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FIG. 112. — THÈBES. PYLÔNE DU TEMPLE DE MÉDINET-ABOU

D'après une photographie

Cr temple fut construit par Ramsès III, treize siècles environ avant J.-C., mais complété par des rois de diverses dynasties, notamment sous les Giecs et les Romains On y trouve des eartouelics de Tibère, d’Adrien et d Antoum. L’intérieur du monument e t couvert de Ras-reliefs représentant des scènes de la vie de Ramsès 111.

Chaque peuple, chaque individu même, possède un idéal variable, suivant ses goûts, son âge, son intelligence, sa façon de concevoir le monde et la vie.

L’Hindou fanatisé, qui se précipite sous les roues du char de ses dieux; le trappiste, qui passe toute sa vie en face de sa tombe ouverte; le soldat, qui meurt pour son drapeau; l’avare, qui compte son trésor; le savant, qui épie jour par jour un seul des secrets de la nature, sont conduits par l’idéal qu’ils ont entrevu et qui est devenu leur maître.

Elles sont infinies les formes de cet idéal; diverses et variées comme l’âme humaine elle-même. Elles n’ont de commun que d’être généralement de vaines chimères et cependant d’exercer une formidable puissance sur les âmes. Des croyances dont nous sourions aujourd’hui enchantèrent des générations d’hommes, qui, pour elles, ont donné joyeusement leur vie. Et les idées qui nous enflamment maintenant, que nous considérons comme de précieuses réalités, comme les conquêtes immortelles de nos révolutions, sembleront, elles aussi, sans doute, à nos descendants, de vaines ombres, ainsi que nous semblent aujourd’hui les croyances naïves qui ont passionné nos pères.

Ombres sans doute les unes et les autres, mais ombres toutespuissantes, dont l’humanité ne saurait se passer, par lesquelles seules elle peut grandir, et pour lesquelles seules elle consent à souffrir. Le pessimisme moderne voudrait les anéantir, ces fantômes qui s’appellent religion, honneur, patriotisme, amour de la gloire; mais tel est pourtant le pouvoir de l’espoir et du rêve, que la dernière expression du pessimisme, c’est-à-dire le nihilisme, affecte les formes, le langage et aussi les sentiments de la foi la plus farouche, et que le scepticisme libre-penseur montre bien souvent l’intolérance, l’âpre ardeur d’un prosélytisme étroit et dévot. L’affirmation sera éternellement plus humaine que la négation. Par une ironie à la fois amère et consolante de notre nature, celui qui s’attaque à l’idéal s’en fait un autre de sa révolte même, et l’homme qui nie le bonheur le cherche encore dans l’orgueil étalé de son néant.

Toutes les hautes personnalités de génie, qui, à certains moments, ont semblé les arbitres des destinées humaines, n’ont pas

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fait autre chose que saisir, concentrer, exprimer, incarner l’idéal dominant de leur race et de leur temps. Les plus puissants pasteurs de peuples n’ont jamais conduit une nation que par son rêve. Moïse a représenté pour les Israélites la passion de la liberté qui couvait depuis des années dans leurs seins d’esclaves, sous leurs chairs lacérées par les fouets égyptiens ; il a été l’Exode bienheureuse, la délivrance tant espérée. Bouddha et Jésus ont prêté l’oreille au long et sourd sanglot des misères infinies; ils n’ont pas inventé la charité : c’était un sentiment nouveau, il est vrai, pour l’humanité, mais qui, peu à peu, était né de la sympathie pour des souffrances universelles auxquelles nul n’était sûr d’échapper. Mahomet réalisa par l’unité de la croyance l’unité d’un peuple divisé en milliers de tribus rivales; il puisa dans l’âme ardente de sa race l’enthousiasme farouche qui trouva si vite un écho, et qui lança les Arabes à la conquête du vieux monde. Le soldat de génie qui fut Napoléon ne devint l’idole de la Révolution que parce qu’il en fut le vrai symbole; il incarna l’idéal de gloire militaire, de propagande révolutionnaire, du peuple qu’il promena pendant quinze ans à travers l’Europe à la poursuite des plus folles aventures.

L’idéal religieux et l’idéal patriotique ont toujours été les plus irrésistibles parmi ceux qui ont conduit le monde. Dans toute l’antiquité, nous les voyons étroitement réunis. Aussi agissaient-ils alors avec une énergie inconnue de nos jours. Les ambitions personnelles de l’individu s’effacaient devant eux; tout convergeait au bien public; chacun travaillait, se battait, vivait et mourait pour la gloire et pour les dieux de la cité. Rome s’est; pendant plus de sept siècles, adorée elle-même; elle a su remplir de cette adoration unique tous ses enfants, dont la religion n’avait de lien, d’unité, de vraisemblance, que parce que les oracles, les sacrifices, les céré- •monies avaient la grandeur, la prospérité de Rome pour objet. Les affections de famille disparaissaient, étouffées sous un sentiment si absolu. Le premier Brutus tua ses fils, le second son père adoptif, parce qu’ils crurent que l’intérêt de Rome voulait que ce sang fût versé. Jamais idéal plus tangible, plus puissant, plus compact, pour ainsi dire, embrassant tous les autres, ne régna sur des cœurs d’hommes; jamais non plus aucun ne fit accomplir de

plus grands efforts. L’Anglais, nous avons eu déjà occasion de le dire, est le peuple moderne qui, par caractère, se rapproche le plus du Romain; sa fidélité tendre, presque superstitieuse, pour ses princes, pour sa famille souveraine, gardienne et représentante de la patrie, a quelque chose de la fervente religiosité du citoyen romain. La décadence atteint vite la nation qui ne possède pas un idéal quelconque, même puéril, pour servir de lien à ses énergies multiples et les diriger toutes dans un même sens.

Ce sont, en définitive, les idées qui mènent le monde. Elles naissent d’abord sous des formes vagues, flottent dans l’air en changeant lentement d’aspect, jusqu’au jour où elles apparaissent tout à coup sous la forme d’un grand homme ou d’un grand fait. Peu importe, pour la puissance de leur action, qu’elles soient vraies ou fausses. L’histoire nous prouve que les illusions les plus vaines ont toujours beaucoup plus fanatisé les hommes que les vérités les mieux démontrées. Ce sont, en effet, les plus vaines qui sont les plus aptes à flatter l’imagination et les sentiments, ces deux grands ressorts de l’être humain. C’est la Mahcimaya des Hindous, l’universelle et éternelle chimère, qui, sous mille aspects divers, flotte sur notre chemin de l’humanité, nous attirant invinciblement.

C’est de ses illusions à la fois redoutables, séduisantes et fragiles, que l’humanité a vécu jusqu’ici et sans doute continuera à vivre encore. Ce sont de vaines ombres, mais des ombres qu’il faut respecter pourtant. Grâce à elles, nos pères ont connu l’espérance, et, dans leur course héroïque et folle, il nous ont sorti de la barbarie primitive et conduits au point où nous sommes aujourd’hui. De tous les facteurs du développement des civilisations énumérés par nous jusqu’ici, les illusions sont peut-être le plus puissant. C’est une illusion qui a fait surgir les pyramides et pendant cinq mille ans hérissé l’Égypte de colosses de pierre. C’est une illusion semblable qui, au moyen âge, a édifié nos gigantesques cathédrales et conduit l’Occident à se précipiter sur l’Orient pour conquérir un tombeau. C’est en poursuivant des illusions qu’ont été fondées des religions qui ont plié la moitié de l’humanité sous leurs lois, qu’ont été édifiés ou détruits les plus formidables empires. Ce n’est pas à la poursuite de la vérité, mais bien à celle de l’erreur, que l’humanité a dépensé le plus d’efforts. Les buts chi-

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mériques qu’elle poursuivait, elle ne pouvait les atteindre, mais

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