‹ Les premières civilisationsChapitre 35 sur 189 · LE MILIEU · texte numérisé non relu

LE MILIEU

« L’Égypte est un don du Nil », a dit Hérodote.

La science moderne, loin de contredire cette assertion, ne peut qu’en étendre le sens. Le Nil a tout créé, tout déterminé en Égypte : le sol et ses productions, les espèces animales, les occupations des hommes, leur caractère national, leurs institutions politiques et sociales. Il continue à soutenir son œuvre, qui ne subsiste que par lui. Si un cataclysme imprévu venait à détourner son cours en amont de la cataracte de Syène, l’Égypte disparaîtrait fatalement; les sables du désert recouvriraient bientôt de leur linceul cette vallée fameuse et effaceraient jusqu’à la dernière trace de la plus antique des civilisations humaines.

L’Égypte a été conquise par son fleuve sur l’étendue désolée du Sahara. Elle n’est, en réalité, qu’une longue oasis, d’un peu plus de deux cents lieues de longueur, et dont la largeur varie de 1 à 20 kilomètres. Quant au Delta, cette contrée triangulaire d’une fertilité si grande, ce n’est pas sur le désert que le Nil l’a conquise, c’est sur la mer. Il l’a apportée, grain à grain, durant des centaines de siècles, du fond de la mystérieuse Afrique. Elle est faite tout entière du. limon qu’il charrie, et auquel l’absence de marée dans la Méditerranée a permis de se déposer sans être dispersé, comme il le serait à l’embouchure des grands fleuves océaniques.

Ce limon, que le Nil entraîne et qu’il dépose sur ses bords durant son inondation annuelle, contribue également à exhausser son lit et ses rives; cet exhaussement est évalué à environ 132 mil-

limètres par siècle. 11 a pour effet de donner à l’Égypte habitable la forme d’une bande de terre légèrement convexe, creusée au sommet d’une rainure qui représente le cours du fleuve. A la base des deux chaînes de montagnes — la chaîne libyque à l’ouest .et la chaîne arabique à l’est, qui enferment la vallée — le sol forme donc une double dépression. Ce sont ces terres basses, pourtant les plus éloignées du fleuve, qui sont les premières inondées, tandis qu’il reste, le long des rives , proprement dites, des parties plus élevées, que l’eau n’atteint pas et que l’on est obligé d’arroser par des moyens artificiels.

La crue du Nil commence au solstice d’été et atteint sa plus grande hauteur à l’équinoxe d’automne. A ce moment, les terres basses, qui d’abord se sont mouillées avant les autres par infiltration, se trouvent couvertes par les eaux; les plus élevées sont détrempées et marécageuses; les canaux de dérivation sont envahis par les flots; les îlots de terre D’après la Coiumi&sioa u’Egypie. sèche reçoivent artificiellement leur part F,G- 1U- de l’eau bienfaisante. Les machines, toutes

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