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FIG. 394. — BÉDOUINS NOMADES DE LA PALESTINE

C’est aux environs de Jéricho que j’ai eu l’occasion de photographier la tribu de nomades dont la photogravure ci-dessus donne les types les plus curieux.

« Et il était monté sur un kérubim, et il volait ; il était porté sur les ailes du vent. »

« Il mit autour de lui les ténèbres pour sa retraite, comme une tente ; les ténèbres des eaux qui sont les nuées de l’air. »

« De la splendeur qui était devant lui les nuées furent écartées, et il y avait de la grêle et des charbons de feu. »

« Et Iahvé tonna des cieux, et il jeta sa voix avec de la grêle et des charbons de feu. »

Ce dieu, créé par la terreur du désert, finit par être considéré en Israël comme un dieu particulier à ce peuple, une sorte de propriété nationale.

C’était un usage général en Asie, de même d’ailleurs en Égypte et chez tous les anciens peuples, que chaque ville, chaque tribu, tout en reconnaissant une foule de dieux, eût son dieu spécial, tutélaire : Moab avait Kamos; Tyr, Melqarth; les Philistins, Dagon; Israël eut Iahvé.

Jusqu’à la captivité, Israël, même dans l’idée de ses prophètes les plus imbus de monothéisme, n’adora pas un dieu qui pût jamais devenir celui des autres nations. Les réformes des nabis eurent toujours un caractère exclusivement local. Tout ce qu’ils demandaient, c’était de faire prédominer en Israël le culte de Iahvé aux dépens des idoles étrangères. Quant à rêver d’un dieu éternel, universel, nul n’y songea en Palestine, avant Isaïe, Jérémie, les grands prophètes de l’exil, qui entrevirent à peine cette glorieuse synthèse.

Tout en défendant la suprématie de Iahvé, les livres juifs ne contestent nullement l’existence des dieux étrangers.

« Quel est, dit le Deutéronome, la nation si grande, qui ait ses dieux près de soi, comme nous avons Iahvé près de nous chaque fois que nous l’invoquons ? »

Ce même Deutéronome ordonne aux Israélites de détruire de fond en comble les villes, les lieux de culte, les idoles des peuples qu’ils vaincront, afin de ne pas être obligés de servir les dieux des pays étrangers; car, sans cette destruction, il allait de soi qu’en prenant la terre, on adoptait également les divinités qui y habitaient.

Iahvé devint donc le dieu national des Israélites. Mais, malgré son naturel jaloux, il lui fallut vivre en bonne intelligence avec une foule de dieux, de déesses, d’animaux sacrés, — tels que le veau, le serpent, — jusqu’à ce que l’évolution religieuse d’Israël eût ramené la race à ses tendances premières, faussées par le séjour en Mésopotamie, c’est-à-dire au monothéisme sémitique.

Ce Iahvé était particulièrement féroce. Quand le sang ne ruisselait pas, quand la graisse ne fumait pas sur l’autel, il n’était pas satisfait.

On lui offrait de monstrueux sacrifices. Salomon égorgea en une seule fois tant de taureaux et de moutons que l’autel d’airain sur lequel on les immolait ordinairement se trouva trop petit, et que le roi s’installa au milieu du grand parvis, tuant ou faisant tuer sans

LA CIVILISATION JUIVE

relâche pendant toute une semaine. Suivant les chroniques, il massacra ainsi vingt-deux mille taureaux et cent vingt mille brebis ' pour satisfaire les instincts sanguinaires de son dieu.

Ce n’était pas seulement de sacrifices d’animaux que se contentait Iahvé, il lui fallait aussi des sacrifices humains, et la coutume s’en prolongea fort tard chez Israël. Jephté sacrifia sa propre fille; Abraham faillit sacrifier son fils. Samuel sacrifia Agag, roi des Amalécites, qu’il fit mettre en pièces devant Iahvé à Guilgal.

Le caractère particulièrement sanguinaire de Iahvé se reconnaît dans la plupart des prescriptions qu’il fait à son peuple.

« Quant tu entreras dans une ville, » dit-il à la nation élue, « tu ne manqueras pas de faire passer les habitants de cette ville au fil de l’épée, et tu les détruiras, à la façon de l’interdit, avec tout ce qui y sera, faisant même passer ses bêtes au fil de l’épée. »

Et c’est pourtant cette effroyable idole que le doux Jésus appelait « mon père », et devant laquelle les tendres femmes chrétiennes font depuis tant de siècles joindre les mains de leurs petits enfants!

Cependant, par une sorte d’instinct, ce n’est pas le nom de Jéhovah, traduction de Iahvé, que le christianisme emploie de préférence. Le Seigneur est un terme plus généralement adopté. Il est grandiose et vague comme l’Élohim des patriarches.

Suivre pas à pas la longue évolution qui, lentement, année par année, siècle après siècle, a transformé le Iahvé du Sinaï, le dieufoudre représenté par deux aréolithes, et l’a fait devenir d’abord l’idole sanglante, gorgée d’hécatombes de David et de Salomon, puis l’Éternel d’Isaïe, qui déjà prétend au règne universel, et enfin le père du Christ, en la nature duquel se confondait le doux Réformateur, serait une tâche trop longue pour que nous puissions essayer de l’entreprendre ici; nous n’indiquerons pas davantage comment naquirent et se développèrent certains dogmes du christianisme, tels que la résurrection et la vie future sur laquelle la Bible est à peu près muette. La mort ne fut jamais pour les Juifs qu’un lourd sommeil sans réveil. Ce n’était pas dans une vie future, mais dans l’application dès ici-bas d’une loi sévère, que devaient se réaliser les menaces et promesses de Iahvé.

La religion polythéiste des Juifs, telle que nous venons de la

décrire, subsista avec ses nombreux cultes, ses rites multiples, ses mythes touffus, jusqu’à l’époque de la captivité.

Puis un pas tellement brusque semble être fait vers le monothéisme qu’on pourrait se croire en présence, non pas d’une évolution régulière, mais d’une véritable révolution.

Une telle lacune ne pouvait se manifester ni dans l’histoire ni dans la pensée d’Israël. Elle est tout entière dans ses livres sacrés.

La Bible est un livre composé à des époques fort diverses ; elle est pleine de raccords, de mélanges, de récits arrangés, faits après coup. La haute poésie spiritualiste d’Isaïe suit de trop près par sa date et par sa place dans l’Ancien Testament le polythéisme et les récits barbares des vieux âges. Il y a là sans doute une lacune de plusieurs siècles que les documents bibliques ne permettent pas de combler.

Nous n’avons pas à rechercher ici comment elle pourrait l’être. Nous avons suivi les Juifs jusqu’à l’époque où ils cessèrent de former une nation et nous ne peindrons pas les transformations que subit leur pensée dans la suite des âges. Nous avons suffisamment montré par quelle évolution les doctrines chaldéennes, adoptées par un peuple nouveau, devinrent la religion juive. Ce serait dépasser les limites de cet ouvrage que de montrer comment cette religion juive, dérivée des croyances chaldéennes, devint, en s’associant à la mythologie aryenne, la grande religion qui a régi les nations civilisées de l’Europe pendant près de deux mille ans.

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