I. — INFLUENCE DES MILIEUX
Les peuples divers vivant actuellement à la surface du globe présentent tous les degrés d’évolution, depuis l’existence purement animale et la sauvagerie primitive, jusqu’au plus haut degré de civilisation. Parmi eux, quelques-uns continuent à progresser sans cesse, comme les Européens; tandis que d’autres semblent avoir
atteint la limite extrême de leur développement naturel, et être destinés à ne plus jamais faire un seul pas en avant, comme les Chinois, emprisonnés dans des formes sociales en apparence immuables. D’autres part, l’histoire nous montre des races qui, après s’être élevées constamment pendant des siècles, sont tombées dans un état de décadence, qui, peu à peu, et par une évolution nettement rétrograde, les a conduites à la mort.
Quelles sont les causes de pareils phénomènes? Comment se fait-il que tous les peuples n’aient pas marché parallèlement dans un chemin ouvert également à tous ? Quelles forces mystérieuses ont arrêté les uns dès leurs premiers pas, ont poussé les autres dans une marche toujours plus rapide, précipité quelques-uns dans une irrémédiable chute, et immobilisé d’autres dans un éternel repos?
Les facteurs qui déterminent l’évolution d’un peuple sont nombreux; ils ont tous une très grande importance, et ce serait s’exposer à d’inévitables erreurs que de n’en considérer qu’un ou deux, comme l’ont fait généralement les historiens, leur attribuant exclusivement les effets produits par tous et surtout par leur combinaison les uns avec les autres. Jusqu’à nos jours, l’on a toujours voulu trouver des causes simples aux plus grands événements de l’histoire. La tâche de l’historien était aisée, alors qu’embarrassé par l’explication à donner d’un phénomène, il tranchait la difficulté en faisant intervenir le caprice d’une toutepuissante Providence. Elle l’était également, quand on ne considérait qu’un facteur à la fois, comme l’action du milieu par exemple, ou celle des grands hommes. C’était tomber dans une erreur analogue à celle du mathématicien, qui, voulant prédire la marche d’un mobile soumis à l’attraction de plusieurs corps, ne tiendrait compte que de l’action d'un seul.
Nous allons énumérer les principaux facteurs de l’évolution des peuples, étudier rapidement leur influence, et tâcher de donner à chacun sa véritable valeur. Les principaux sont, suivant nous, le milieu, la race, l'hérédité, l'aptitude à varier, les progrès de l'agriculture et de l'industrie, la lutte pour l'existence, l'influence des grands hommes, celle des illusions et des croyances. Nous commencerons par l’étude du milieu.
Il serait difficile d’exagérer l’influence du milieu sur i’homme,
mais il est facile d’exagérer celle de l’un des éléments du milieu, le climat. C’est dans cette exagération qu’ont versé la plupart des historiens. Cet élément a été le seul dont ils se soient occupés pendant longtemps ; n’en connaissant pas d’autres, ils lui attribuaient volontiers l’action la plus profonde. Le froid ou la chaleur décidaient du type d’une race, de la coloration de sa peau, de son caractère et de ses aptitudes; le thermomètre devenait l’instrument à consulter en dernier ressort quand on voulait connaître un peuple. De grands esprits, Montesquieu notamment, ont été victimes de cette illusion « Vous trouverez, dans les climats du Nord, dit cet éminent philosophe, des peuples qui ont peu de vices, beaucoup de sincérité et de franchise. Approchez des pays du Midi, vous croirez vous éloigner de la morale même; des passions plus vives multiplieront les crimes. Chacun cherche à prendre sur les autres tous les avantages qui peuvent favoriser ces mêmes passions. Dans les pays tempérés, vous verrez des peuples inconstants dans leurs manières, dans leurs vices mêmes et dans leurs vertus. Le climat n’y a pas une qualité assez déterminée pour les fixer euxmêmes. »
La science moderne ne saurait se contenter aujourd’hui de généralisations aussi vagues. La question de l’influence du milieu et de l’adaptation des êtres vivants à ce milieu, est une des plus délicates de l’histoire naturelle. Nous commençons seulement à en saisir toute l’étendue; c’est à peine si nous pouvons l’effleurer ici. Nous nous bornerons à montrer à quel point est complexe le problème qui paraissait si simple à Montesquieu et à ses imitateurs, en isolant quelques-uns des éléments qui entrent dans ce terme général de milieu, et montrant l’influence de chacun d’eux. Nous examinerons d’abord celle du climat.
L’influence générale du climat avait déjà été notée au temps d’Hippocrate. Il est certain, d’une façon générale, qu’un climat froid et sec développe l’énergie, l’aptitude au travail, et fortifie la volonté; un climat tiède et chaud provoque, au contraire, laparesse, le goût du repos, des plaisirs faciles, la crainte de tout effort. On l’a dit avec justesse, c’est dans les pays chauds qu’on a toujours trouvé les peuples les plus faciles à se plier sous le jong d’un maître. 250 millions d’Hindous sont aujourd’hui maintenus dans
l'obéissance par une poignée d’hommes , mais cette poignée d’hommes appartient à l’énergique race des Anglo-Saxons.
Dans cette division du milieu , qu’on nomme le climat, en-
Cette coupe longitudinale montre quatre des grandes colonnes de l’avenue centrale de la salle hypostyle. On voit au second plan les petites colonnes latérales. — La grande salle hypostyle forme un rectangle de 102 métrés de longueur et 51 mètres de largeur. Le plafond est supporté par 134 colonnes colossales dont les douze plus grandes ayant 10 mètres de circonférence (grosseur de la colonne Vendôme), forment, sur deux rangées, une avenue de 23 mètres de hauteur. A droite et à gauche se groupent les autres colonnes supportant un plafond élevé seulement de 1 3 mètres.
trent d’autres éléments encore. La température en est un ; il n’est pas le seul. La sécheresse, l’humidité, l’altitude, le degré de lumière, la qualité de l’air, la direction habituelle des vents, etc., contribuent à former le climat, et agissent chacun d’une façon différente sur l’àme et le corps de l’homme.
EVOLUTION DES CIVILISATIONS
Le montagnard n’a pas des qualités identiques à celle de l'habi-
D'apres Cuampoimm.