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FIG. 411. — BAS-RELIEF DU PALAIS DE DARIUS, A PERSÉPOLIS

et de Persépolis, comme dans ceux de Khorsabad et de Koyoundjik, un corps de bâtiment isolé formait l’habitation des femmes.

Les rois de Perse possédaient en effet des harems nombreux, mais, parmi leurs femmes, une seule portait le nom d’épouse et le titre de reine. Les concubines passaient, à tour de rôle, une nuit dans les appartements du roi. Chacune se parait avec le plus grand soin, dans l’espoir que le souverain l’éléverait au rang de favorite.

La polygamie ne paraît pas avoir été très générale en Perse avant l’époque des grandes conquêtes. Les plus anciens livres du Zend- Avesta l’interdisaient. Mais les mœurs faciles des voluptueux em-

pires asiatiques n’eurent pas de peine à triompher sur le plateau de l’Iran de l’austérité primitive.

Les Perses semblent avoir appliqué les premiers à leurs femmes le système de réclusion strictement suivi de nos jours en Orient. Jamais les femmes perses ne se montraient en public. Lorsqu’elles sortaient, c’étaient soigneusement cachées sous les rideaux de leur litière. En fait d’hommes, elles ne voyaient que leurs maris et leurs fils. Mardochée, oncle de la reine, ne peut approcher d’elle; Otane, père de Phédyme, une des femmes de Smerdis le Mage, ne peut communiquer directement avec sa propre fille. Lorsque Esther reçoit Aman à sa table, c’est par une faveur toute spéciale du roi; et Vasthi, première femme d’Assuérus, ne dut sa disgrâce qu’au refus, motivé par la force des coutumes, de paraître en un festin devant les seigneurs de la cour.

Ces règles étaient moins rigoureusement observées pour les concubines et pour les femmes du peuple.

Le plus grand mérite pour un Perse, après la valeur guerrière, c’était le grand nombre des enfants. Tous les ans le roi faisait distribuer des récompenses à ceux qui possédaient le plus de fils vivants.

S’il faut en croire Hérodote, l’énergie et la sobriété antiques des Perses s’étaient singulièrement atténuées par le contact avec les vieilles civilisations amollies et corrompues de l’Asie antérieure, et ils auraient été jusqu’en Europe chercher de nouveaux vices.

« Ils se portent avec ardeur aux plaisirs de tous genres dont ils entendent parler, » dit l’historien, « et ils ont emprunté des Grecs l’amour des jeunes garçons. »

Ils poussaient à l’excès le goût de la parure et des parfuns. Les hommes comme les femmes portaient des étoffes magnifiques, et toute espèce de bijoux : bracelets, colliers, boucles d’oreilles. Ils se servaient de fards, de cosmétiques, de faux cheveux, et se faisaient des coiffures compliquées, superposant plusieurs rangs de boucles à la façon des Assyriens.

La chasse était une de leurs distractions favorites; mais, à mesure qu’ils s’amollirent, ils l’abandonnèrent de plus en plus pour le jeu de dés.

LES PERSES ET LES MÈDES

La passion du jeu était aussi vive chez eux que chez leurs frères, les Aryens de l’Inde. Un des plus beaux hymnes du Rig- Véda, qui peint les entraînements de ce goût funeste, aurait pu être composé sur le plateau de l’Iran. Les Perses risquaient des enjeux énormes, et quelquefois jouaient leur propre personne ou celles de leurs enfants, qui devenaient esclaves du gagnant.

Une qualité distinctive des Perses était leur amour pour la vérité, leur horreur de toute tromperie, et même le mépris du commerce, qui ne peut réussir sans une certaine astuce.

« Il ne leur est pas permis de parler des choses qu’il n’est pas permis de faire, » dit Hérodote. « Ils ne trouvent rien de si honteux que de mentir, et, après le mensonge, que de contracter des dettes ; et cela pour plusieurs raisons, mais surtout parce que, disent-ils, celui qui a des dettes ment nécessairement. »

L’amour filial des Perses était très profond; le respect pour leurs parents, très vif.

« Ils assurent, » dit encore Hérodote, « que jamais personne n’a tué ni son père ni sa mère, mais que, toutes les fois que de pareils crimes sont arrivés, on découvre nécessairement, après d’exactes recherches, que ces enfants étaient supposés ou adultérins. Car il est contre toute vraisemblance qu’un enfant tue les véritables auteurs de ses jours. »

Les rois eux-mêmes, malgré leurs caprices autoritaires, respectaient leur mère et suivaient ses avis. La reine mère occupait à la cour une plus haute position que l’épouse du souverain.

Les Perses avaient à un vif degré le sentiment de la hiérarchie sociale. Ils établissaient des nuances jusque dans la façon de saluer suivant la situation que les gens occupaient.

Hérodote donne à ce propos les curieux détails qui suivent :

« Quand deux Perses se rencontrent dans les rues, on distingue s’ils sont de même condition, car ils se saluent en se baisant à la bouche; si l’un est’ d’une naissance un peu inférieure à l’autre, ils se baisent seulement à la joue; et si la condition de l’un est fort au-dessous de celle de l’autre, l’inférieur se prosterne devant le supérieur. »

Il y avait donc chez les Aryens du plateau de l’Iran des classes très tranchées. N’étant pas comme ceux de l’Inde perdus au milieu d’une multitude de populations très inférieures, ils ne transformèrent pas comme ceux-ci leurs classes en castes fermées. Cependant

ils s’estimaient d’une race fort supérieure à leurs sujets, et même aux antiques nations civilisées de la Mésopotamie ou de la vallée du Nil.

Citons encore Hérodote :

« ‘Les nations voisines sont celles qu’ils estiment le plus, toutefois après eux-mêmes. Celles qui confinent à leurs voisins occupent le second rang dans leur esprit; et, réglant ainsi leur estime proportionnellement au degré d’éloignement, ils font le moins de cas des plus éloignées. Cela vient de ce que, se croyant en tout d’un mérite supérieur, ils pensent que le reste des hommes ne s’attache à la vertu que dans la proportion dont on vient de parler, et que ceux qui sont les plus éloignés d’eux sont les plus imparfaits. »

Tout en n’ayant point établi le système rigoureux des castes, les Perses de haute naissance ne se mésalliaient jamais. Les rois ne choisissaient leur épouse légitime que dans un très petit nombre de familles nobles. Aussi la haute fortune de la Juive Esther fut-elle un cas tout à fait exceptionnel. Encore eut-elle soin de ne point révéler sa nationalité au roi avant d’être bien sûre de l’amour qu’elle inspirait, et ce fut l’extrême péril de son peuple qui seul put lui faire faire un aveu si dangereux pour elle-même.

Toute la nation perse se divisait en dix tribus. Quelques-unes de ces tribus gardèrent les mœurs pastorales et nomades; d’autres se livrèrent à l’agriculture, et les plus élevées comprirent l’aristocratie propriétaire du sol, qui occupait les hautes fonctions à la cour, dans l’administration et dans l’armée.

La culture de la terre fut toujours le premier souci des Perses, et le laboureur était aussi estimé chez eux que le marchand l’était peu.

Les habillements des riches étaient amples, de formes très variées et d’étoffes magnifiques. Ils portaient généralement une robe longue, des souliers, et, sur la tête, un bonnet de feutre ou un bandeau. Les Perses furent les premiers à imaginer certains raffinements pour les vêtements de dessous, tels que chaussettes et caleçons; ils connurent même l’usage des gants.

Hérodote prétend que les os de leur crâne étaient plus faibles que chez les autres hommes; et il attribue ce fait, remarqué par lui sur les squelettes du champ de bataille de Péluse, à l’usage de porter de hautes tiares qui affaiblissaient la tête. Ni cette parti-

LES PERSES ET LES MËDES

cularité, ni la raison qu’en donne l’historien grec ne paraissent suffisamment prouvées.

Les Perses étaient certainement un peuple intelligent ; mais ils possédaient plutôt de vives aptitudes à s’assimiler les connaissances de leurs voisins que des facultés créatrices.

Nous verrons plus loin, dans le chapitre consacré à l’art, qu’ils n’ont absolument rien produit d’original.

Même dans leurs plus simples usages, ils ont vite cessé d’être

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