LA LANGUE ÉGYPTIENNE
Pour connaître complètement l’égyptien antique, les érudits furent puissamment aidés par le copte, qui est à la langue des Pharaons ce qu’est l’italien à la langue des Cicéron et des Virgile. On désigne sous le nom de copte l’égyptien altéré que parlaient les populations chrétiennes dans la vallée du Nil aux premiers siècles de notre ère. Les livres religieux des chrétiens actuels d’Égypte sont encore écrits dans cette langue.
Avec le copte et les hiéroglyphes, on parvint à reconstituer la langue de l’Égypte antique et même la généalogie de cette langue.
Les langues de la Syrie, de l’Arabie et du nord de l’Afrique se divisent, comme leurs populations, en deux rameaux; le rameau sémitique ou syro-arabe, et le rameau chamitique ou égyptien-berbère. Comme les peuples qui les parlent, ces deux groupes de langage montrent des liens de parenté fort étroits. Ils dérivent, avec leurs différents dialectes, d’une souche unique et primitive, aujourd’hui perdue, mais dont ils ne se sont pas fort écartés.
Les langues sémitiques ont été plus loin toutefois dans leur évolution que les langues chamitiques du nord de l’Afrique. Si l’on classe ces dernières dans les langages à flexion, c’est surtout à cause de leurs rapports étroits avec les idiomes sémitiques. Sans ces rapports, très visibles, l’égvptien risquerait d’être classé encore parmi les langues agglutinatives.
LA CIVILISATION ÉGYPTIENNE
Toutes les racines, et en réalité, presque tout le vocabulaire de l’égyptien antique, se composent d’éléments sémitiques; il en est de même pour sa grammaire, pour sa façon de former le féminin et le pluriel. Les mots qui, dans cette langue, ne sont pas d’origine sémitique, viennent des idiomes parlés chez les peuplades noires de l’Afrique.
Durant toute la durée de la civilisation ancienne de l’Égypte, on ne peut remarquer de changement très notable dans le langage. Ainsi qu’il arrive toujours, aussitôt que le peuple posséda une écriture, la langue écrite fixa la langue parlée, dans des formes immuables, et lui laissa peu de liberté pour progresser. Cependant nous pouvons distinguer une époque classique, qui est, pour l’égvptien, ce que le siècle de Louis XIV tut pour le français. Cette période comprend près de deux mille ans, mais ses chefs-d’œuvre se répartissent en deux moments de production abondante et brillante, qui sont la xne dynastie et les années qui s’écoulèrent sous la xviii6 et jusqu’à la xx*.
Nous verrons au chapitre qui concerne la littérature combien fut fécond en écrits de toute sorte le génie poétique, scientifique et philosophique de l’Égypte. Tous les jours en Europe, le trésor des traductions s’accroît. On s’attache surtout à transcrire les œuvres importantes et les documents historiques, qui tous se présentent sous la forme hiéroglyphique ou hiératique. On s’intéresse moins à l’écriture démotique, plus obscure encore, et n’offrant que des actes fastidieux, achats, ventes, contrats, tous relatifs à la vie civile, et d’une minutie de détails fatigante. Cependant, rien ne sera négligé dans cette évocation extraordinairement vivante, complète, lumineuse, de la civilisation la plus imposante, la plus ancienne et la plus solide du monde.
La patience laborieuse de savants peu populaires, mais fort utiles, nous rend chaque jour un fragment nouveau de cet édifice merveilleux que des milliers de générations d’hommes ont, à travers des milliers d’années, dressé, pierre à pierre, sur les plaines que le vieux Nil avait plus lentement encore élevées, grain à grain, du fond des eaux.