FIG. 80. — BUSTE TROUVÉ AU RAMESSEUM
(XVe siècle avant notre ère.)
blique des Pays-Bas, peuvent être également citées comme types des gouvernements créés par l’industrie.
Les gouvernements d’origine industrielle engendrent nécessairement des institutions fort différentes de celles qu’on observe dans les monarchies purement guerrières. Le souverain d’une autocratie militaire n’a pas de rivaux au sein de la nation; celui d’un
gouvernement industriel a pour rivaux, comme à Tyr, que nous citions plus haut, les membres d’une aristocratie commerçante. Il est donc fatalement conduit à s’appuyer sur le peuple plus ou moins oppressé par la caste aristocratique.
Nous avons fait remarquer plus haut que les pays qui ne connaissent pas la guerre ne connaissent pas non plus l’autorité royale; ceux qui ignorent l’industrie ignorent également ce que c’est qu’un gouvernement régulier. Tels sont les Fuégiens de l’Amérique du Sud, les Bushmen d’Afrique, et même les Hottentots. Pourtant ces derniers, peuples pasteurs, connaissent une sorte d’aristocratie que l’on pourrait appeler l’aristocratie du bétail; celui qui a beaucoup de troupeaux jouit d’une certaine influence. En cas de guerre, ces peuples se donnent un chef temporaire, qui perd toute autorité en temps de paix.
La guerre et l’industrie, telles furent donc les deux principales sources de tout gouvernement, et leur évolution détermine à travers les âges l’évolution des institutions politiques. Mais il en est encore une troisième, les croyances religieuses, dont l’action, bien que peut-être plus tardive que celle des deux premières, n’en fut pas moins très considérable.
Puisqu’il a été admis par tous les peuples de l’antiquité sans exception que des puissances surnaturelles et redoutables dirigent les destinées des hommes , il était naturel de suivre les conseils du prêtre qui connaissait leurs volontés, interprétait leurs oracles et savait les apaiser par des prières. Il était naturel aussi que le souverain s’efforçât de donner à ses ordres la sanction divine et s’alliât avec le clergé, qui la dispensait. Souvent les deux pouvoirs se confondirent. En général, ils surent demeurer étroitement unis. Tous les premiers rois cherchèrent à donner une hase divine à leur autorité. Les Pharaons d’Égypte étaient adorés après leur mort. Romulus et Rémus étaient fils du dieu Mars. Numa prenait conseil de la nymphe Égérie. Nos rois de France se faisaient oindre de la sainte ampoule et invoquaient pour leur dynastie le droit divin. En Chine, l’empereur est le « Fils du Soleil »; au Japon, le mikado est le représentant des dieux; le roi de Siam reçoit de ses sujets des honneurs divins; on lui parle en se roulant dans la poussière et on recueille ses crachats dans des coupes d’or.
ÉVOLUTION DES CIVILISATIONS
Si de telles superstitions se sont perpétuées jusqu’à nos jours, et chez des peuples civilisés, on conçoit aisément combien elles devaient être puissantes chez des races tout à fait barbares. Nous pouvons en juger par le despotisme sans frein qu’exercent les rois nègres de l’Afrique, dont tous sont plus ou moins divinisés aux yeux de leurs peuples. L’hérédité, la tradition, ont fortifié l’obéissance servile qu’on leur rend sans même la discuter. Ils torturent leurs sujets par pure distraction, ou dans le but de bien affirmer que leur bon plaisir seul fait loi, sans que nul y trouve à redire.
Chez tous les anciens peuples, la volonté des dieux se retrouve à la base des gouvernements, et donne aux lois cette rigidité, cette fixité, qui semblait devoir s’opposer à tout progrès, mais qui a cédé, cependant, aux transformations lentes que subissent jour à jour les conditions de la vie.
Chez les peuples dont cet ouvrage décrira les civilisations, nous verrons dominer une théocratie toute-puissante. Les Égyptiens recevaient leurs lois de la caste sacerdotale; les rois mêmes étaient jugés par elle après leur mort. Les Hébreux se croyaient conduits directement par Jéhovah, dont Moïse, Josué, les juges et même plus tard les rois, n’étaient que les interprètes et les représentants. Chez les antiques Aryas, les prêtres jouissaient d’une très grande influence, et les Yédas parlent des présents que doivent leur offrir les puissants de la terre s’ils veulent voir prospérer leurs entreprises.
Plus tard, au sein des hautes civilisations grecque et romaine, il n’en fut pas autrement. La loi civile et la loi religieuse y étaient étroitement confondues dans un joug unique, qui pesait de la façon la plus lourde sur chaque citoyen. L’individu y était sacrifié à l’État, c’est-à-dire à la communauté, et ne jouissait d’aucune liberté particulière. Les dieux de la cité se dressaient menaçants, réclamant toujours une obéissance et un dévoûment aveugles. Rien n’était entrepris sans consulter leurs oracles ; les nier constituait un crime de trahison envers la nation, et le peuple se soulevait tout entier contre le sceptique, s’appelât-il Socrate.
Après avoir montré que les institutions politiques d’un peuple sont principalement créées par la guerre et l’industrie, puis fixées
par les lois religieuses, il nous resterait à montrer — si cette tâche ne devait nous entraîner trop loin — l’évolution de ces institutions à travers le monde et à décrire les transformations qu’elles ont subies. Nous devrons nous borner ici à en indiquer les lignes générales à grands traits.
Ces transformations correspondent exactement aux transforma-
D'après une photographie.