FIG. 95. — LES BORDS DU NIL A PHILÆ (HAUTE ÉGYPTE
sur nous. Les produits du croisement de l’Hindou et de l’Européen, sans parler de ceux plus misérables encore résultant du croisement du nègre et du blanc, montrent bien les tristes résultats qui sont la conséquence de tels mélanges. Jamais les métis n’ont fait progresser une société; le seul rôle qu’ils peuvent remplir est de dégrader, en les abaissant à leur niveau, les civilisations dont le hasard les a fait hériter. Nous en avons un exemple qui dure encore dans les populations hispano-américaines actuelles. Le mélange de la fière et ardente race espagnole
FIG. 96. — REINE ÉGYPTIENNE DE LA XIXe DYNASTIE ET SES SUIVANTES.
Cette restitution, exécutée pour cet ouvrage par un de nos peintres les plus habiles, M. Rochegrosse, a été faite uniquement aveu des documents empruntés à des peintures des tombes de Thèbes, antérieures de quinze siècles environ à notre ère LES PREMIÈRES CIVILISATIONS SI
du XVIe siècle avec des populations inférieures, a fait naître des nations bâtardes, sans énergie, sans avenif, et complètement incapables d’apporter la plus faible contribution aux progrès de la civilisation.
Les résultats tout à fait désastreux que peut produire pour une race supérieure son mélange avec des races inférieures avaient été parfaitement perçus par les plus anciens peuples civilisés. Ce fut sans doute l’origine de ce régime des castes qui empêchait toute union entre gens de races différentes, et que nous retrouvons chez beaucoup des sociétés anciennes. Sans lui, l’homme n’eût jamais peut-être dépassé l’aurore de la civilisation. Grâce à ce système puissamment sanctionné par la loi religieuse, les anciens Aryens, lorsqu’ils pénétrèrent dans l’Inde, habitée alors par des hordes sauvages à peau noire, purent se préserver de tout mélange, et, par conséquent, de la dégradation et de l’absorption finales qui les menaçaient. Sans le régime des castes, la civilisation brillante qu’ils fondèrent sur les rives du Gange n’eût jamais pris naissance, et l’histoire n’aurait pas eu à s’occuper d’eux. Ce régime joua donc, en réalité, un rôle immense dans l’histoire des premières civilisations. Si, avec nos idées modernes, nous le trouvons injuste,, c’est que, fortifié par de longues traditions, il a survécu chez plusieurs peuples aux nécessités qui l’avaient fait naître.
Mais si le mélange entre races arrivées à des phases d’élévation très inégales est toujours funeste, il en est tout autrement lorsque ces races, tout en possédant des qualités différentes, sont parvenues à peu près à la même période de développement. Leurs qualités peuvent alors se compléter fort utilement. C’est précisément par le mélange de races déjà élevées en culture, et dont les qualités pouvaient s’associer, que s’est formée cette brillante république des États-Unis, qui semble devoir bientôt dépasser. toutes les nations civilisées du vieux monde. Ce qui a contribué, d’ailleurs, à préparer . bétonnante vigueur de ce peuple, c’est qu’il s’est constitué, non seulement par le mélange d’éléments (Anglais, Irlandais, Français, Allemands, etc.) déjà très développés, mais de plus, que les individus qui se croisaient étaient eux-mêmes les résultats d’une sélection opérée parmi les membres les plus actifs et les plus vigoureux de ces diverses nations. Presque
tous les émigrants aux États-Unis étaient des hommes hardis, aventureux, qui trouvaient trop étroits les horizons matériels de leurs patries respectives, et trop étroit aussi les horizons moraux quand la persécution religieuse portait atteinte à l’indépendance de leur caractère. Énergiques, ingénieux, sans crainte, et parfois sans scrupule, ils devaient former bientôt une nation qu’aucune entreprise ne ferait reculer. 11 ne lui manque guère que le sens artistique, qui faisait aussi défaut à ses ancêtres. Ce n’était pas parmi des poètes, des raffinés, des artistes ou des rêveurs que pouvaient se recruter des vaillants aventuriers partant pour la conquête d’un monde inconnu.
Quelques-uns des exemples que nous avons choisis pour appuyer les idées exposées dans ce chapitre, semblent nous éloigner des premières civilisations qui font l’objet de cet ouvrage. Ils illustrent cependant des lois générales agissant déjà au début de l’histoire. Ce n’est qu’en nous appuyant sur eux que nous pouvions montrer les effets de ces lois, et saisir ainsi quelques-unes des causes de l’évolution des peuples.
Ces lois générales nous font comprendre pourquoi telle conquête a été l’origine d’une brillante civilisation, et pourquoi telle autre, au contraire, a commencé une ère de désordre et d’anarchie. Elles nous disent pourquoi l’Oriental a toujours aisément imposé son joug et fait adopter ses coutumes à des Orientaux, dont la constitution mentale se rapprochait de la sienne; pourquoi, au contraire, les luttes entre Occidentaux et Orientaux ont eu un caractère si farouche et se sont terminées par d’impitoyables écrasements des vaincus. Elles nous montrent encore pourquoi tel peuple a été colonisateur et a su, soit naturellement s’il était de la race des vaincus, soit en respectant leurs. coutumes, leurs croyances et leurs mœurs, s’il leur était trop étranger, maintenir son autorité sur des nations lointaines.
Avant de quitter les généralités sur cette question de la race, capitale dans l’histoire des civilisations, nous voulons encore dire un mot du grand problème qui consiste à savoir si le développement progressif de l’humanité a pour effet de tendre à égaliser les races, ou, au contraire, à les différencier de plus en plus. La réponse est facile à prévoir. Le niveau supérieur de la culture
humaine monte toujours; mais par ce fait même, et puisqu’il y a toujours des nations qui occupent le dernier échelon, l’abîme entre celles-ci et les races supérieures devient chaque jour plus profond. Certes, le progrès s’ouvre, même pour les groupes humains les plus reculés. Mais la loi de ce progrès est que sa marche s’accélère à mesure qu’il s’avance. C’est à pas de géants qu’évoluent maintenant les races supérieures, tandis que les autres réclament encore
les longs siècles que nos aïeux ont traversés pour être au point où nous en sommes. Et lorsque ces races inférieures y arriveront, où serons-nous? Plus loin d’elles encore qu’ aujourd’hui, sans aucun doute, à moins que nous n’ayons disparu.
Il résulte évidemment de ce qui précède qu’à mesure que les races humaines se civilisent, loin de marcher vers l’égalité, elles tendent à se différencier de plus en plus. Le même raisonnement, d’ailleurs, est rigoureusement applicable aux individus. La civilisation ne pouvant agir également sur des intelligences inégales, et les plus développées devant nécessairement profiter plus que celles qui le sont moins, on voit, par des considéra-