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COUPE LONGITUDINALE DU MÊME PALAIS

Ces mœurs nous sont dépeintes d’une façon tout à fait vivante dans les premiers chapitres du livre d’Esther.

Une conspiration a été ourdie contre le roi, au sein même du

palais, par deux de ses eunuques. Mardochée l’a sauvé en l’en avertissant.

Artaxerxès Mnémon (l’Assuérus de la Bible), vivant dans une crainte incessante, au milieu d’intrigues sans cesse renouvelées, n’en fait pas moins bon marché de l’existence des hommes, et, sur le conseil de son grand-vizir, ordonne; sans enquête, l’extermination de tous les Juifs restés dans Suse après la promulgation de l’édit de Cyrus.

Esther, pour sauver son peuple, brave la rigoureuse consigne qui défend à qui que ce soit de pénétrer en présence du monarque sans y être appelé, et serait mise à mort, si Assuérus, qui l’aime, n’étendait son sceptre vers elle.

Cette charmante Esther, qui a tout pouvoir sur le cœur de son époux, parvient à changer complètement ' les intentions du roi, et, par un capricieux revirement, celui-ci fait pendre son favori Aman à la potence préparée pour Mardochée.

Les mœurs despotiques, sanguinaires et voluptueuses- des cours orientales se retrouvent avec leurs moindres traits dans le récit de cette intrigue de harem.

Le livre d’Esther nous peint en outre une foule d’usages très caractéristiques.

On y voit d’abord quel était le rôle du grand-vizir ou premier ministre. Le roi se reposait en tout sur lui d’une façon absolue, et ce haut dignitaire exerçait la souveraineté, ne différant du monarque que par les moindres honneurs qui lui étaient rendus.

Aussi lorsque Aman, croyant avoir mérité une faveur, veut désigner la seule qu’il puisse encore obtenir, il demande à être revêtu des vêtements royaux, à monter le cheval du roi et à porter la couronne.

Ce qui distinguait extérieurement le souverain, c’étaient, en effet, ses longues et magnifiques robes, et surtout sa coiffure, le kidaris , sorte de tiare évasée par en haut et entourée d’une bande bleue et blanche.

Si le roi accordait à un sujet un pouvoir presque égal au sien, c’est que la mollesse orientale s’empara bientôt de princes trop riches et trop puissants, dès que la période des conquêtes fut terminée.

LES PERSES ET LES MÈDES

Il fallait une forte dose d’énergie et une grande capacité de travail pour administrer directement les vingt satrapies, écouter les rapports que les courriers apportaient chaque jour, et peser toutes les questions soulevées à chaque instant sur tous les points de l’immense empire.

Le roi de Perse se faisait encore aider dans l’administration de l’empire par un conseil de sept membres. C’étaient de hauts seigneurs de Perse et de Médie, comme nous l’apprend la Bible.

C’est ce grand conseil qu’Assuérus consulte pour savoir comment il punira la désobéissance de la reine Yasthi.

Les eunuques étaient nombreux à la cour des rois de Perse, et paraissent y avoir joui d’une certaine influence.

La foule des officiers, des serviteurs, qui peuplaient la demeure royale était considérable. Le roi nourrissait journellement jusqu’à quinze mille personnes. Comment s’étonner que les groupes de palais dont on a retrouvé les ruines à Suse et à Persépolis soient les plus vastes du monde.

Dans ces fastueuses demeures se donnaient des fêtes telles qu’aucune cour n’en célébra jamais ailleurs, pas même à Babylone.

Artaxercès Mnémon ou Assuérus, la troisième année de son règne, fit un festin pour tous les grands seigneurs du royaume et les gouverneurs de provinces, festin renouvelé journellement pendant six mois. Au bout de ce temps, un autre repas fut donné, dans le parvis du jardin royal, à tous les habitants de Suse, depuis le plus grand jusqu’au plus petit, et ce repas se prolongea pendant sept jours.

Voici, d’après le livre d’Esther, quelle était la décoration du palais durant ces réjouissances :

« Les tapisseries de couleur blanche, verte et d’hyacinthe, tenaient avec des cordons de fin lin et d’écarlate, à des anneaux d’argent et des colonnes de marbre; les lits étaient d’or et d’argent, sur un pavé de porphyre, d’albâtre et de marbre tacheté. »

« On donnait à boire dans des vases d’or qui étaient de diverses façons, et il y avait du vin rçyal en abondance, comme le roi le pouvait faire. »

On trouve dans le même livre la trace d’une institution fameuse de Darius, c’est-à-dire de la première poste royale régulière qui ait été instituée.

Pour être sans cesse au courant de ce qui se passait dans ses vastes domaines, et pour faire parvenir partout ses ordres sans retard, Darius avait organisé un service de courriers, qui, par des relais bien disposés, desservaient les satrapies les plus lointaines avec une étonnante rapidité.

Lorsque les édits royaux arrivaient dans une province, ils étaient immédiatement traduits et promulgués dans la langue du pays, car, ainsi que nous l’avons vu, les souverains perses res-

FIG. 409. — RESTITUTION D'UNE COI.ONNADE D’UN PALAIS DE PERSÉPOLIS. (Farade principale.)

pectaient chez tous leurs sujets la langue et les institutions nationales.

« Les secrétaires du roi furent appelés, » dit la Bible, « et l’on écrivit aux Juifs comme Mardochée le commanda, et aux satrapes, aux gouverneurs et aux principaux des provinces, qui étaient depuis les Indes jusqu’en Ethiopie, savoir, cent vingt-sept provinces, à chaque province selon sa façon d’écrire, et à chaque peuple selon sa langue, et aux Juifs selon leur façon d’écrire et selon leur langue. »

« On écrivit donc des lettres au nom du roi Assuérus; et on les cacheta de l’anneau du roi; puis on les envoya par des courriers, qui étaient montés sur des chevaux, des mulets et des juments. »

L’anneau du roi, qui portait son cachet, était le plus important insigne de la toute-puissance. Tout édit revêtu de ce sceau était authentique et exécutable. Assuérus, voulant mettre Aman à même de satisfaire sa haine contre les Juifs, retira l’anneau qu’il

LES PERSES ET LES MÈDES

portait au doigt et le remit à son grand-vizir; c’était le plus éclatant témoignage de confiance qu’un roi de Perse pût donner à l’un de ses sujets.

Les rois et les grands seigneurs n’écrivaient pas de leur main. Ils se servaient seulement d’un cachet, comme les Assyriens, en guise de signature. L’écriture était un métier exercé par les scribes.

Nous voyons, par le livre d’Esther, que, dans les palais de Suse

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