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LA RACE, LE MILIEU ET L’HISTOIRE

§ 1er. RÔLE DES PERSES DANS L’HISTOIRE DE LA CIVILISATION

Le rôle des Perses a été très grand dans l’histoire politique du monde, mais très faible dans l’histoire de la civilisation.

Pendant les deux siècles qu’a duré leur puissance, ils ont fondé un gigantesque empire; mais dans les sciences, les arts, l’industrie, la littérature, ils n’ont rien créé, et n’ont ainsi rien ajouté au trésor des connaissances amassées par les peuples auxquels ils succédaient.

L’avènement des Perses sur la scène de l’histoire est cependant d’une importance capitale et ouvre une ère nouvelle. Jusqu’à eux, en effet, le vieux monde avait été gouverné par des Sémites, tels que les Assyriens, ou par des demi-Sémites, tels que les Égyptiens. Avec les Perses, le génie aryen fait son apparition dans l’histoire. Il commence à mettre en œuvre tous les matériaux de civilisation qu’il n’a pas découverts, mais auxquels il sait donner un développement immense. Il renouvelle la sève des races vieillies, et grandit peu à peu, jusqu’à ce qu’il atteigne son apogée avec les Grecs, ces héritiers de l’antique Asie.

Au moment où la monarchie babylonienne s’écroule sous les

coups des Perses dirigés par Cyrus, le rôle des Sémites est provisoirement fini.

Mille ans plus tard, avec les Arabes, cette race semblera de nouveau prendre la tête de la marche en avant poursuivie par l’humanité. Mais la civilisation que propageront les disciples de Mahomet n’aura rien de sémitique. Elle sera le legs direct des Grecs et des Romains, dont les Arabes ne seront que les continuateurs.

Ces Sémites, sortis de leurs déserts à la voix de Mahomet, feront pour l’œuvre aryenne d’Athènes et de Rome, ce que les Perses aryens avaient fait pour l’œuvre sémite de Ninive et de Babylone.

Les Perses furent donc des propagateurs et non des créateurs. Leur rôle, au point de vue de la civilisation, ayant été très faible, le lecteur ne doit pas s’attendre à nous voir entrer, en parlant d’eux, dans des développements analogues à ceux que comportaient les civilisations de l’Égypte et de la Mésopotamie.

L’apport réel des Perses dans le fonds commun du progrès humain est si minime que nous eussions pu réduire encore les pages que nous allons leur consacrer.

Bien des conjectures ont été émises sur l’origine de la race aryenne, dont descendent la plupart des nations peuplant l’Asie antérieure et l’Europe, des bords du Gange à ceux de la Tamise.

Ses débuts ne sont pourtant pas plus obscurs que ceux des Kouschites et des Sémites. Tous ces grands rameaux du genre humain se sont détachés d’un tronc primitif, ou se sont développés séparément, à une époque tellement lointaine qu’il nous est impossible d’en percer la nuit épaisse.

On s’est passionné tout particulièrement pour les Aryens, parce que, dès que cette race a paru sur la scène du monde, elle y a joué le rôle prépondérant ; parce qu’ aujourd’hui encore elle distance de bien loin toutes les autres dans la voie du progrès, et enfin parce que c’est d’elle que nous nous croyons descendus.

Aussi loin qu’on puisse retrouver sa trace, on la voit établie au

LES PERSES ET LES MÈDES

centre du continent asiatique, errant sous forme de tribus à la fois agricoles et guerrières dans les grandes plaines traversées par l’Iaxarte et l’Oxus — le Syr-Daria et l’Amou-Daria de nos jours.

C’est de là, semble-t-il, que par lentes et progressives poussées, elle aurait débordé sur l’Occident.

Son exode se serait accomplie graduellement, correspondant à l’accroissement de la population, et, de temps à aptre, brusquement précipitée par des invasions venues du Nord.

Pour s’épancher au delà des contrées qui peut-être lui ont servi de berceau, la race aryenne n’avait guère qu’une seule issue, lè grand isthme formé par le continent d’Asie entre la mer Caspienne et le golfe Persique.

Vers le nord, en effet, s’étendaient des steppes désolées, peu tentantes pour les peuples agricoles, et d’où s’échappaient d’ailleurs de temps à autres des torrents d’avides Touraniens, se dirigeant euxmêmes vers des terres plus fertiles.

A l’est se développait tout le système de montagnes énormes et de plateaux escarpés qui isolent l’Extrême-Orient du reste du monde. Au sud c’était la barrière plus redqutable encore de l’Himalaya.

Le côté occidental était donc le seul largement ouvert, et encore ne l’était-il que sur une largeur de 700 kilomètres à peine, puisque la mer Caspienne au nord et le golfe Persique au sud ne laissent entre eux que ce médiocre espace.

C’est précisément dans cet étranglement du continent asiatique que s’étend ce qu’on a appelé le plateau de l’Iran.

Les Aryens s’y établirent de bonne heure et s’en rendirent si bien maîtres qu’ils en prirent le nom. Les Iraniens, opposés aux Touraniens dans une lutte séculaire, ne sont autres que les Aryens disputant aux Scythes mongoliques les vallées fertiles de l’Asie centrale.

C’est environ trois mille ans avant notre ère que les Aryens envahirent les provinces iraniennes, refoulant les populations kouschites ou sémites qui s’y trouvaient. La lutte fut vive dans le nord, pour la possession de la riche Médie, où la population resta mélangée, tandis qu’au sud, sur les bords du golfe Persique, les Perses, pur rameau aryen, s’établissaient sans difficulté dans la région déserte et austère à laquelle ils ont donné leur nom.

Peu après que le gros de la race aryienne eut peuplé ces contrées, une nouvelle poussée se produisit qui fit franchir à une partie de ses tribus la barrière himalayenne elle-même.

Une invasion aryenne pénétra dans l’Inde par les passes de Kaboul, et s’établit dans les plaines de l’Indus où bientôt elle développa la civilisation védique.

Dès lors, le développement de la race fut double. Les Aryens de l’Iran et les Aryens de l’Inde suivirent une marche qui ne tarda pas à diverger (*).

Alors que les premiers devenaient des peuples guerriers, conquérants, et se trempaient pour les futurs triomphes dans la lutte contre les Touraniens et les Sémites, dans le conflit perpétuel produit par le choc des races sur l’étroite plate-forme centrale de l’Asie, les seconds asservissaient facilement les populations indiennes inférieures, conservaient plus longtemps leurs mœurs primitives, et, pour se maintenir les maîtres, s’organisaient en castes rigides. Tandis que les Iraniens, par la grande réforme de Zoroastre, adoptaient une religion arrêtée, distincte, fondée sur le principe du dualisme, les Aryens de l’Inde conservaient leur panthéisme vague et continuaient à offrir leurs pacifiques sacrifices aux mânes des aïeux et aux forces de la nature.

Le tableau de la civilisation védique, que nous avons tracé lon-

(*) Les mœurs des primitifs Aryens de l’Inde appartenant à ces temps demi-barbares qui ont précédé l’aurore des civilisations, nous n’avons pas à nous occuper d’eux dans une histoire des premières civilisations. Une autre raison nous a empêché de comprendre l’Inde dans cet ouvrage. Les invasions aryennes en Europe appartiennent aux temps préhistoriques; aucune ne s’est produite en Occident pendant l’âge de la civilisation. Rien n’indique d’ailleurs que la civilisation de l’Inde, très postérieure aux anciennes civilisations de l’Asie antérieure, et même de l’Europe, ait eu aucune influence sur elles. Comme la Chine et l’Amérique, l’Inde, séparée du reste du monde par de formidables barrières, s’est développée d’une façon à peu près indépendante. Contrairement aux préjugés qui se sont maintenus pendant longtemps, la civilisation de l’Inde est loin d’avoir une antiquité comparable à celle de l’Égypte ou de la Chaldée. Alors que les plus anciens monuments de l’Égypte sont de 5,000 ans antérieurs à notre ère, les plus vieux monuments de l’Inde ne remontent qu’au roi Asoka, c’est-à-dire à 250 ans environ avant J.-C. La civilisation de l’Inde ne se rattachant, pas plus que celle de la Chine, à aucune autre, doit être étudiée séparément. Il n’y aurait eu aucun intérêt à l’étudier dans un ouvrage consacré aux civilisations de l’Orient dont sont sorties, par une évolution régulière, toutes celles de l’Occident.

FIG. 399. — ESSAI DE RESTITUTION D’UNE SALLE D'UN PALAIS DE PERSÉPOLIS (V* SIÈCLE AVANT J.-C.).

Cette restitution, eiécutée d'après nos croquis par M. Kreutzberjrer. a été faite d'après les documents divers reproduits dans ce chapitre et ceux qui le suivent.

guement dans notre ouvrage : Les Civilisations de l'Inde, ne convient donc pas dans tous ses traits aux Aryens iraniens, et représenterait plutôt l’état où ils vivaient sur les bords de l’Oxus, avant la conquête de la Médie et de la Perse.

Pourtant les institutions primitives, les grands villages administrés par les anciens, les libertés cantonales, les mœurs agricoles, subsistèrent sans trop de changement jusqu’au jour où la menace de l’Assyrie contraignit les Mèdes à prendre un roi, et, pour les Perses, jusqu’au moment où le désir de secouer le joug des Mèdes les unit sous le commandement de Cyrus.

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