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FIG. 398. — CASCADE DANS LE LIBAN

Les sommets du Liban fort dénudés aujourd’hui étaient couverts jadis de cèdres. C’est du Liban que Salomon fit venir les arbres employés dans la construction du temple de Jérusalem.

« ... Peux-tu commander aux tonnerres et partiront-ils à l’instant? et en. revenant ensuite te diront-ils : Nous voici. »

« Peux-tu joindre ensemble les étoiles brillantes des pléiades et détourner l’ourse de son cours? »

« ... As-tu donné la force au cheval?... Est-ce par ta sagesse que l’épervier se couvre de plumes, étendant ses ailes vers le Midi? »

La poésie lyrique des Hébreux, qui nous a laissé les Psaumes et tous les livres des grands et des petits prophètes, sans compter beaucoup de morceaux semés dans toutes les parties de l’Ancien Testament, est trop riche en œuvres pour que nous puissions l’apprécier autrement que dans ses caractères les plus généraux.

Elle est abondante, élevée, souvent sublime, fertile en images, d’une éloquence passionnée.

Les sujets religieux ne furent pas sa seule source d’inspiration. Elle célébra le vin, les femmes, la guerre, mais ce sont surtout les hymnes pieux qui ont été recueillis et qui nous sont restés.

Un des plus anciens monuments de la poésie hébraïque est le beau chant de guerre de Débora qui se trouve au livre des Juges.

Quant aux Psaumes, ils appartiennent à-des époques très diverses. David, à qui on les a longtemps attribués, fut sans nul doute un poète remarquable et fécond, mais il est impossible de savoir quels sont, parmi les chants hébreux, ceux dont il fut l’auteur. Le seul qui lui appartienne authentiquement est l’hymne funèbre qu’il composa après la mort de Saül et de Jonathan.

La poésie lyrique d’Israël est d’une grande magnificence. Elle dépasse beaucoup, dans son expression comme dans son inspiration générale, les compositions martiales ou galantes des autres Sémites et même des Arabes.

Elle n’est pas formée par des vers proprement dits, mais elle possède une cadence particulière résultant de ce qu’on a nommé le 'parallélisme des membres.

Chaque strophe, dans la poésie hébraïque, est divisée en deux membres de phrase, qui contiennent la même pensée exprimée par des mots presque semblables, de sorte qu’on croirait entendre dans le second comme l’écho du premier. Cet écho produit un effet très frappant, à la fois sur l’oreille et dans la pensée.

En voici un exemple. C’est un fragment de l’admirable psaume en :

LA CIVILISATION JUIVE

•• «Tahvé est miséricordieux et- plein 'de "tendresse — il est patient et tout rempli de miséricorde. »

« Il ne sera pas toujours en colère — il n’usera pas éternellement de menaces. »

« Il ne nous a pas traités selon nos péchés — il ne nous a pas punis selon la grandeur de nos iniquités. »

« Car autant le ciel est élevé au-dessus de la terre — autant a-t-il affermi sa miséricorde sur ceux qui le craignent. »

Ce parallélisme des membres, tout à fait particulier et très ■caractéristique chez les poètes hébreux, ne se retrouve pas chez les Arabes ou autres Sémites du Sud. On l’a rencontré, au contraire, dans quelques œuvres accadiennes de la plus haute antiquité. Il nous fournit donc une nouvelle preuve du séjour des Sémites du Nord dans la Mésopotamie, et nous montre un emprunt de plus fait par les Juifs à la Chaldée.

Le splendide épanouissement de la littérature hébraïque ne fut donc pas absolument spontané. Par sa forme, comme par ses conceptions religieuses, cette littérature se rattache à un très ancien foyer de culture oriental.

Le génie sémitique livré à lui-même n’aurait pas atteint à de telles hauteurs. L’âme du Sémite ressemble à son corps sec et nerveux : elle est nette, agile, ingénieuse, mais peu profonde et assez pauvre d’imagination.

Les choses entrevues jadis, les paroles écoutées dans des âges lointains sur les bords de l’Euphrate, hantèrent Israël à travers ■toute son histoire.

C’est en Chaldée qu’il avait puisé cette soif de connaître le commencement et la fin de tout, cette dévorante curiosité qui torturait les vieux mages.

S’il était resté sous sa tente, dans les plaines monotones de l’Arabie, il n’aurait point trouvé des accents pour ébranler, convaincre, enthousiasmer le monde.

Les prophètes juifs furent injustes envers Babylone.

Isaïe, lui annonçant sa destruction prochaine, s’écrie :

« Tous ces malheurs t’accableront à cause de la multitude de tes enchantements et de l’extrême dureté de tes enchanteurs. »

« Tu t’es tenue assurée dans ta malice. C’est ta science et ta sagesse même qui t’ont séduite. Tu as dit en ton cœur : Je suis souveraine, et il n’y en a point d’autre que moi. »

« Viens avec tes enchanteurs et avec tous tes secrets de magie, auxquels tu t’es appliquée avec tant de travail dès ta jeunesse. . »

« Que tes augures qui étudient le ciel, qui contemplent les astres, et qui comptent les mois pour en tirer les prédictions qu’ils veulent te donner de l’avenir, viennent maintenant, et qu’ils te sauvent. »

Cette raillerie semble dure dans la bouche d’un de ces grands poètes juifs, qui devaient tant à la Chaldée.

Les plus sublimes éclosions du génie humain ressemblent aux fleurs des arbres qui tirent toute leur beauté, toute leur fraîcheur, tout leur éclat, des noires racines lointaines, enfouies dans le sol ténébreux. L’arbre met de longues années à se développer; la fleur éclot en un jour. Elle aurait tort, la fière corolle, si elle méprisait le rameau rugueux qui la porte et sans lequel elle ne serait pas née.

Et nous qui, devant les effets les plus merveilleux, nous sommes donné pour tâche de remonter aux humbles causes, nous apercevons deux choses derrière la magnificence des poèmes hébreux : Nous apercevons d’abord la tente, au désert, si petite en face des monotones horizons infinis; puis nous voyons encore, sur le sommet des grands temples de la Chaldée, le mage pensif essayant d’arracher au ciel muet le secret de nos destinées.

C’est le souvenir de l’humble tente et du temple altier qui, en inspirant le poète juif, ont grossi la somme des rêves dont s’est enchantée l’humanité.

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