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DÉTAILS D’UN PILIER DU TEMPLE

de MÉü.NET-ABou. primitives, qui servent a puiser et a

répandre l’eau — le schcidouf, qu’un homme suffit à manœuvrer, et la noriah , sorte de roue mise

en mouvement par des bœufs — sont les mêmes que celles dont se servaient les esclaves hébreux, et que l’on voit représentées sur les plus vieux monuments égyptiens.

A partir de l’équinoxe d’automne, les eaux se retirent; les

D'après one photographie.

FIG. llo. — THÈBES. COLONNADE DU TEMPLE DE MÉDINET-ABOU

semailles se font à mesure, et les récoltes ont lieu en février, mars et avril. Le Nil, en quittant les terres inondées, laisse à leur surface un limon noirâtre qui est le plus puissant des engrais. Les paysans en étendent, comme chez nous le fumier, sur les parties hautes, que l’inondation n’a pas atteintes. Dans ce sol, encore humide et si prodigieusement fertile, presque aucun travail n’est nécessaire; le labourage est souvent inutile; les semences jetées à la surface s’enfoncent de leur propre poids dans la terre mouillée, et donnent ces moissons d’une incroyable richesse qui avaient fait de l’Égypte le grenier d’abondance de Rome.

A peine la dernière est-elle recueillie, que le moment de la sécheresse commence. Un vent du sud, brûlant et pénible, s’élève, et souffle pendant cinquante jours : c’est le kamsîn , qui arrive, chargé de sable, et qui recouvre la nature entière comme d’un linceul grisâtre ; tout vestige de verdure disparaît sous la poussière ; la terre se dessèche et se fendille; une langueur générale saisit les hommes et les animaux.

Enfin, le vent du nord souffle à son tour au commencement de juin; les eaux du Nil se troublent; elles roulent d’abord verdâtres, et ensuite, pendant quelques jours, rouges comme du sang; le fond durci des citernes s’humecte peu à peu, puis se recouvre d’une légère nappe d’eau. C’est la crue qui s’annonce. Une vie nouvelle circule dans les veines de la vieille Égypte.

Dans la vallée du Nil, il n’y a donc pas de saisons comme nous les comprenons; l’année se divise en trois périodes, déterminées par les mouvements du fleuve : la période de l’inondation, la période de culture et la période de sécheresse. L’aspect du pays varie complètement de l’une à l’autre de ces trois saisons. C’est ce que le conquérant Amrou voulait représenter à Omar lorsqu’il lui écrivait que l’Égypte ressemble alternativement « à un champ de poussière, à une mer d’eau douce et à un parterre de fleurs. »

Les anciens Égyptiens attribuaient autrefois à la bienveillance miraculeuse de leur fleuve divinisé ces débordements périodiques qui font la vie et la richesse de leur pays. On sait aujourd’hui qu’ils correspondent aux pluies torrentielles qui tombent, vers le mois de mars, dans les régions de l’Afrique équatoriale où le Nil prend sa source. Ces pluies, qui n’atteignent pas l’Égypte, la fertilisent indi-

LA CIVILISATION ÉGYPTIENNE

rectement. Ce serait pourtant une erreur de croire, comme on l’a dit trop absolument, qu’il ne pleut jamais dans la vallée du Nil. Mais les ondées, assez fréquentes à certains moments dans le Delta, deviennent de plus en plus rares à mesure qu’on remonte vers la Haute-Égypte. Elles n’auraient d’ailleurs jamais eu le pouvoir d’arracher l’Égypte à sa stérilité sans les inondations du Nil.

Le fleuve bienfaisant, quoiqu’il remplisse le premier rôle, doit être aidé par la main des hommes pour donner à l’Égypte sa merveilleuse fécondité. Ses débordements, trop impétueux dans certaines années, bouleverseraient le sol, entraîneraient les constructions, noieraient les animaux et les hommes; insuffisants à d’autres, ils ne fertiliseraient pas la terre. On a dû, pour remédier à ces irrégularités, endiguer le cours du fleuve, creuser des canaux qu amenassent les eaux également dans toutes les provinces, construire des réservoirs artificiels pour les contenir lorsqu’elles étaient trop abondantes, pratiquer des systèmes d’arrosage pour les terres élevées que la crue ne pouvait atteindre. En outre, il faut sans cesse lutter contre la redoutable invasion des sables du désert. Dès l’aurore de l’histoire, nous voyons tous ces travaux exécutés aussi ingénieusement et aussi régulièrement qu’aujourd’hui. La race qui a colonisé l’Égypte, dans des temps si reculés qu’il faut renoncer à percer leur ombre formidable, a su tirer parti de cette vallée privilégiée, et ce sont ses premiers travaux d’irrigation qui ont permis l’éclosion de la plus ancienne civilisation sur notre planète.

Ce qu’il y a de plus particulier dans cette mise en œuvre des puissances naturelles en Égypte, c’est qu’elle ne peut être menée à bien qu’à la condition d’être une entreprise d’ensemble. 11 ne servirait à rien d'améliorer l’action du fleuve dans une seule partie de son cours; la négligence dans les autres amènerait des désastres, causés par l’insuffisance ou la surabondance des eaux, et qui atteindraient fatalement la partie bien entretenue. Une direction unique a donc dû, dès l’origine, être donnée aux travaux d’irrigation. Cette direction émanait naturellement de l’administration centrale, c’està-dire du pouvoir royal. Chaque fois que, par suite de quelque révolte ou de quelque usurpation, l’autorité se trouvait divisée, le pays tout entier souffrait dans ses moyens de subsistance, la misère

et la famine menaçaient tous ses habitants, grands et petits, riches et pauvres. La royauté despotique a donc été la seule forme

de gouvernement possible pour l’Égypte. C’est dans cette contrée qu’a été constituée la première grande unité nationale que l’on constate dans l’histoire des civilisations humaines. A toutes les

époques, son peuple, façonné par de longs siècles d’obéissance, s’est montré un troupeau docile, toujours prêt à subir le joug d’un maître.

Cette population de l'Égypte, dont nous examinerons tout à l’heure la race, a toujours été la plus dense du monde. On est étonné de penser aux armées qu’y levait Sésostris, quand on considère que tout le pays habitable, y compris quelques grandes oasis à l’ouest, représente à peine la seizième partie de la France. Le nombre des villes qui s’élevaient sur les rives du fleuve est prodigieux. C’était une chaîne presque ininterrompue, depuis la cataracte de Syène jusqu’à la mer. Elles se multipliaient encore dans le Delta.

La merveilleuse fécondité de l’Égypte fut la cause de cette densité de sa population.

Les substances alimentaires qu’elle fournit sont déterminées, comme tout du reste dans cette étrange vallée, par le Nil. Ce n’est donc pas sans raison que, durant des milliers d’années, le puissant fleuve a été adoré par tant d’hommes auxquels il donnait le bien-être et la vie. Pour les anciens Égyptiens, il était le dieu Hâpi ; souiller ses eaux en y jetant un cadavre était considéré comme un sacrilège et méritait la mort.

Les céréales sont au premier rang parmi les productions de l’Égypte; le froment, le seigle, l’orge, le sorgho, le millet, offrent des moissons d’une grande richesse. Il faut y ajouter le riz, le maïs, et surtout les légumes, lentilles, fèves, pois, etc.

Lorsque les Hébreux, révoltés contre Moïse à cause des souffrances du désert, regrettaient leur esclavage d’Égypte, ils pensaient surtout à ces excellents légumes, dont ils mangeaient à satiété, tout misérables qu’ils fussent. Le souvenir des produits succulents de cette terre humide leur faisait trouver plus cruellement pénible l’aridité des sables sur lesquels ils erraient.

Les plantes aquatiques de l’Égypte sont aussi remarquables par la multitude de leurs espèces que par leur abondance. Tous les étangs peu profonds que forme l’inondation disparaissent bientôt, ainsi que les rives des canaux, sous des forêts de feuilles vertes et de fleurs charmantes. La plupart de ces plantes sont comestibles. Deux espèces surtout sont célèbres : le papyrus, dont on mangeait

les tiges cuites au four, et le lotus, blanc, rose ou bleu, dont une espèce donne le fruit appelé fève d’Égypte.

Les végétaux produisant des substances industrielles ne sont pas rares non plus sur les bords du Nil : on y récolte le coton, le lin, l’indigo, etc. La vigne s’v rencontre dans certains endroits. 11 y a .peu de grands arbres; cependant le palmier, l’olivier, le dattier y viennent bien, et ajoutent une part considérable aux richesses alimentaires du pays.

La faune de l’Égypte, comme sa flore, est surtout aquatique. Les oiseaux d’eau, canards sauvages, hérons, ibis, etc., y pullulent. Quant aux poissons, les canaux, les lacs, en sont littéralement encombrés. Vers les diverses embouchures du Nil, les bancs de poissons d’eau douce allant frayer en mer se heurtent contre ceux de mer qui viennent frayer dans le fleuve. Leur chair forme le fond de l’alimentation pour un grand nombre d’Égvptiens.

Parmi les grands animaux, nous savons que le bœuf était connu en Égypte de toute antiquité. Comme bête de somme ou de trait, l’âne rendait d’immenses services. Cet animal est du reste plus beau et plus fort en Égypte que dans toute autre contrée. Le cheval ne paraît avoir été introduit qu’assez tard; on ne le voit, monté ou attelé, que sur des bas-reliefs relativement récents. La brebis, la chèvre, le chien, ont été connus et utilisés de tout temps.

Quant aux animaux nuisibles ou dangereux, leurs espèces ne sont pas nombreuses; le lion a existé dans la Haute-Égypte, le crocodile, tout le long du fleuve, avec quelques variétés de serpents venimeux, entre autres l’aspic et la naja ou uræus, qui devint l’emblème de la royauté, et dont l’image orna le diadème en se dressant sur le front du souverain.

Les richesses minérales font presque entièrement défaut à l’Égypte. Elle ne possède pas de mines. Ses deux chaînes de montagnes, la chaîne libyque et la chaîne arabique, sont granitiques seulement vers le sud. De leurs flancs, vers la Haute-Égypte, on tirait ces monolithes énormes, qui, sous forme d’obélisques, ou bien entassés en pyramides, se dressent sur les bords du fleuve, mystérieux témoins de temps qui ne sont plus.

Ce granit, dont sont construits la plupart des monuments de

l’Égypte, leur a donné une solidité qui défie les siècles; mais, comme cause de leur préservation, il faut compter en première ligne la sécheresse du climat. Leur front impassible n’a jamais reçu que la caresse ardente du soleil; il ne s’est point creusé, ridé, sous l’étreinte de la glace et de la neige, et ne s’est point len-

D’après une photographie.

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