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INSTITUTIONS, MŒURS ET COUTUMES

Nous connaissons surtout les usages des Perses par les écrivains grecs : Ctésias, Hérodote, Xénophon, Diodore, Strabon. Le livre d’Esthernous a gardé le tableau fidèle de la cour du Grand Roi. Aucun détail politique, administratif, officiel, ne nous est inconnu. Mais il nous est difficile de pénétrer dans la vie privée des classes populaires, qui n’a guère laissé de souvenirs.

L’organisation politique de l’immense empire perse est une des plus remarquables de l’antiquité. Les Romains seuls et. les Anglais ont su, par des moyens identiques, établir des dominations aussi solides et aussi étendues.

Le principe fondamental sur lequel s’appuya Darius, fils d’Hystaspe, pour organiser les vastes conquêtes de ses prédécesseurs, fut de laisser à chaque pays ses coutumes, sa religion, sa langue, ses magistrats, et, jusqu’à un certain point, son autonomie.

Ce n’était pas, en effet, un état homogène que ce prince avait à diriger. De l’Indus au Nil et de la mer Noire au golfe Persique, cent peuples divers étaient établis, parlant au moins vingt langages différents. Les soumettre tous aux mêmes lois eût été une entreprise absurde autant que dangereuse, et dont le seul résultat aurait été de faire naître des résistances désespérées.

Darius ne demanda donc à ses nombreux sujets que des impôts réguliers, proportionnés aux ressources de chaque région, et des contingents militaires. Gomme autorité, il ne fit peser sur eux que celle qui lui parut strictement nécessaire pour obtenir avec sûreté ces aliments de sa puissance : de l’argent et des soldats.

Il eut soin, tout d’abord, de créer dans l’empire des divisions nouvelles destinées à séparer les peuples trop semblables et à dé-

LES PERSES ET LES MÈDES

traire les groupements par races et par nations. Ses États furent divisés en dix-neuf satrapies, auxquelles il en ajouta bientôt une vingtième, celle de l’Inde.

Deux satrapies privilégiées, sur le dévouement desquelles on pouvait compter, l’Arménie et le Pont, gardèrent comme gouverneurs leurs rois héréditaires. De petits royaumes, entre autres ceux de l’Indus, subsistèrent également à l’intérieur des autres satrapies, et c’est pourquoi le souverain tout-puissant, maître de ces nombreux monarques, porta le titre de Roi des Rois ou de Grand Roi.

Mais les peuples mêmes qui perdirent leurs chefs nationaux gardèrent, comme nous le disions, leur administration et leurs lois. Le satrape, loin d’imposer les règlements propres aux Perses, veillait soigneusement à l’application de ceux en usage dans la contrée qu’il gouvernait. Il n’exerçait de contrôle direct que pour la perception des impôts et la levée des troupes, ayant des fonctions à peu près identiques à celles des résidents anglais actuels auprès des rajahs de l’Hindoustan.

Les immenses revenus que les rois de Perse tiraient de leur empire ont été évalués à plus de 662 millions de notre monnaie. Ils étaient payés en lingots ou en dariques — monnaie frappée à l’effigie de Darius — ou encore en pièces portant le sceau des petits souverains particuliers, car le droit de battre monnaie est un de ceux que les conquérants avaient sagement respectés.

De nombreux tributs en nature s’ajoutaient aux taxes régulières : la Médie envoyait des chevaux, des mulets, des moutons; l’Égypte, les revenus de la pêche du lac Mœris; Babylone, de jeunes eunuques.

La Perse proprement dite ne payait pas de tribut en argent, mais ses habitants offraient au roi des dons volontaires : coursiers, armes, étoffes, fruits, grains, meubles, bijoux, etc.

Auprès de la personne de chaque satrape était placé un secrétaire royal, sorte de surveillant ou d’espion, chargé de défendre les intérêts de la couronne et d’envoyer des rapports sur l’état des provinces. Le satrape, nommé par le roi, était mis à mort non seulement pour une tentative de révolte, mais souvent sur un simple soupçon. On expédiait vers lui son successeur, chargé de pleins

pouvoirs, et il était exécuté sans avoir le droit de présenter la moindre explication.

Un général perse exerçait dans chaque satrapie l’autorité militaire. Les troupes en garnison comprenaient toujours un certain nombre de Perses, de Mèdes et de Saces, soldats absolument dévoués au pouvoir central.

Dans les expéditions générales, l’armée était commandée par un

Les trois colonnes du côté gauche ont environ 20 mètres de hauteur, c’est-à-dire la dimension d’une maison à 5 étages

chef suprême ou deux tout au plus. La plupart du temps c’était le roi lui-même qui en prenait le commandement.

Les armées formaient des multitudes immenses. Il est probable cependant que les écrivains grecs en ont donné des chiffres exagérés, pour grandir encore de cette façon la gloire de leur patrie. Hérodote évalue l’armée de Xerxès à un million sept cent mille hommes.

Il s’en fallait que toutes ces troupes fussent d’une valeur égale. Les Perses, exercés par une éducation toute martiale, en formaient

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