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FIG. 397. — KEFR BIRIM (GALILÉE

Buines supposées juives, mais appartenant réellement à la période gréco-romaine.

faisant les convoitises, les instincts secrets d’un peuple sensuel, lui apprirent la valeur de tous les biens de la terre et le rendirent circonspect, habile, intéressé, âpre au gain, assez étroit dans ses horizons et peu disposé à sacrifier le bénéfice du moment présent pour les bienfaits incertains d’une vie à venir et d’un Dieu rémunérateur.

« ... L’imprudent croit tout ce qu’on lui dit; l’homme prudent considère tous ses pas. »

« ... Le sage craint et se détourne du mal: l’insensé passe outre et se croit en sûreté. »

« ... Le pauvre sera odieux à ses proches mêmes; mais les riches auront beaucoup d’amis. »

« ... Où l’on travaille beaucoup, là est l’abondance; mais où l’on parle beaucoup, l’indigence se trouve souvent. »

«... Allez à la fourmi, paresseux, considérez sa conduite et apprenez à devenir sage. »

« ... La main relâchée produit l’indigence; la main des forts acquiert les richesses. »

« ... Celui qui amasse pendant la moisson est sage; mais celui qui dort pendant l’été est un enfant de confusion. »

« ... Il y a une voie qui paraît droite à l’homme, dont la fin néanmoins conduit à la mort, car l’âme de celui qui travaille, travaille pour sa propre vie. »

Les Proverbes préconisent une certaine sagesse, qui n’est guère que la prudence mondaine, mais qui parfois semble encore assez élevée, comme dans cette phrase :

« Peu avec la justice vaut mieux que de grands biens avec l’iniquité. »

Mais l’Ecclésiaste est plus franchement sceptique :

« J’ai dit en moi -même : Si je dois mourir aussi bien que l’insensé, que me servira de m’être plus appliqué à la sagesse ? Et m’étant entretenu de ceci en mon esprit, j’ai reconnu qu’il y avait en cela même de la vanité. »

L’Ecclésiaste, par une erreur presque incompréhensible, a été confondu avec le roi Salomon. Rien n’est plus éloigné de ce que nous connaissons de la vie et du caractère de ce monarque que ne l’est ce livre amer et profond. Si l’auteur met ses paroles dans la bouche d’un roi puissant, c’est par une fiction fréquente en littérature. 11 en a voulu doubler le poids. Pour se dire désabusé de tout en ce monde, il faut avoir tout connu, la fortune, le pouvoir, l’éclat du trône, la pompe des cours et l’adulation des hommes.

« J’ai été roi », dit l’Ecclésiaste, « ... je me suis accru, je me suis agrandi plus que tous mes prédécesseurs... Je me suis amassé de l’argent et de l’or, et de précieux joyaux et des provinces... Je n’ai rien refusé à mes yeux de tout ce qu’ils ont demandé, et je n’ai épargné aucune joie à mon cœur. »

Non seulement l’Ecclésiaste a possédé tous les biens que l’ambition la plus insatiable peut désirer, mais encore il a été doué d’une

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vaste intelligence. Il a connu les austères voluptés que procure la science; il a pénétré jusqu’au fond de la sagesse humaine.

« Mon cœur a vu beaucoup de sagesse et de science, dit-il; j’ai appliqué mon cœur à connaître les erreurs et la folie. »

Le héros du livre, qui en est aussi l’auteur, est accompli. Rien ne lui manque. Tout ce qui, soit intellectuellement, soit physiquement, peut donner à l’homme ce qu’on est convenu d’appeler le bonheur, l’Ecclésiaste le possède.

Et voilà qu’au faîte du pouvoir, au sommet de la science humaine, au sein des voluptés les plus exquises, il fait un retour sur soi-même, il s’interroge.

A-t-il rempli le but pour lequel il est sur la terre ? Connaît-il seulement ce but? Quel est le fond de toutes choses? Est-ce la joie? L’Ecclésiaste est-il heureux ?

«Voici», dit-il, «j’ai pensé en mon cœur sur l’état des hommes, que Dieu leur fera connaître, et ils verront qu’ils ne sont que des bêtes.

« Car l’accident qui arrive aux hommes et l’accident qui arrive aux bêtes est un même accident; telle qu’est la mort de l’un, telle est la mort de l’autre, et ils ont tous un même ‘souffle, et l’homme n’a point d’avantage sur la bête, car tout est vanité.

«'Tout va en un même lieu; tout a été fait de la poussière et tout retourne dans la poussière. »

Mais il n’en est pas tout à fait ainsi : l’homme n’est point complètement semblable à la bête, car celle-ci mange, boit, jouit de tous ses sens, et meurt dans une inconscience sereine. Tandis que l’être humain porte en soi le germe d’un tourment immortel et mystérieux.

Et l’Ecclésiaste qui, plus que tous a connu cette angoisse étrange, cette invincible aspiration, celte inquiétude du néant, s’écrie avec une indicible amertume :

« Où il y a abondance de science, il y a abondance de chagrin ; et celui qui s'amasse de la science, s'amasse de la douleur. »

Toute la morale de l’auteur, le seul conseil qu’il donne, c’est, s’il nous est possible, de nous rapprocher de la brute inconsciente et tranquille, de chasser à jamais de notre âme le souci de ce qui est juste, infini, éternel, de fermer nos yeux, de boucher nos

oreilles, d’étouffer le cri désespéré de notre cœur, et de jouir des seuls bien tangibles et palpables, ceux qui peuvent satisfaire notre chair ou flatter notre orgueil.

« Il n’y a rien de meilleur pour l’homme que de manger et de boire et de se réjouir; c’est ce qui demeurera de son travail durant les jours de sa vie, que Dieu lui donne sous le soleil. »

... «Certainement, les vivants savent qu’ils mourront, mais les morts ne savent rien et ne gagnent plus rien; car leur mémoire est mise en oubli. »

« Aussi leur amour, leur haine, leur envie a déjà péri, et ils n’ont plus aucune part au monde, dans tout ce qui se fait sous le soleil. »

« Va donc, mange ton pain avec joie, et bois gaiement ton vin, .que tes vêtements soient blancs en tous temps, et que le parfum ne manque point sur ta tête. »

« Vis joyeusement tous les jours de ta vie avec la femme que tu as aimée..., car c'est là ta portion dans ta vie..., et dans le sépulcre où tu vas, il n”y a ni œuvre, ni discours, ni science, ni sagesse. »

Voilà les conseils que donne l’Ecclésiaste, et, dans l’accent dont il’les donne, on voit qu’il envie ardemment ceux qui pourront les suivre.

Car lui, plus que tout autre, il se sent étreint parles angoisses, par les aspirations qu’il combat, qu’il écrase et qu’il raille avec une si implacable froideur. 11 a l’horreur de ce néant. qu’il aperçoit avec une épouvantable clairvoyance. Les joies matérielles qu’il préconise, il n’a jamais pu les goûter en paix. Elles ont été empoisonnées pour lui par l’éternel pourquoi qui torture depuis tant de siècles les plus nobles âmes.

« J’ai dit touchant le rire: Il est insensé; et touchant la joie: de quoi sert-elle ?

... « 11 m’arrivera comme à l’insensé. Pourquoi donc alors ai-je été plus sage? C’est pourquoi j’ai dit en mon cœur que cela aussi est une vanité. »

« La mémoire du sage ne sera point éternelle, non plus que celle de l’insensé, parce que dans les jours à venir tout sera oublié. Et pourquoi le sage meurt-il de même que l’insensé? »

« C’est pourquoi j’ai haï cette vie, à cause que les choses qui se sont faites sous le soleil m’ont déplu, parce que tout est vanité et tourment d’esprit. »

Les doctrines évolutionnistes qui enthousiasment les philosophes de notre époque ont été entrevues par l’Ecclésiaste, et n’orit pas consolé son incurable mélancolie.

Il s’est dit, lui aussi, que s’il ne recueillait pas ici-bas tout le fruit

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de ses œuvres, il en léguait du moins l’héritage aux générations futures; qu’il ne périrait pas tout entier, puisque sa pensée lui survivrait; que, si l’individu est anéanti, l’humanité, elle, continue à vivre, à progresser, et que, dans cette œuvre grandiose, aucun effort n’est perdu, aucun ouvrier n’est trop humble.

Cette pensée n’a point suffi à compenser pour lui le déboire gigan tesque, la duperie de l’existence.

« J’ai haï, » dit-il, « tout mon travail qui a été fait sous le soleil, parce que je le laisserai à l’homme qui sera après moi. »

« Et qui sait s’il sera sage ou insensé ? Cependant il sera maître de tout mon travail auquel je me suis occupé, et de ce que j’ai fait avec prudence sous le soleil. Cela aussi est une vanité. »

Et voici la conclusion définitive de ce livre, le plus froidement pessimiste qui jamais ait été écrit:

« C’est pourquoi j’estime plus les morts qui sont déjà morts que les vivants qui sont encore en vie. »

« Même j’estime celui qui n’a pas encore été plus heureux que les uns et les autres, car il n’a point vu les méchantes actions qui se font sous le soleil. »

C’est là le dernier mot de l’Ecclésiaste, et il ne faudrait pas croire sorties de sa bouche les paroles finales qui, par une interpolation pieuse, ont été glissées comme conclusion à son livre, le démentant tout entier :

« Crains Dieu et garde ses commandements, car c’est là le tout de l'homme. »

Ce n’est pas une œuvre de résignation dévote, celle que nous venons d’analyser. Ce n’est pas non plus un cri de révolte impie. Non : la révolte, comme le reste, « est une vanité. » Ce n’est pas un blasphème. C’est pire que tout cela. Car dans la souffrance indignée, dans le blasphème, il y a la passion, la vie, et comme une espérance secrète, puisqu’on croit adresser ses paroles de colère à quelque être qui les entend.

Le livre de l’Ecclésiaste est une des plus amères négations que des lèvres mortelles aient jamais proférées. C’est l’hymne de désespérance des damnés. 11 pourrait servir d’épitaphe à la race humaine,

quand la terre dépeuplée aura enseveli sous son linceul de glace lo dernier de ses habitants.

Ce qui, jusqu’à nos jours, a voilé le froid réalisme, le pessimisme sombre, de ce livre immortel, c’est le sentiment pieux qui, depuis deux mille ans, travaille à défigurer la Bible. Lorsque, débarrassé de préjugés séculaires, on écoute l’Ecclésiaste, le cœur se serre d’une indicible angoisse. Quelle philosophie, quelle espérance résisterait à cette effroyable analyse?

Ce qui . soutient l’humanité au-dessus du néant, d’après le sombre écrivain, ce n’est pas la joie de vivre, c’est la curiosité :

« Tous les fleuves vont à la mer, et la mer n’en est point remplie... l’œil n’est jamais rassasié de voir ni l’oreille lasse d’ouïr. »

Et comme il n’est pas possible que ce sentiment même ne soit pas, lui aussi, creux, vide et sans fruit, l’Ecclésiaste ajoute :

« Ce qui a été, c’est ce qui sera ; ce qui a été fait, c’est ce qui se fex*a, et il n’y a rien de nouveau sous le soleil. »

« Y a-t-il quelque chose dont on puisse dire: Regarde, cela est nouveau? Il a déjà été dans les siècles qui ont été avant nous. »

Auprès de l’Ecclésiaste, le sombre livre de Job paraît presque doux et consolant.

Et cependant, l’affreuse détresse morale peinte dans toute la première partie de ce second ouvrage ne rencontre comme remède qu’une confiance aveugle en Dieu. Renoncer à chercher, renoncer à comprendre, se soumettre sans âpre curiosité, sans murmure, aux mystérieuses lois qui dirigent nos destinées, telle est d’après l’auteur la seule chance d’apaisement que nous puissions jamais obtenir.

Avec quel sang-froid, avec quelle obstination, avec quelle habileté, quelle clairvoyance profonde, ces grands pessimistes juifs ont sondé nos éternelles blessures !

Depuis plus de deux mille ans qu’ils ont parlé, la science n’a encore rien trouvé de bien précis à leur répondre?

L’illusion pieuse de Job, et l’illusion sensuelle de l’Ecclésiaste, se sont partagé les hommes pour les bercer, sinon pour les guérir.

' L’on n’a découvert rien de mieux pour entraîner l’humanité vers un avenir qui n’est peut-être pas fait pour elle.

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Le monde reste divisé encore entre les jouisseurs et les idéalistes, entre les disciples de l’Ecclésiaste et les disciples de Job.

En ce siècle quelques penseurs, fatigués de l’un et de l’autre chemin, ont recommencé à se poser les questions que débattirent si hardiment les deux écrivains hébreux.

Mais qu’est notre mélancolie auprès delà leur? Quel est le pessimiste moderne qui ait osé affirmer comme eux, sans détours, sans phrases, le néant des choses humaines? Où est celui qui a fermé aussi résolument à l’homme les portes de l’espérance?

De tels livres ne sont pas bons à lire. N’était le sentiment religieux qui les adoucit, et n’était l’admirable poésie qui les enveloppe, il faudrait les enfermer dans quelque caveau profond, accumuler sur eux les assises de quelque immense pyramide, pour empêcher leur voix amère de se faire entendre et de paralyser le cœur défaillant dé la vieille humanité.

Ce merveilleux et douloureux livre de Job est d’ailleurs, au point tle vue purement littéraire, un des chefs-d’œuvre de l’esprit

humain.

Il a l’allure d’un drame d’Eschyle; mais le poète grec lui-même ne s’est jamais soutenu si longtemps dans les régions du sublime. Aucune œuvre, si élevée qu’elle soit, ne peut présenter une plus complète unité.

Il y a cinq personnages dans le drame : Job, ses trois amis et

Dieu .

Nous ne parlons pas d’Elihu, dont tout le discours est une interpolation, introduite évidemment plus tard pour adoucir le caractère tragique du livre, avec lequel, du reste, il tranche absolument.

Job, c’est l’homme, l’homme qui souffre et qui demande pourquoi. Les trois amis ce sont les représentants de la fameuse doctrine Israélite qui prétend que Iahvé récompense les bons et punit les méchants, et que toute douleur suppose une faute antérieure.

Job n’a pas de peine à mettre cette doctrine à néant. Dans son indignation, il va même jusqu’à l’excès contraire et affirme que les méchants seuls prospèrent ici-bas.

« Pourquoi donc les impies vivent-ils si heureusement? » s'écrie-t-il. « Pourquoi sont-ils si élevés et si remplis de richesse? »

« Ils voient leur race fleurir et se conserver devant leurs yeux; ils sont environnés d’une grande troupe de leurs proches et de leurs petits-enfants. »

« Leurs maisons jouissent d’une paix profonde, et la verge de Dieu ne les touche point. »

Lorsque le dialogue entre Job et ses amis s’est prolongé suffisamment, Dieu apparaît, et déclare, dans un langage d’une remarquable poésie, que l’homme est trop ignorant, trop chétif pour l’interroger, et ne doit point chercher à pénétrer le mystère de ses voies.

La conclusion, sans doute, n’en est pas une, mais elle est la seule à laquelle un esprit religieux puisse parvenir. La science suprême de la vie et de la mort est cachée pour nous, et nous pouvons toujours dire d’elle avec Job ;

« Où trouvera-t-on la sagesse et quel est le lieu de l’intelligence? »

« L’abîme dit : Elle n’est point en moi; et la mer : Elle n’est point avec moi. »

« Elle est cachée aux yeux de ceux qui vivent; elle est inconnue aux oiseaux même du ciel. »

« La perdition et la mort ont dit : Nous en avons ouï parler. »

La conception du livre de Job n’est égalée, dans sa grandeur,, que par la beauté de la forme. Le langage est à la hauteur du sujet.

Il est impossible de détacher des passages de ce livre, qu’il faudrait citer tout entier.

Lorsque l’Éternel parle et décrit les merveilles de la nature qu’il a créée, on croit entendre en effet comme l’écho d’une voix divine.

L’immensité de l’univers, la splendeur des cieux étoilés, là majesté de l’Océan, la diversité infinie des plantes et des animaux, la beauté, la vigueur du cheval, la force et la fierté de l’aigle, sont rendues dans des descriptions aussi exactes que magnifiques.

Et il y a une grandeur dont l’effet est saisissant dans cette question que Dieu répète à l’homme chétif qui l’interroge :

Aurais-tu fait ces choses, et sais-tu seulement comment elles se sont faites ?

« ... Où étais-tu quand je jetais les fondements de la terre, et que les astres au matin me louaient tous ensemble? »

« ... Les portes de la mort te sont-elles ouvertes? Les as-tu vues, ces portes noires et ténébreuses ? »

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