FIG. UT. — THÈBES. TEMPLE DE MÉDINET-ABOU
(Détails de colonnes et de piliers d’une cour intérieure )
tement effrité sous l’assaut furieux et méthodique des persistantes
averses.
Nous les retrouverons plus loin, ces monuments, quand nous pénétrerons dans les cités splendides : Héliopolis, où l’on adorait le Soleil; Thèbes aux cent portes, et l’altière Memphis, la ville de Phtah, Hakaptah , dont les Grecs ont tiré le nom d ’Ægyptos.
Pour le moment nous n’avons pas à nous occuper des œuvres de la civilisation égyptienne. Notre rapide esquisse doit seulement montrer la terre elle-même, avec les dons qu’elle a reçus de son fleuve. Dans nulle contrée peut-être, le milieu n’eut une influence plus profonde sur l’homme. Pour montrer comment ce milieu fut créé.
FIG. 118. — RAMSÈS III ASSISTANT DU HAUT DE SON CHAR AU DÉNOMBREMENT DES MAINS COUPÉES AUX VAINCUS APRÈS LA DÉFAITE DES LIBYENS.
Cette restitution a été faite pour notre ouvrage par M. Rochegrosse, d'après un bas-relief du temple de Medinet-Abou. Les costumes du roi, des scribes qui enregistrent les mains coupées et des divers personnages ont été copiés sur l’original.
il faudrait remonter aux temps géologiques ; nous y verrions une Égypte solitaire, inhabitée encore, à travers laquelle, pendant les siècles infinis, coulait le patient fleuve, qui, peu à peu, parcelle après parcelle, sous les fleurs penchées des lotus, pareilles à de doux yeux visionnaires, apportait le Delta du fond de l’Afrique, et préparait le berceau de la première, de la plus étonnante des civilisations humaines.
Les Égyptiens se croyaient autochthones. Ils s’imaginaient que les dieux avaient, dans les temps les plus reculés, fait naître et établi leur race dans la vallée du Nil. Durant des siècles, après cette création miraculeuse, les mêmes dieux avaient gouverné leur pays, leur avaient enseigné à diriger, à canaliser le fleuve, leur avaient donné leurs institutions et leurs lois.
Les primitifs ancêtres des Égyptiens, vivant sous la direction bienveillante des divinités et les contemplant face à face, avaient été à la fois parfaitement heureux et parfaitement bons. C’étaient les Shesou-Hor, ou serviteurs d’Horus. Tout ce qui était beau et bien dans la vallée du Nil venait d’eux directement. Leur époque avait été un temps de félicité, de paix et d’abondance, comparable à l’âge d’or que presque tous les peuples ont voulu placer à l’origine du monde.
Les historiens grecs et latins n’acceptaient pas cette légende. Ils voyaient dans les Égyptiens un peuple de race africaine, mais non pas originaire de la vallée du Nil. Ce peuple, suivant eux, ne serait autre qu’un rameau éthiopien, qui aurait descendu le fleuve, développant la civilisation sur toute la partie inférieure de son cours.
« Les Éthiopiens, écrivait Diodore de Sicile, affirment que l'Égypte est une de leurs colonies... Le sol lui-même y est amené par les dépôts du Nil... Il y a des ressemblances frappantes entre les usages et les lois des deux pays ; on donne aux rois le titre de dieux; les funérailles sont l'objet de beaucoup de soins; les écritures en usage dans l’Éthiopie sont celles mêmes de l’Égypte, et la connaissance des caractères sacrés, réservée aux prêtres seuls en Égypte,
LA CIVILISATION ÉGYPTIENNE
était familière à tous en Éthiopie. Il y avait, dans les deux pays, des collèges de prêtres organisés de la même manière, et ceux qui étaient consacrés au service des dieux pratiquaient les mêmes règles de sainteté et de pureté, étaient rasés et habillés de même ; les rois avaient aussi le même costume et un uræus ornait leur diadème... Les Éthiopiens ajoutent beaucoup d’autres considérations pour prouver leur antériorité relativement à l’Égypte, et démontrer que cette contrée est une de leurs colonies. »
Cette opinion de Diodore et des anciens s’est perpétuée jusqu’à nos jours. Elle est absolument erronée, mais on comprend qu’elle ait eu cours aussi longtemps, puisque seules les inscriptions hiéroglyphiques pouvaient la détruire, et que ces inscriptions, jusqu’à Champollion, restaient indéchiffrables.
Au commencement de ce siècle, on croyait encore en Europe que les anciens Égyptiens étaient des nègres aux cheveux crépus, aux lèvres épaisses, venus du fond de l’Afrique. On ne voulait point voir la ressemblance frappante des fellahs modernes avec les figures des bas-reliefs les plus ànciens, et l’on croyait le type véritable absolument effacé par les mélanges avec un très grand nombre de conquérants divers.
Un seul ouvrage antique attribuait aux Égyptiens une origine asiatique : c’était la Bible. Mais au point de vue de la vérité scientifique et historique, on s’en rapportait aveuglément aux écrivains classiques, grecs et latins ; on se serait bien gardé de leur opposer un instant des légendes religieuses, bonnes pour établir les dogmes de l’Église, mais non pour éclairer sérieusement l’histoire.
La lecture des hiéroglyphes et les recherches de la linguistique ont enfin un peu éclairé le problème; et il s’est trouvé que, cette fois, les naïves généalogies de la Genèse n’avaient pas complètement erré. Les trois grands rameaux de la race blanche — l’aryen, le sémitique et le chamitique — partis peut-être du plateau central de l’Asie, ont absolument enveloppé le bassin de la Méditerranée. Tandis que la branche aryenne s’en allait au nord et pénétrait en Europe, en traversant l’Hellespont, la branche chamitique descendait au sud, franchissait l’isthme de Suez, et se répandait vers l’ouest jusqu’à l’Océan Atlantique, arrêtée au sud par la formidable barrière du Sahara. L’Afrique proprement dite, avec ses populations noires, ne commence qu’au delà de cet immense désert, qui l’a séparée pendant des
siècles des races blanches. Les Libyens, les Gélules, les Maures, les Numides, les Berbères, sont’ des peuples chamites, et les Égyptiens paraissent être leurs frères. Seulement, plus voisins des Sémites d’Asie, les anciens Égyptiens n’étaient pas dégagés de tout mélange avec ceux-ci. Leur type extérieur, comme leur langue, offre des analogies marquées avec le type et la langue sémitiques. On dis-
Dapiàs la Commission d'Egypte.