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SCULPTURE ET ARTS INDUSTRIELS

Le paragraphe auquel nous arrivons, sera forcément plus sommaire encore que ceux qui le précèdent.

En fait de.statuaire et d’arts industriels, dans la Perse ancienne, nous ne pouvons même plus parler d’imitation, car nous sommes en face de la nullité complète.

A part quelques cachets et quelques cylindres, nous ne possédons pas le moindre vestige d’œuvres de ce genre nées sur le plateau de l'Iran, entre la conquête de Cyrus et celle d’Alexandre.

La Perse antique ne nous a légué ni statues, ni bronzes fondus ou repoussés, ni objets de bois ou d’ivoire, ni étoffes, ni armes, ni poteries fabriqués sur des modèles créés par elle.

Tous les produits de ce genre qui ont alimenté son luxe, lui sont venus de l’étranger.

Les rois de Perse, qui savaient apprécier l’élégance de la forme, la beauté des couleurs et le fini du travail partout où ils les rencontraient, avaient soin de faire largement contribuer, par des dons en nature, les pays qui leur payaient déjà des impôts en argent.

C’est grâce à ces dons en nature, qu’on voyait affluer à la cour du Grand Roi les tapis merveilleux de Babylone, les ivoires et les bijoux de l’Égypte, les mousselines de l’Inde, les vases et les statuettes de l’Asie Mineure, ' tous les produits délicats et charmants de l’art déjà ancien et du luxe raffiné du vieux monde.

Il eût fallu des siècles aux ouvriers perses avant d’égaler ces chefs-d’œuvre. Aussi, les classes laborieuses de la race aryenne, loin de tenter une impossible concurrence, se contentèrent-elles de suivre la première loi de Zoroastre et de cultiver la terre.

Le seul art qui, à côté de l’architecture ait pris quelque essor sur le plateau de l’Iran, c’est la sculpture. Et encore suivit-elle, avec une application servile, toutes les traditions de l’Assyrie.

Les bas-reliefs perses présentent les mêmes qualités et les mêmes défauts que ceux de Ninive. La monotonie des défilés, l’uniformité des types, les têtes toujours représentées de profil

LES PERSES ET LES MÈDES

par suite de l’incapacité de l’artiste à dessiner une autre attitude, nous feraient croire que nous n’avons pas quitté les bords du Tigre, si la physionomie aryenne, avec ses traits affinés, ne remplaçait la rude et farouche silhouette du Sémite.

Les grands taureaux de Persépolis n’offrent que quelques légères différences avec ceux de Ninive ou de Khorsabad. Ils sont plus gigantesques encore, et, malgré leurs énormes proportions, ils sont traités d’une façon plus vivante, plus vraie. Ils ne sont pas tous androcéphales et ailés. Quelques-uns sont la fidèle image de l’animal de nos étables. Ils n’ont point cinq jambes, comme en Assyrie; leurs proportions sont habituellement mieux gardées.

D’après Flandin.

FIG. 428 et 429. — DÉTAILS de chapiteaux de colonnes appartenant a la période sassanide.

Les animaux sont, en général, bien traités par les sculpteurs perses. Les lions, même sur les frises émaillées, ont une énergie d’allure et d’expression tout à fait remarquable.

En somme, la sculpture perse n’est qu’une branche à peine distincte de la sculpture assyrienne. Rien n’indique d’ailleurs que les artistes de Persépolis n’appartenaient pas à la même, race que ceux de Ninive et n’étaient pas des Sémites aux gages des Aryens, comme les ouvriers de Salomon étaient des sujets d’Hiram, roi de Tyr.

Nous en dirons autant des artistes qui produisirent les beaux cylindres perses que nous voyons dans nos musées.

Au moment où les Aryens commencèrent a jouer un rôle en

Asie, l’art de la glyptique avait atteint la perfection en Assyrie et en Chaldée. Cet art, d’une évolution si lente, ne pouvait naître tout à coup sur le plateau de l’Iran; les belles intailles sur pierres fines que nous retrouvons dans les ruines de Suse eurent certainement pour auteurs les graveurs habiles sortis des ateliers de Ninive ou de Babylone.

Un art voisin de la glyptique et auquel Darius donna une grande impulsion, celui des monnaies, resta en Perse tout à fait dans l’enfance. Les dariques et autres pièces, avec leur roi tirant de l’arc, leurs trirèmes et leurs fortifications, montrent un relief peu accentué et une grossièreté de dessin très primitive.

Le rôle des Perses dans l’histoire de la civilisation, si nous voulons le résumer, nous apparaît donc à la fois comme très minime et très grandiose.

Ce peuple fut sans passé, sans avenir, mais il eut un moment de vie complète, éblouissante.

A peine sort-il, barbare encore, sans littérature, sans art, sans connaissances scientifiques, des déserts de l’Asie centrale, qu’il se voit le propriétaire et le maître du monde civilisé. Durant deux siècles, il possède et condense les suprêmes résultats des efforts de l’humanité depuis cinq ou six mille ans.

N’ayant jamais jusqu’alors taillé le marbre, il se fait élever des palais où s’épanouissent dans un ensemble harmonieux toutes les grâces longtemps cherchées par les consciencieux artistes de l’Égypte, de l’Asie Mineure et de la Chaldée. Ne sachant rien, ne pouvant rien pénétrer des mystères de la science, il tient dans sa main les fameuses écoles d’Ur, de Babylone, de Memphis et de Thèbes.

Tout ce- que l’âme humaine a rêvé, tout ce que l’esprit a produit, tout ce que l’imagination a enfanté depuis les débuts du monde, cette race nouvelle- venue s’en empare et sait en jouir avec une aisance, une noble tranquillité qui n’est pas sans grandeur.

Dès les premiers jours, elle semble à la hauteur de son extraordinaire fortune. Le souple génie des Aryens s’approprie sans étonnement et sans gaucherie les dépouilles opimes de la civilisation laborieuse de l’univers.

LES PERSES ET LES MÈDES

Au moment où la marche de l’humanité dévie, où le mouvement si longtemps poursuivi du côté de l’Orient va s’incliner vers l’Occident, le peuple perse apparaît comme au carrefour des deux routes, et forme le trait d’union entre le monde ancien qu’il résume et le monde moderne auquel il ouvre la voie.

En brisant les résistances de vingt nations différentes, en pliant au même joug tant de races dissemblables, ce peuple, à la destinée singulière, énerve pour ainsi dire les énergies dernières de l’antique Orient et prépare une proie gigantesque et facile à l’ambition naissante des Grecs.

Car l’Égypte et l’Asie antérieure ont désormais donné tout entière leur large part à l’éternel progrès humain. Épuisées par leurs longs efforts, elles vont s’endormir dans le rêve ancien et laisser la place à des générations nouvelles.

L’Europe aryenne va hériter de l’Orient chamitique et sémite. Mais l’œuvre qu’elle va entreprendre ne sera pas un recommencement. Héritière des trésors amassés, elle saura s’en servir pour en découvrir d’autres, et n’en laissera pas un seul dont elle ne sache tirer parti.

Et la Perse qui, dans le grand mouvement progressif de la civilisation n’a eu qu’un rôle transitoire, apparaît entre les deux suprêmes étapes de l’humanité, comme en une période de repos fermant la marche accomplie et précédant les luttes futures.

Cette nation privilégiée, tout étincelante des rayons d’une civilisation qui n’est point son œuvre, semble marier dans la gloire qui l’entoure les feux splendides d’un couchant empourpré et les lueurs indécises d’une aube nouvelle.

L’avenir est à sa race, à cette race aryenne qu’elle vient d’introduire d’une façon si brillante sur la scène du monde, mais dont la grandeur sera faite pour une part considérable par les labeurs des générations anciennes qui ont ouvert les voies et tracé les premiers sentiers.

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