LES PHÉNICIENS
g 1. — RÔLE DES PHÉNICIENS DANS L’HISTOIRE DE LA CIVILISATION.
Les deux grandes civilisations du vieux inonde antique, mères de toutes celles de l’Occident, furent la civilisation égyptienne et la civilisation chaldéo-assyrienne. Les Grecs n’apparaissent dans l’histoire que quand les peuples de l’Égypte et de la Chaldée sont arrivés à leur déclin et ont terminé leur rôle. Ils recueillent alors le double héritage des Égyptiens et des Assyriens, c’est-à-dire les résultats de près de cinq mille ans d’efforts. N’ayant qu’à continuer des civilisations lentement élaborées avant eux, et déjà puissamment développées, leurs progrès deviennent forcément très rapides. Saisissant d’une main virile le flambeau du progrès qui pâlissait en Asie et sur les bords du Nil, ils le portent en Occident, sortent l’Europe de la barbarie, et préparent cette puissante civilisation gréco-romaine qui devait éclairer à son tour tant de peuples barbares et dont les nations modernes vivent encore.
Ce fut par l’intermédiaire des Phéniciens que les Grecs reçurent ce précieux héritage, et c’est pourquoi, bien que la Phénicie n’ait
pas possédé une civilisation sortie de son sein, nous lui avons consacré plusieurs pages de cet ouvrage.
Sans avoir eu ni arts, ni sciences, ni littérature, sans avoir réalisé par eux-mêmes aucun progrès, les Phéniciens firent éclore des arts, des sciences et des lettres chez des peuples qui n’en possédaient pas avant eux.
Leur rôle fut singulièrement actif, leur influence civilisatrice immense. S’ils n’avaient pas existé, l’on peut dire que la civilisation de notre Occident eût été retardée de bien des siècles. Ils remplissent toute l’antiquité de leur nom.
Cependant, telle fut leur étrange destinée, que leur souvenir a pu périr presque entièrement pendant plusieurs siècles. On a mis fort longtemps à soupçonner l’importance de leur rôle. Bossuet ne leur a pas donné la moindre place dans son Histoire universelle, et, sans les découvertes archéologiques modernes, ces vaillants explorateurs du monde antique resteraient dans un profond oubli.
De même que les Assyriens et les Babyloniens, les Phéniciens reviennent maintenant à la lumière. Ce n’est pas sans étonnement qu’on découvre aujourd’hui leurs traces partout et qu’on est obligé de constater qu’ils ont jeté les fondements sur lesquels se sont élevées les brillantes civilisations de la Grèce et de Rome.
Une des causes qui firent tomber les Phéniciens dans l’oubli fut l’absence complète chez eux d’arts, de sciences ou de littérature personnels. Ils ne purent transmettre à la postérité un seul monument qui portât leur cachet national et qui les personnifiât, pour ainsi dire, dans l’imagination, comme les Pyramides personnifient l’Égypte, comme Babylone et ses splendeurs personnifient la Chaldée, comme la Bible personnifie Israël.
On fut bien longtemps môme avant de leur attribuer l’exécution de ces objets d’art, où ils ont mêlé l’inspiration de l’Assyrie et de l’Égypte, et qui ont servi de modèles aux Grecs primitifs.
Le caractère mixte de ces débris, d’ailleurs fort rares, les faisaient considérer, soit comme les derniers représentants de l’art oriental en décadence, soit comme les primitifs échantillons de l’art archaïque grec, suivant les influences qui dominaient en ' eux. V
On voyait d’ailleurs alors un-abîme entre les arts de l’Orient et
RÔLE DES PHÉNICIENS DANS L’HISTOIRE
ceux de la Grèce. La séparation semblait complète; et telle était ia force de l’idée préconçue, qu’elle subsista même après les pre-
D’après une photographie.