FIG. Â02. — COLONNES 1)’UN PALAIS DE PERSÉPOLIS
Les historiens qui racontèrent l’œuvre de cet homme remarquable, ne s’accordèrent pas sur la façon dont il est mort.
Xénophon le fait expirer dans son lit, Ctésias au cours d’une guerre en Bactriane, Hérodote dans une lutte malheureuse contre Thomyris, reine des Massagètes.
Son fils Gambyse, qui lui succéda, acheva l’œuvre de Cyrus en ajoutant l’Égypte à son immense empire.
Cette fois, le but prodigieux du berger perse était atteint. La conquête du monde antique était terminée.
Après une usurpation du mage Smerdis, qui se fit passer pour
le deuxième fils de Cyrus, et après la mort de Gambyse, le trône de Perse se trouva occupé par Darius Ier.
C’était l’homme le mieux fait pour organiser les gigantesques États que Cyrus et Cambyse avaient réunis par la force sans les plier encore sous une même direction politique. Nous verrons comment il sut gouverner les peuples si divers de son empire en leur laissant leurs coutumes, leurs mœurs et leurs lois.
Les puissants monarques perses, qui tous suivirent l’exemple de Darius, appliquèrent les premiers cette politique large et éclairée, qui devait si bien réussir plus tard, d’abord aux Romains, puis aux Anglais dans l’Inde.
Alexandre, qui méconnut l’importance de ce principe et voulut transformer en Grecs tous les peuples qu’il soumettait, ne poursuivit qu’une absurde utopie et ne fit qu’une œuvre éphémère.
Darius, tout en étant un prince organisateur, n’abandonna pas les traditions conquérantes des rois qui l’avaient précédé. Il pénétra dans l’Inde et s’empara d’une partie du Pundjab, dont il fit une satrapie nouvelle.
Puis, arrêté à l’Orient par les formidables barrières que la nature a dressées au cœur de l’Asie, il se retourna vers l’Europe, entreprit une expédition contre les Scythes, qui, quoique malheureuse, ne fut pas sans fruit, car elle amena la réunion de la Macédoine à l’Empire.
Ce moment marque l’apogée de la domination des Perses. C’est alors, en 492, que s’ouvre le drame des guerres médiques.
La Grèce, chétive et encore presque sans histoire, se dresse en face de la formidable Asie, la tient en échec, écrase et disperse à Salamine les dix-sept cent mille hommes de Xerxès, fils de Darius, et.va porter la guerre jusqu’au sein de l’empire.
Nous ne referons pas, après tant d’autres, le récit de Marathon, des Thermopyles, de Salamine, de Platée, de Mycale; ces noms sont écrits en traits ineffaçables dans la mémoire de l’humanité.
Non seulement la Grèce défendit victorieusement son indépendance contre les Perses, mais elle rendit la liberté à la Macédoine, à la Thrace, à ses colonies de l’Asie Mineure. Elle aida puissamment l’Égypte, qui, dès les premières défaites des Perses, s’était empressée de secouer le joug.
LES PERSES ET LES MÈDES
Les règnes de Xerxès Ier, fils de Darius, d’Artaxerxès Ier, de Xerxès II, de Darius II s’usèrent dans ces luttes.
Malgré les révoltes, les foyers de rébellion qui naissaient de toutes parts après chaque victoire des Grecs, le grand empire tenait encore. La puissante organisation que lui avait donnée Darius maintenait contre tant de nations impatientes, l’œuvre gigantesque de Cyrus.
Toutefois moins de deux siècles après Cyrus, la décadence de l’empire avait commencé.
Les causes de cette décadence furent celles qui se produisirent chez tous les grands empires asiatiques. Gréés par le génie d’un seul qui réunit tous les pouvoirs en sa personne, ils se dissocient aussitôt qu’ils n’ont plus un homme supérieur à leur tête. Les gouverneurs se révoltent, les populations profitent de l’occasion pour secouer le joug, l’anarchie devient générale, et de nouveaux envahisseurs peuvent s’emparer sans résistance de l’empire.
L’Asie d’ailleurs devenait bien vieille , la domination des Perses n’avait fait que continuer celles de Babylone et de Ninive. En héritant de leur puissance, ils avaient hérité de leur civilisation et de leur luxe. Les rudes guerriers de la Perse s’étaient amollis au contact d’une civilisation raffinée. Le vif et pur torrent de sang aryen apporté dans les veines du monde asiatique par les Môdes et par les Perses, n’était pas assez abondant pour y renouveler les sources de la vie. Il se perdait dans les artères desséchées et arides de peuples usés, qui avaient donné au monde tout ce qu’ils pouvaient donner et ne demandaient plus qu’à s’endormir dans la torpeur du néant.
La race aryenne, qui devait renouveler en Europe la sève de l’humanité, n’avait pu développer en Asie qu’un rameau vigoureux mais isolé, bientôt étouffé par une végétation empoisonnée et désormais stérile.
Déjà c’était de l’Occident que ces peuples attendaient la force et la vie. Les chefs des dernières armées de l’empire étaient des Grecs. C’est avec des Grecs à la tête de leurs troupes et de leurs flottes que 1 les derniers rois de Perse luttèrent contre les révoltes des provinces et les tentatives ambitieuses des satrapes.
Des tragédies de palais vinrent précipiter encore la ruine de la
monarchie de Cyrus. Artaxerxès III Okhos s’affermit sur le trône en massacrant tous les princes de sa famille. Il est lui-même empoisonné. Son successeur meurt également de mort violente après quelques semaines de règne.
Le dernier roi des Perses, Darius Godoman, monte sur le trône en 338 avant J.-C. Comme ses prédécesseurs, il est forcé de prendre les armes pour se défendre contre le péril qui grandissait toujours
D'après Flandin.