FIG. 7. — REINE ÉGYPTIENNE SORTANT D’UN PALAIS DE THÈBES
Nous avons emprunté tous les documents qui ont servi à cette restitution à des peintures murales des tombeaux de Thèbes du XVe siè.le environ avant notre ère.
titution d’une civilisation est aussi régulière et fatale que celle des formes diverses d’une série animale.
Mais à mesure que nous avancerons dans cet ouvrage, nous reconnaîtrons de plus en plus que cette loi souveraine de révolution, qui transforme toutes choses, n’agit qu’avec une extrême lenteur. Il lui a fallu entasser des millions de siècles pour transformer notre nébuleuse en une planète habitable, et des milliers d’années encore pour transformer en un être civilisé le sauvage des temps primitifs. L’homme peut bien troubler l’évolution d’une société, comme il peut troubler celle d’une graine en la brisant, mais il ne lui est pas donné d’en modifier le cours. Les révolutions violentes passent sans pouvoir établir autre chose de durable que les progrès pour lesquels une race était mûre et qu’elle élaborait depuis des générations. Interrompue pour quelque temps, l’évolution naturelle reprend bientôt son cours. Les peuples ne choisissent pas à leur gré leurs institutions et leurs croyances : la loi de l’évolution les leur impose.
Cette théorie simple et grandiose de l’évolution, qui a si profondément transformé les sciences naturelles en moins de vingt-cinq ans, et sans laquelle la naissance et le développement des civilisations seraient une suite d’incompréhensibles miracles, commence à peine à se répandre parmi les historiens. Un peuple ne pouvant songer à écrire son histoire que lorsqu’il est déjà arrivé à la civilisation depuis longtemps, il en résulte que lorsqu’on étudie ses monuments ou ses livres, il semble que sa civilisation ait commencé la veille du jour où a commencé son histoire.
Aussi beaucoup d’écrivains, et des plus remarquables, admettent-ils encore que certains peuples n’ont pas passé par des formes inférieures primitives, mais ont surgi brusquement dans le monde, avec tout ce qu’il fallait pour se constituer immédiatement en nations civilisées.
Cette théorie est défendue notamment par M. Renan. « Ces « deux races (les Aryens et les Sémites) nous apparaissent par- « tout avec un certain degré de culture », dit cet éminent écrivain dans son Histoire des langues sémitiques. « On n’a pas k d’ailleurs un seul exemple d’une peuplade sauvage qui se soit
EVOLUTION DES CIVILISATIONS
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« élevée à la civilisation. Il faut donc supposer que les races « civilisées n’ont pas traversé l’état sauvage et ont porté en « elles -mêmes dès le commencement le germe des progrès « futurs. Leur langue n’était-elle pas à elle seule un signe de « noblesse et comme une première philosophie? »
Admettre une théorie semblable serait retourner aux vieilles légendes qui font sortir la terre habitable du néant, ou Minerve tout armée du cerveau de Jupiter. Une race beaucoup plus intelligente que les autres, apparaissant brusquement dans le monde, n’aurait pu tirer sa supériorité que d’un miracle si elle ne la tenait pas du seul développement de ses ancêtres. Dire qu’on n’a jamais vu une peuplade sauvage passer à l’état civilisé, équivaut à réfuter la théorie de Darwin sur l’origine des espèces en disant qu’on n’a jamais vu un mammifère inférieur devenir un homme ; ou bien encore combattre celle de la formation des mondes en disant qu’on n’a pas encore vu un soleil devenir une lune. De telles transformations demandant un nombre considérable de siècles pour s’accomplir, ne peuvent être constaiées par une ou même par plusieurs générations.
L’exemple de la transformation de peuples barbares en peuples civilisés peut être cependant fourni. Sans parler des Aryens, dont il est précisément question dans le passage cité plus haut, et dont, grâce à la linguistique, il a été possible, comme nous le verrons plus loin, de reconstituer le passé préhistorique, les temps historiques ont été témoins de la transformation de purs barbares en hommes civilisés.
Les Arabes nomades et barbares, sortis de leurs déserts à la voix de Mahomet, sont, après leur conquête du vieux monde grécoromain, devenus en quelques siècles une des nations les plus policées du monde, et sont restés pendant longtemps à la tête de la civilisation. Nous avons vu également les Barbares envahisseurs de l’Empire romain devenir les nations les plus civilisées du globe. Leurs progrès, pour être rapides, puisqu’ils n’ont guère demandé plus d’un millier d’années, n’en ont pas moins suivi une marche ascensionnelle très régulière : l’on peut aisément marquer les degrés entre le Franc brutal et le philosophe grand seigneur du siècle dernier. Ce qui fait que l’évolution s’est accom-
plie d’une façon aussi prompte et facile à suivre, c’est que les Birbares retrouvèrent et mirent en œuvre tout le fonds de la civilisation antique ; et encore , malgré les trésors de science et d’art accumulés par la Grèce et par Rome, l’Europe recula de plusieurs siècles au moment des invasions, et dut repasser par
des phases inférieures avant que ses nouveaux habitants pussent s’assimiler les conquêtes intellectuelles des vaincus, et reprendre la marche en avant au point où elle avait été interrompue.
Nous indiquerons dans un autre chapitre quelles furent les causes qui permirent à certains peuples d’atteindre à diverses phases de la civilisation, alors que d’autres ne le purent. Ces causes, nous n’avons donc pas à les examiner ici.
ÉVOLUTION DES CIVILISATIONS
Après avoir prouvé qu’il existe des nations s’étant élevées de la barbarie à la civilisation pendant la durée des temps historiques, il nous reste à montrer que les peuples actuels peuvent être classés dans une série ascendante, qui fait voir au premier coup d'œil les phases successives par lesquelles les plus développés ont dû nécessairement passer. Ce tableau général a été assez bien