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FIG. 86. — VASES ÉGYPTIENS FABRIQUÉS IL Y A PLUS DE TRENTE SIÈCLES

Plusieurs de ces vases peuvent, par leurs formes, être comparés aux plus belles productions de l’art grec.

Ils leur sont antérieurs de plusieurs siècles.

tant des plaines ou de l’insulaire. Le premier sera moins sociable,

habitué qu’il est à gravir seul des sentiers trop étroits souvent pour deux, et à vivre loin des grands chemins que parcourent les foules ; il sera plus silencieux, plus sobre. Le second sera certainement plus gai; et le troisième, accoutumé au spectacle 'de la mer, sera plus aventureux, plus épris des lointains voyages. Tous les peuples habitant les bords de la mer ont été navigateurs et commerçants; les Phéniciens et les Hollandais n’ont été que cela, à cause de l’exiguïté de leur territoire continental. Les Suisses, les Écossais, peuples montagnards, sont des races dures et sobres, peu communicatives et jalouses de leur liberté.

La sécheresse et l’humidité ont également une grande influence. Dans les pays très arrosés se trouvent des races flegmatiques et lentes comme celles de nos Pays-Bas européens; là, parmi les brumes perpétuelles, l’esprit devient rêveur et se voile volontiers, lui aussi, de brouillard. L’air sec et vif active, au contraire, tous les ressorts du corps et de l’intelligence et contribue à former des races agiles, positives, nerveuses et fîères, telles que la race grecque.

Le climat a une influence directe sur la production du sol, et, par cette influence, agit encore sur l’homme. Nous aurons à examiner plus loin le rôle des productions du sol par rapport aux conditions d’existence et aux institutions sociales des peuples. Nous nous bornerons donc à dire maintenant que, trop abondantes ou trop insuffisantes, elles agissent d’une façon funeste. Trop abondantes, trop faciles à se procurer, elles engendrent la paresse, la mollesse et rendent tout progrès impossible; trop rares, elles exigent de l’homme des efforts pénibles qui le privent des loisirs nécessaires pour utiliser son intelligence et progresser.

L’influence de la lumière est encore un des éléments du climat que nous devons mentionner ici.

L’effet de la lumière sur la constitution humaine n’est pas aussi vif peut-être que sur les végétaux, mais il peut lui être comparé : une plante élevée dans une cave est chétive, décolorée et ne réussit pas à vivre longtemps. La peau de l’homme brunit au soleil, et l’on a voulu voir dans l’effet prolongé d’une lumière éclatante la cause de l’existence des races noires. Ce dernier fait n’est nullement prouvé: mais il est certain que la coloration des nègres, si elle est causée par le soleil; est due plutôt à la clarté qu’à la chaleur des rayons. En

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remontant de l’équateur vers les pôles, on voit le teint des races s’éclaircir ainsi que la couleur de leurs cheveux et de leurs yeux, mais seulement jusqu’aux régions polaires. En quittant la Scandinavie blonde, on trouve des Esquimaux et des Lapons aux yeux et aux cheveux noirs. C’est peut-être — il faut avoir soin de dire 'peut-être — que, si la chaleur est absente de ces régions, cependant la réverbération du soleil sur les neiges y produit une lumière éblouissante.

La lumière a plus d’effet encore sur le moral de l’homme que sur son corps. « De la lumière, de la lumière ! » disait Goethe en mourant. La lumière nous est aussi nécessaire que l’oxygène de l’air. Dans les pays où elle s’épanche à flots, bienfaisante et féconde, l’esprit s’ouvre, l’imagination s’éveille, le travail s’allège; là où elle manque, la tristesse remplit les cœurs, et les poètes ne font que des rêves tourmentés. Quelle différence entre la sombre mythologie des Saxons et des Normands et le riant Olympe des Grecs; entre les ballades mélancoliques des hardes écossais et les joyeux exploits de Don Quichotte ou de Roland furieux. La philosophie est souriante dans les pays du soleil; la gaîté même est voilée sous les cieux obscurs du Nord.

Les aspects grandioses et sauvages donnent à l’imagination des races un tour très différent de celui que font naître des paysages gracieux et modérés. La littérature et l’architecture de l’Inde, également boursouflées, touffues, énormes et monstrueuses jusque dans leurs splendeurs, se sont tout naturellement épanouies en face d’une nature gigantesque, au pied des plus hautes montagnes de la terre, au bord d’océans sauvages et sur la lisière d’effrayantes forêts; tandis que l’art sobre et harmonieux des Grecs est le reflet d’une contrée charmante, aux horizons lumineux, souriants et nets, sans terreur comme sans mystère.

Après avoir examiné l’influence du climat, cherchons à indiquer celle du sol et de ses productions.

L’influence du sol sur l’homme est capitale, non seulement au début d’une civilisation, mais pendant une longue période de son histoire. 11 faut arriver à ces temps modernes, où l’on peut dire que le monde tend à avoir une civilisation uniforme, pour voir, en présence de la facilité <Jes transports, l’influence du sol et de ses productions se réduire quelque peu.

Cette influence fut capitale à l’aurore des civilisations, et surtout pendant les temps qui l’ont précédée. Le sol déterminait non seulement les conditions d’existence, mais encore les institutions politiques et sociales des peuples. Il serait facile de le montrer en examinant les populations qui ont vécu dans les forêts, dans les prairies, sur les plages maritimes ou sur les divers sols cultivés. Ne pouvant considérer ici tous les cas particuliers qui se sont présentés, nous nous bornerons à montrer l’immense influence de la nature du sol, en choisissant deux exemples bien tranchés : les espaces couverts de forêts et les steppes.

Ces deux sols fournissent à l’homme, par les produits de la chasse dans les premiers, par les produits des troupeaux dans les seconds, ses moyens d’existence. L’agriculture, n’étant pas nécessaire, est par conséquent à peu près inconnue ou fort rudimentaire. De ces conditions diverses d’existence découlent des institutions sociales fort importantes qu’on retrouve chez tous les peuples — quelle que soit leur race — placés dans des milieux identiques.

Les pays à forêts, ceux de l’Amérique méridionale, par exemple, procurent à l’homme, par la chasse, des moyens d’existence suffisants, mais précaires. En raison de l’exiguïté des ressources, les familles sont forcément peu nombreuses et disséminées sur de grands espaces. L’adresse et la vigueur de l’individu lui permettent de se suffire bien strictement quand il est jeune, mais ne le lui permettent guère quand il est vieux ; aussi les vieillards sont-ils peu considérés et souvent abandonnés ou même massacrés quand ils ne sont plus que des bouches inutiles. Le père de lamille ne rendant pas de services, son autorité est presque nulle, et l’influence des traditions, que seul il pourrait conserver, très faible. Les contestations pour les territoires de chasse étant fréquentes, les familles sont dans un état de guerre permanent. La guerre ne pouvant être entreprise utilement qu’avec des hommes et de la discipline, les familles sont obligées de se grouper en tribus sous l’autorité d’un chef. Son autorité devant être rigoureuse, elle est nécessairement despotique, et le pouvoir est par suite très centralisé. De telles conditions d’existence ne permettent guère aux peuples qui y sont soumis de sortir de la barbarie. Ce furent celles

où se trouvait la plus grande partie de la Gaule à l’époque de l’invasion romaine : sans eette invasion, elle fût restée barbare. Ce n’est guère, en effet, qu’en subissant une conquête que les peuples chasseurs peuvent entrer dans la voie du progrès.

N’ayant pas d’excédant de population, les peuples chasseurs n’ont eux-mêmes aucune tendance aux émigrations. La plus grande partie du monde serait encore déserte si, à son origine, il n’eût été habité que par des peuples chasseurs.

Tout autres sont les conditions d’existence et les institutions des peuples vivant dans les steppes, telles que celles qui couvrent les immenses régions existant à l’est de l’Europe et dans l’Asie centrale, Ces peuples sont des barbares encore, mais des barbares que la nécessité des émigrations ont amenés à peupler le monde, par conséquent à changer de contrée, et par conséquent encore à modifier leurs conditions d’existence suivant les exigences de leurs nouveaux milieux. Tant qu’ils ne sont pas sortis de leurs steppes, ils ne se sont jamais élevés à la civilisation, mais ils ont pu y atteindre aussitôt qu’ils en sont sortis, et la nécessité les a toujours obligés d’en sortir.

Les peuples qui habitent les steppes ne vivent guère que du produit de leurs troupeaux, et ce mode d’existence détermine fatalement cet état de la famille qu’on a nommé l’état patriarcal, dont le type se trouve dans la Bible. Les occupations journalières étant trop variées pour qu’un seul individu puisse y suffire, tous les membres de la famille doivent y collaborer. Les biens divers : troupeaux, objets d’exploitation — le sol lui-même quand il est par hasard cultivé — appartiennent en commun à la famille, qui vit sous l’autorité de son chef. La véritable unité sociale est alors, non pas l’individu, comme chez les peuples chasseurs, mais la famille. Elle est placée sous la direction absolue du père, qui est à la fois pontife, magistrat et souverain, constituant à lui seul toute la hiérarchie sociale, et par conséquent fort respecté. Dans des conditions semblables, un gouvernement céntral est sans objet. 11 est limité, en effet, à la direction des opérations militaires en temps de guerre, à une protection nominale, accompagnée quelquefois du paiement d’un tribut, en temps de paix.

Les peuples pasteurs étant toujours en mouvement, il ne peut y

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avoir chez eux de propriété du sol. Quand leurs troupeaux ont épuisé un territoire, ils doivent aller plus loin et sont fatalement condamnés à la vie nomade.

Tant qu’ils restent dans leurs vastes plaines, ces peuples nomades ne sont pas susceptibles de progrès. Tous leurs besoins étant satisfaits par. les produits de leurs troupeaux, rien ne les pousse à modifier leur existence.

L’autorité du père de famille, nulle chez les peuples chas- , seurs, mais si grande chez les peuples pasteurs, rend tout-puissant pour ceux-ci le joug de la tradition. Tant qu’ils ne sortent pas de leur territoire, ils ne changent pas. Tels ils étaient au temps d’Abraham, en Asie, tels nous les retrouvons encore aujourd’hui.

Mais une nécessité impérieuse a toujours forcé un grand nombre d’entre eux à des émigrations périodiques. Alors que les peuples chasseurs, voués à des conditions d’existence très précaires, se multiplient peu, les peuples pasteurs, dont l’existence est facile, se multiplient beaucoup. A des époques périodiques la population se trouve donc en excédant sur les moyens de subsistance, et elle doit alors émigrer. Ces émigrations sont d’ailleurs extrêmement faciles pour les peuples pasteurs. Ils vont devant eux, poussant leurs troupeaux, et emportant tout ce qu’ils possèdent sans esprit de retour. Leur seule patrie est le sol où ils campent aujourd’hui, et ce sol n’est pas celui où ils camperont demain. Ce n’est pas une armée, obligée de se préoccuper sans cesse de ses moyens de subsistance et de protéger sa base d’opération, qui se déplace; c’est un peuple tout entier qui se met en mouvement.

Par le fait seul de leur nombre et de leurs facilités de transport, ces pasteurs possèdent une puissance formidable, et il n’est guère d’empires qui aient pu lutter contre eux. Sans parler des rois pasteurs qui ont conquis l’Egypte, les grandes invasions qui ont fondu sur la Chine, l’Inde, l’Europe, et contribué à les peupler, étaient formées de peuples pasteurs : Gengis-Khan, Tamerlan, Attila, ne commandaient qu’à des hordes de nomades. Comme ces nuées de sauterelles qui ravagent tout sur leur passage, ils ont toujours été irrésistibles. La lutte contre eux n’a été possible que quand ces peuples pasteurs arrivaient dans des contrées où l’existence nomade ne leur était plus praticable.

On voit par ce qui précède à quel point les productions du sol influent dans l’histoire sur le mode d’existence et lès institutions sociales des hommes. Nous pourrions pousser beaucoup plus loin encore cette analyse; faire voir, par exemple, que les plages mari-

D'après une photographie de Sebah.

FIG. 88. — GROUPE DE CHANTEUfES ÉGYPTIENNES MODERNES.

times donnent naissance à des populations spéciales, où régnent la propriété familiale, un esprit de tradition mélangé d’esprit de nouveauté, un besoin d’émigration analogue à celui des pasteurs, mais limité à la partie mâle de la population. Nous pourrions également montrer l’influence des diverses cultures du sol dans les pays où l’on vit d’agriculture. Allant plus loin encore, nous pourrions

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examiner certaines sociétés compliquées, celles de l’Assyrie et de la Chaldée, par exemple, et faire voir comment des relations commerciales ont créé la richesse, qui a perfectionné l’agriculture, dans des régions où la nature du sol ne s’y prêtait que très peu; et comment, ces richesses disparaissant quand les courants commerciaux ont changé de direction, ces pays cultivés ont fait place à des déserts, et de grands empires se sont évanouis. Mais les limites de cet ouvrage ne nous permettent pas d’aller plus loin dans cette voie. Nous ne pouvions qu’indiquer très sommairement ici quelques-uns de ces problèmes fondamentaux auxquels les historiens n’ont guère songé, et qui entrent pourtant parmi les facteurs les plus importants de l’évolution des civilisations et des empires.

Voici donc, bien brièvement résumés, les effets de la nature extérieure sur l’homme; mais l’action des milieux est favorisée ou entravée par bien d’autres facteurs. Il ne suffirait nullement de transporter une race

d’un milieu dans un autre pour lui voir revêtir les caractères que nous avons attribués à l’influence des divers milieux.

D’une façon générale, l’action d’un milieu quelconque est extrêmement lente, et ne peut agir que sur des peuples jeunes, ou sur des races rajeunies par un sang nouveau et chez lesquelles la toutepuissante action de l’hérédité se trouve atténuée par des influences héréditaires agissant en sens contraire. C’est une erreur dont la science actuelle a enfin fait justice de croire que l’homme peut s’acclimater partout, c’est-à-dire s’adapter à tous les milieux. En fait, une race ne peut se déplacer de quelques degrés de latitude sans être bientôt anéantie. Bien que disposant pourtant de toutes les ressources de la civilisation moderne, les Français ne peuvent élever leurs enfants en Algérie, ni les Anglais les leurs dans l’Inde. Ils sont obligés de les renvoyer dans la mère patrie. L’homme des pays chauds ne supporte pas les climats froids; celui des pays froids supporte encore moins les climats chauds. L’Egypte, conquise par vingt peuples divers, a toujours été leur tombeau; pendant six mille ans d’histoire, aucune race étrangère n’a pu s’y acclimater. Elle est arabe aujourd’hui par la religion et la langue, elle est restée pharaonique par le sang.

Le travail d’assimilation par lequel la plante, l’animal ou l’homme s’adapte au milieu nouveau dans lequel il se trouve placé, ne peut se faire qu’avec une lenteur extrême et à la seule condition que le changement de milieu n’ait pas été trop soudain. Un poisson retiré de l’eau meurt, et cependant la science nous démontre que la constitution du poisson, lentement adaptée à des genres de vie nouveaux, est devenue celle du mammifère.

Les milieux physiques ont dû surtout agir au début de l’humanité, et leur rôle a été très important pour la différenciation des races. Leurs effets, accumulés à travers les siècles par l’hérédité, sont devenus des caractères indélébiles et bien tranchés. Mais ces caractères, aujourd’hui implantés dans les races, variés par des croisements, contrariés ou fortifiés par d’autres causes que nous verrons tout à l’heure, ont acquis une telle persistance et une telle stabilité qu’un changement de milieu n’a guère de prise sur eux. Le Hollandais restera flegmatique sous l’équateur, le Gascon, bruyant et plein d’exagération vers les pôles.

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Le milieu physique ne peut agir sur une race que lorsque cette race, à la suite d’une conquête ou d’une émigration, se mélange par des mariages avec celle qui, depuis des siècles, est soumise au nouveau milieu. Dans ce cas les influences de l’hérédité se trouvent dissociées et en partie annulées; l’action du milieu recouvre alors toute sa force, et, si elle a le temps devant elle, elle refait une nouvelle race qui tient des deux autres.

Cette dernière remarque sur la façon d’agir du milieu physique est rigoureusement applicable au milieu moral. Celui-ci se compose des idées, des croyances, des traditions, des sentiments qu’un peuple accumule également durant des siècles et qui circulent à la fois en nous et hors de nous parmi nos pareils. Si nous changeons de milieu moral, les tendances que nous devons à l’hérédité lutteront contre des influences nouvelles, tout comme elles lutteront contre un climat et un milieu physique nouveau. Les alliances contractées dans le milieu où nous entrons les atténueront pour nos enfants, et pourront les effacer complètement par la suite. Un Français s’installant au Japon ne se sentira nullement disposé assurément à laisser sa fille gagner sa dot en se prostituant, ce qui est pourtant là-bas un usage fort respecté. Mais si ses enfants et ses petits-enfants épousent des Japonaises et continuent à vivre dans le pays, il est probable qu’après quelques générations ils ne verront aucun mal à ce qui choquait leur aïeul.

En parlant de la morale, nous avons dit combien est forte la puissance de l’opinion. Elle résume et personnifie, pour ainsi dire, le milieu moral dans lequel nous vivons. Nul ne peut se soustraire à son pouvoir. Née elle-même de tous les facteurs qui ont peu à peu formé la race, elle façonne les esprits à son tour, et les plie plus ou moins à son joug.

Tout ce qui précède peut faire comprendre la complexité des causes qui président à la marche des individus, des races et des peuples. Chacune agit sur l’autre et nulle ri’est absolument prédominante. Non seulement on doit les considérer séparément, mais pour faire de la vraie science sociale exacte, il faudrait mesurer leur action les unes sur les autres et calculer leur résultante unique,, comme on calcule la force unique, résultant de l’attraction de divers corps agissent sur un seul. On ne saurait avoir aujourd’hui la

ont généralement acquis déjà ces caractères tranchés qui ne se transformeront plus que bien lentement dans la suite. Les plus vieux bas-reliefs égyptiens, sur lesquels se trouvent reproduits les types divers des peuples avec lesquels les Pharaons étaient en relation,

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