rivales, fut le dieu dont les prophètes ou nabis se servirent pour ramener Israël à l’idée sémitique du monothéisme.

Ils le choisirent pour la raison très simple qu’il était le dieu national, et que, personnification du peuple, arbitre de la bonne et de la mauvaise fortune des Béni-Israël, il avait plus de chances que tes autres d’être uniquement accepté.

Iahvé était né au Sinaï, de la terreur causée aux descendants d’Israël par le spectacle des effrayants orages de montagnes, inconnus dans la vallée du Nil.

Il fut d’abord pour eux simplement le dieu de l’atmosphère. La foudre, les vents, les nuages étaient ses coursiers, ses messagers, ses emblèmes.

Sa présence dans l’arche était représentée par deux pierres — • -ans doute des aérolithes tombés au désert, sous l’œil d’Israël stupéfait.

La colonne de fumée et la colonne de flamme qui guidaient le peuple dans la solitude — effets du vent jouant dans les sables — furent encore des signes par lesquels se manifesta Iahvé.

Dans tous les livres de la Bible, même les moins anciens, les phénomènes atmosphériques accompagnèrent et annoncèrent toujours ce dieu.

Elie le fait descendre sur l’autel sous forme de flamme ; il le

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rencontre au mont Carmel, qui passait dans un léger souffle; Job entend sortir d’un tourbillon la parole de Iahvé.

Le psaume xviii raconte ainsi l’apparition de ce dieu de l’atmosphère :

« Une fumée montait de ses narines et de sa bouche un feu dévorant, tellement que des charbons en étaient embrasés. »

« Il abaissa les cieux et descendit, ayant une obscurité sous ses pieds. »

photographie.

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