FIG. 90. — HORUS, OSIRIS ET ISIS
prétention d’accomplir une» pareille tache. Si elle devient jamais possible, ce ne sera pas avant bien des siècles.
g 2. — INFLUENCE DE LA RACE
Lorsque les races humaines apparaissent dans Phistoire, elles
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nous prouvent que nos grandes clarifications actuelles des races pouvaient déjà être appliquées à l’aurore de l’histoire.
Les races humaines, ou — pour parler un langage peut-être plus scientifique — les diverses espèces humaines qui vivent à la sur-
D'après une pliolog/apliio.
FIG. 91. — SÛT! l" FAISANT UNE OFFRANDE AUX DIEUX.
(Bas-relief du temple d’Abydos, construit quinze su clés avant notre ère.)
face du globe, se sont formées pendant les centaines de mille années qui ont précédé les temps historiques. Elle se sont formées, sans
doute, comme toutes les espèces animales, au moyen de lents changements produits par la variabilité des milieux, triés par la sélection et accumulés par l’hérédité. Mais si nous connaissons les lois générales de cette lente évolution, nous n’en connaissons pas les détails, et nous n’avons pas d’ailleurs à nous en préoccuper ici. Prenant les races toutes formées, notre but est de montrer l’importance immense que jouent dans l’évolution d’une civilisation les caractères moraux et intellectuels des races chez lesquelles cette civilisation s’est développée. Pour comprendre l’histoire des peuples, la genèse de leurs institutions, de leur morale et de leurs croyances, c’est leur constitution mentale qu’il faut étudier tout d’abord.
C’est en vain qu’on demanderait aux caractères anatomiques, comme on l’a fait pendant si longtemps, les moyens de différencier les peuples. La couleur de la peau ou des cheveux, la forme ou le volume du crâne ne donnent que des divisions fort grossières. La psychologie seule permet de préciser nettement les différences existant entre les diverses races. Elle nous montre que les peuples dont la constitution mentale sera semblable auront des destinées semblables, quand ils seront placés dans des circonstances analogues, alors qu’ils pourront différer beaucoup par leur aspect extérieur. C’est ainsi 'qu’on a pu comparer avec raison l’Anglais moderne aux anciens Romains. Il existe, en effet, une parenté évidente dans la constitution mentale de ces deux peuples: même énergie indomptable de caractère, même respect de leurs institutions, et même aptitude à les changer lentement, sans secousses, même capacité à conquérir les peuples et à conserver des colonies. Au point de vue du type extérieur, il y a au contraire une dissemblance complète entre le Romain aux formes trapues et robustes, au profil court et énergique, à la peau bronzée, aux yeux et aux cheveux noirs, et l’Anglo-Saxon, à la taille haute, à la figure allongée, à la peau blanche, aux yeux clairs et aux cheveux blonds.
En attendant l’époque, vraisemblablement fort . lointaine, où les progrès de l’étude du cerveau nous auront révélé les différences cérébrales correspondant aux divers modes de sentir et de penser, nous devons nous borner à différencier les peuples uniquement par leurs caractères psychologiques. .
Les deux éléments fondamentaux qu’il faut toujours examiner
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chez un peuple, sont le caractère et l’intelligence. Au point de vue du succès d’une race dans le monde, le caractère a une importance infiniment plus grande que celle de l’intelligence. Un individu, ou une race, font leur chemin dans la vie beaucoup plus avec celui-là qu’avec celle-ci. La Rome de la décadence possédait assurément plus d’esprits intelligents que la Rome des premiers âges de la République. Les artistes brillants, les rhéteurs éloquents, les écrivains habiles, s’y montraient par centaines. Mais ce qu’elle n’avait plus, c’était des hommes au caractère viril, énergique, peu soucieux sans doute des raffinements de l’intelligence, mais très soucieux de la puissance de la cité dont ils avaient fondé la grandeur. Quand elle les eût tous perdus, Rome dut céder la place à des peuples beaucoup moins intelligents, mais beaucoup plus énergiques. La conquête du vieux monde gréco-latin, raffiné et lettré, par des tribus d’Arabes barbares constitue un autre exemple du même ordre. L’histoire d’ailleurs en est pleine, et l’avenir en présentera sans doute plus d’un encore.
Au point de vue du développement historique d’un peuple, son caractère joue donc un rôle supérieur à celui de son intelligence. Au point de vue du niveau de la civilisation, c’est au contraire l’intelligence qui l’emporte. Toutefois l’action de cette dernière ne s’exerce qu’à la condition qu’elle ne soit pas simplement assimilatrice, mais créatrice. Les peuples doués seulement d’intelligence assimilatrice, tels que les Phéniciens autrefois, les Mogols plus tard, et les Russes de nos jours, peuvent s’approprier plus ou moins une civilisation étrangère, mais ils ne la font pas progresser. C’est aux peuples doués d’intelligence créatrice, tels que les Grecs dans l’antiquité et les Arabes au moyen âge, que sont dus tous les progrès généraux dont l’humanité entière profite, alors que les conquêtes guerrières ne profitent guère qu’à un seul peuple.
C’est uniquement, en effet, au développement de l’intelligence créatrice, c’est-à-dire de l’aptitude à associer les idées, à voir leurs analogies lointaines et leurs différences que sont dues toutes les découvertes. C’est cette faculté qui permit à Newton de découvrir que la chute d’une pomme est un phénomène du même ordre que la gravitation d’re, astnu à Franklin de reconnaître l’analogie de l’étincelle électrique et de la foudre.
L’observation la plus superficielle démontre bien vite que les divers individus qui composent une race sont eux-mêmes différents les uns des autres par leur aspect physique aussi bien que par leur constitution morale et intellectuelle; mais une observation
un peu plus attentive montre bientôt que, sous ses diversités apparentes, se cache un ensemble de caractères communs à tous les individus de cette race, caractères aussi stables que les vertèbres chez les vertébrés, et dont l’ensemble constitue ce qu’on a justement nommé le caractère national d’un peuple.
Quand nous parlons physiquement ou moralement d’un Anglais, d’un Japonais d’un Nègre , .nous lui attribuons immédiatement — et le plus souvent sans nous tromper beaucoup — un ensemble de traits généraux qui sont précisément une sorte de condensation des caractères, du type moyen de sa race. En agissant ainsi, nous procédons inconsciemment comme le naturaliste qui décrit une espèce animale. S’il s’agit du chien ou du cheval, par exemple, les caractères choisis par lui seront assez généraux pour être applicables à toutes les races possibles de chiens ou de chevaux, qu’il s’agisse d’un roquet ou d’un bouledogue, d’une fine bête de course ou d’un lourd cheval de charrue.
Ces caractères nationaux, créés, chez des peuples homogènes par 1 influence longtemps continuée des mêmes milieux, des mêmes institutions, des mêmes croyances, jouent un rôle tout à fait fondamental, bien qu’invisible, dans la vie des peuples. Ils représentent
Une gravure d’une portion de ce temple a déjà été donnée page 36. On en trouvera d’autres plus loin.
le passé de toute une race, le résultat des expériences et des actions de toute une longue série d’ancêtres. Chaque individu qui vient à la lumière apporte cet héritage avec lui. Durant son existence entière la vie passée de ses ascendants pèsera sur toutes ses actions d’un poids auquel rien ne pourrait le soustraire. Son caractère, c’est-àdire l’ensemble des sentiments qui le guideront dans la vie, c’est la voix de ses ancêtres. Elle est toute-puissante, cette voix des morts, et quand elle se trouve en opposition avec celle de la raison, ce n’est pas cette dernière qui pourrait triompher d’elle. Le poids du passé est infiniment grand, alors que celui du milieu, pendant la courte durée d'une existence, est infiniment petit.
« Car le passé de l’homme en son présent subsiste,
« Et la profonde voix qui monte des tombeaux « Dicte un ordre implacable, auquel nul ne résiste. » *
C’est précisément cette toute-puissante influence du passé qui fait que pour comprendre l’évolution d’un peuple, il faut d’abord étudier son histoire. C’est toujours dans le passé d’un peuple qu’il faut chercher l’explication de son état présent.
11 en est des races humaines comme des espèces animales : les unes présentent beaucoup de variétés, d’autres, au contraire, en offrent très peu. Moins la race présente de variétés — ou, si l’on préfère, moins les variétés s’écartent d’un type moyen — plus cette race est homogène. Tel est, par exemple, l’Anglais actuel, chez qui l’ancien Breton, le Saxon et le Normand se sont effacés pour former un type absolument nouveau et tout à fait tranché. Si, au contraire, les groupes sont juxtaposés sans avoir été suffisamment mélangés, la race reste hétérogène, et le type moyen devient plus difficile à établir, parce que les traits communs qui le composent sont moins nombreux. En France, le Provençal est bien différent du Picard, et l’Auvergnat du Bourguignon. Cependant, s’il n’existe pas encore un type moyen du Français, il existe au moins des types moyens de certaines régions. Ces types sont malheureusement assez séparés par les idées et le caractère. Il est donc par conséquent difficile de
* Daniel Lesueur.
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trouver des institutions qui puissent leur convenir à tous. Nos divergences profondes d’idées, de besoins et de croyances, tiennent principalement à des différences de constitution mentale que l’avenir seul pourra peut-être effacer.
Il est aisé de comprendre que, plus une race sera homogène, plus elle possédera d’idées et de sentiments communs; et, par conséquent, plus elle sera forte et appelée à marcher rapidement dans la voie du progrès. Là, au contraire, où les idées, les traditions, les croyances, les intérêts restent séparés, les dissensions seront fréquentes, le progrès toujours très lent et souvent complètement entravé. Aucune idée ne pourrait être plus chimérique que celle de plier au même joug des races trop différentes. Alors même que le joug serait de fer, il ne réussirait qu’à s’imposer un instant. Les grands empires formés de races dissemblables auront toujours une histoire identique. Ceux d’Alexandre et de Charlemagne se sont disloqués dès que la main puissante de leur fondateur a cessé d’en maintenir ensemble les morceaux. Parmi les nations modernes, les Hollandais et les Anglais ont seuls réussi à imposer leur joug à des peuples asiatiques fort différents d’eux. Ils n’y sont parvenus que parce qu’ils ont su respecter les mœurs, les coutumes et les lois de ces peuples, les laissant en réalité s’administrer eux-mêmes, et bornant leur rôle à toucher une partie des impôts, à pratiquer le commerce et à maintenir la paix.
On voit, par ce qui précède, combien il importe d’étudier la composition d’un peuple pour expliquer son histoire. Le lecteur comprend sans peine maintenant que le mot peuple ne peut être dans aucun cas considéré comme synonyme de race. Un empire, un peuple, un État, c’est un nombre plus ou moins considérable d’hommes réunis par les mêmes nécessités politiques ou géographiques, et soumis aux mêmes institutions et aux mômes lois. Ces hommes peuvent appartenir à la même race, mais ils peuvent également appartenir à des races fort diverses. Si ces races sont trop différentes, aucune fusion n’est possible. Elles peuvent, à l’extrême rigueur, vivre côte à côte, comme les Hindous soumis aux Européens, mais il ne faut pas rêver de leur donner des institutions communes.
Tous les grands empires réunissant des peuples dissemblables
ne peuvent être créés que par la force et sont condamnés à périr par la violence. Ceux-là seuls peuvent durer qui se sont formés lentement, par le mélange graduel de races peu différentes, croisées constamment entre elles, vivant sur le même sol, subissant l’action d’un même climat, ayant les mêmes institutions et les mêmes croyances. Ces races diverses peuvent, au bout de quelques siècles, former une race nouvelle bien homogène *.
A mesure que vieillit le monde, les races deviennent de plus en plus stables et leurs transformations par voie de mélange de plus en plus rares. Aux temps préhistoriques, alors que l’homme avait un passé héréditaire moins long, qu’il ne possédait ni des institutions bien fixes, ni des conditions d’existence bien sûres, les milieux avaient sur lui une action beaucoup plus profonde. La civilisation a permis aujourd’hui à l’homme de se soustraire en grande partie à l’influence des milieux, mais elle ne pourrait le soustraire à celle de son passé; A mesure que l’humanité devient plus vieille, le poids de l’hérédité devient plus lourd. Il l’est tellement aujourd’hui, que l’hérédité seule peut lutter contre l’hérédité. Elle seule a le pouvoir de dissocier, par des croisements répétés, les caractères fixés dans une race, en lui opposant des caractères contraires.
Mais, pour que dans le 'mélange de deux races l’hérédité puisse agir, il faut d’abord que l’une ne soit pas numériquement trop inférieure à l’autre; il faut ensuite que ces deux races n’aient pas une constitution mentale ou physique trop différente.
La première de ces conditions est tout à fait fondamentale. Lorsque deux races différentes se trouvent en présence, la plus nombreuse absorbe rapidement l’autre. Au sein d’une population noire, quelques familles de blancs disparaissent bientôt sans laisser de traces. Un tel sort a été celui de tous les conquérants puissants par les armes, mais faibles par le nombre. Ceux-là seuls
* Le mécanisme de cette fusion de divers éléments d’une race est assez rare à observer. Je l’ai constaté néanmoins, pendant un de mes voyages, chez une population de montagnards perdue au fond de la Galicie, aux pieds des monts Tatras. Le mémoire dans lequel j’ai consigné mes observations a paru dans les Bulletins de la Société de Géographie de Paris.
D'après Ebei
ont échappé à cette disparition rapide qui ont, comme jadis les Aryens, comme aujourd’hui les Anglais, établi un système de castes extrêmement rigide empêchant le mélange des vainqueurs et des vaincus. Le régime des castes étant l’exception, la règle générale est de voir, au bout d’un petit nombre de générations, le peuple conquérant absorbé par le peuple conquis. Il ne disparaît pas, d’ailleurs, sans laisser des traces civilisatrices derrière lui. L’Égypte, conquise par les Arabes, absorba bien vite ses vainqueurs, mais ceux-ci lui laissèrent les éléments les plus importants d’une civilisation : la religion, la langue et les arts. Un phénomène analogue s’est passé en Europe au point de vue de la race des peuples dits latins. Français, Italiens et Espagnols n’ont, en réalité, aucune trace de sang latin dans les veines; mais les institutions des Romains étaient si fortes, leur organisation si puissante, leur influence civilisatrice si grande, que les pays occupés par eux pendant des siècles restent latins par la langue, par les institutions, par le génie qui leur est propre.
Ce n’est pas d’ailleurs parce qu’il est le plus fort qu’un peuple impose sa civilisation à un autre; bien souvent c’est le vaincu qui impose la sienne au vainqueur. Les Francs finirent par triompher de la société gallo-romaine, mais ils furent bientôt moralement conquis par elle. Ils le furent physiquement aussi, car ils se noyèrent dans le sein d’une population plus nombreuse qu’eux. Cette conquête des vainqueurs par les vaincus s’observe aussi, à un degré bien plus élevé encore, chez les peuples musulmans. Ce fut précisément alors que la puissance politique des Arabes avait complètement disparu, que leur religion, leur langue et leurs arts se répandirent de plus en plus. Ils sont 50 millions aujourd’hui dans l’Inde, 20 millions en Chine; et, d’une façon lente mais sûre, ils finiront par être en Afrique les civilisateurs dû grand continent mystérieux.
Lorsque les races mises en présence' par le hasard des invasions et des conquêtes sont trop dissemblables, il n’y a pas, comme je l’ai dit plus haut, de joug capable de les fusionner. Le seul résultat qui puisse se produire est l’extermination de la race la plus faible. Conquise depuis des siècles, l’Irlande n’a jamais été. soumise, et sa population décroît chaque jour. Pour les peuples tout à
fait inférieurs, la destruction est beaucoup plus rapide encore. Il est des races, telles que les Tasmaniens, dont on ne connaît plus un seul représentant; et il en sera de même sans doute bientôt des Peaux-Rouges. Tout peuple inférieur mis en contact avec un peuple supérieur est fatalement condamné à périr.
Ce n’est pas toujours par voie d’extermination systématique et sanglante qu’un peuple inférieur disparaît au contact d’un peuple supérieur ; la simple action de présence — pour employer un terme chimique — suffit à amener la destruction. Dès que le peuple supérieur s’établit dans un pays barbare, avec son mode d’existence compliqué et ses nombreux moyens de subsistance, il accapare et soumet toutes les forces vives de la contrée avec beaucoup plus d’aisance et de rapidité que les premiers occupants. Ceux-ci, jadis les maîtres de toutes les ressources de la terre, n’arrivent plus qu’à en arracher péniblement les restes infimes des vainqueurs, et ils se trouvent dans des conditions d’infériorité telles, qu’ils meurent de faim s’ils ne sont pas décimés par le fer ou par les vices que les Européens leur apportent, vices qui constituent à peu près tout ce qu’ils peuvent emprunter à des civilisations compliquées dont l’abîme de l’hérédité les sépare.
Les massacres méthodiques d’indiens ont à peu près cessé dans l'Amérique du Nord, et pourtant les Peaux-Rouges continuent à reculer et à diminuer devant la race blanche. Soumis à des influences héréditaires devenues trop lourdes pour pouvoir se transformer, ils ne savent et ne veulent vivre que de chasse; or leurs antiques territoires de chasse, accaparés, défrichés et cultivés par les Anglo-Saxons, ne leur offrent plus les anciennes ressources.. En vain leur donne-t-on des champs et des maisons toutes bâties ; ils logent leurs chevaux dans les maisons, continuent eüx-mèmes à demeurer sous la tente comme avaient fait leurs pères, et se laissent mourir plutôt que de mettre à la charrue une main qui ne sait manier que les armes.
Lorsque, malgré une .grande inégalité de culture, deux races très différentes arrivent à se mélanger, le résultat n’est plus désastreux pour la race inférieure, mais il l’est alors, au contraire, pour la race supérieure. Elle disparaît bientôt, en effet, pour faire place à une race intermédiaire qui, au point de vue intellectuel, peut repré-
senter quelquefois une sorte de moyenne entre les deux races dont elle est issue, mais qui, moralement, est toujours inférieure à Tune et à l’autre. Le passé ayant été dissocié par l’hérédité, l’individu flotte entre deux morales diverses et n’en suit généralement aucune. Le plus souvent,, ce qu’il emprunte aux races dont il sort, ce sont leurs vices, c’est-à-dire ce fonds inférieur de barbarie qui se trouve chez tous les peuples, quel que soit leur niveau, et qui plonge jusqu’aux racines de cette animalité primitive pesant encore